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Ne les tuez surtout pas ! par Amara KHALDI

9 août 2012

Non classé

Je les veux vivants ! Aurait sans aucun doute hurlé le plus haut gradé ennemi lui-même s’il avait soupçonné un instant que l’ennemi en face avait pour noms Amirouche et Si El Haoues ! 

Lui, connaissait parfaitement leur immense valeur et surtout les enjeux de leur capture vivants et se serait rendu toutes affaires cessantes sur les lieux pour immortaliser l’événement et se prendre en photo entre deux prisonniers aussi célèbres avant de les convoyer vers son palais comme invités de marque. Si la guerre obéit à des objectifs stratégiques, elle a aussi ses valeurs, dont le respect qu’on doit à l’adversaire! Et de quelle envergure étaient ces deux là !

Ce n’était pas une mince affaire, il s’agit bel et bien de la présence inespérée à portée de la main de deux lions : celui du DJURDJURA et celui du SAHARA réunis par un destin funeste

A plus d’un demi-siècle plus tard on devrait, pour mieux honorer la mémoire de ces géants de l’histoire et de l’ensemble de nos Martyrs, éviter de s’accrocher obstinément à un point de fixation et s’acharner impudemment sur d’autres dirigeants de notre révolution, eux aussi des héros aujourd’hui disparus, et associer inconsidérément l’exclusivité du combat libérateur à une région précise en idéalisant à l’excès le rôle de pivot dont on affuble certains hommes en particulier au détriment du reste

Alors qu’on s’attendait à des révélations fracassantes avec des arguments en béton pour enfin comprendre quels ont été réellement les derniers instants de deux de nos plus illustres héros de la guerre d’indépendance Amirouche et Si El Haoues, la montagne accoucha comme on s’attendait un peu d’une famélique souris et les mêmes litanies cousues de fil blanc sont remises au gout du jour.

En suivant le long monologue de Norredine Ait Hamouda, les téléspectateurs se sont vu resservir la lancinante thèse du complot fomentée à distance par les responsables de l’extérieur pour se débarrasser d’Amirouche qui voulait,semble-t-il, leur demander des comptes quant à leur manque de soutien et leur peu de contribution à l’effort de guerre. Un scénario franchement rocambolesque et surréaliste usé jusqu’à la corde

Plus grave encore, ce genre de discours suggère insidieusement que l’Indépendance Nationale n’a été acquise que par un heureux concours de circonstances ou, pire encore, grâce à la haute mansuétude du colonisateur qui nous l’a offerte gracieusement. Le seul capable de nous libérer a été lâchement livré à l’ennemi par ses pairs et assassiné avant d’avoir achevé sa mission Jugez en vous-même.

Norredine, emporté par sa passion filiale, n’a pas hésité à tenter d’écrire l’histoire à sa convenance en affirmant lourdement que le plus gros de la lutte armée était concentré en Wilaya 3 qui a fourni d’après lui l’essentiel des efforts et des sacrifices, Les plus grands cadres et autres stratèges étaient aussi issus de la W3. En résumé toute la logistique et tout le management de la guerre étaient assurés par la W3…Les autres régions du pays étaient embourbées dans leurs propres contradictions quand elles ne trucidaient pas les chefs et les troupes aguerries que leur envoyait la W3 comme l’avait fait la W6 dans l’affaire Ali Mellah et son staff.

Le reste était un magma de planqués .C’est à peine s’ils ne sont pas considérés comme des vulgaires opportunistes languissant le moment de fondre sur la curée générale, des timorés quand ils ne sont pas tout juste de pauvres bougres, d’anonymes bergers embarqués malgré eux dans une aventure à laquelle ils ne comprenaient que dal (c’était l’insinuation à l’endroit de l’un des héros de la W6 : Omar SAKHRI!).

En voulant nous démontrer combien son père était intelligent et stratège hors pair il nous dévoila dans le feu de l’encensement le coté ingénu de ces grands chefs qui allaient pourtant nous mener vers l’Indépendance. On apprend avec effroi que le secret des déplacements des combattants n’est pas ce que l’on a toujours pensé c’est-à-dire draconien. Le néophyte de la révolution assimilerait facilement la vie des maquis à un grand camping ou l’on pratiquait avec bonheur la technique scoute pour baliser les parcours avec de petits cailloux blancs. On se représente tout de suite un itinéraire tracé à l’avance avec étapes, relais et bivouacs pour se reposer, se restaurer et faire des emplettes au passage. Une véritable cartographie des points à traverser ; genre tour de France cycliste, était dressée et portée à la connaissance du plus grand nombre pour éviter de s’égarer dans les bifurcations. Une copie est envoyée à la hiérarchie installée hors frontières pour qu’elle puisse suivre au pas et à la minute l’itinéraire de nos unités combattantes et accompagner leur voyage par des vacations radio pour les distraire de l’ennui du voyage. La baraka faisait le reste pour que l’information ne tombe pas chez l’ennemi.

Plus grave encore il nous assène que ce sont les colonels Boumediene et Boussouf qui ont vendu la mèche à l’ennemi parce qu’ils n’avaient pas d’atome crochu avec Amirouche du seul fait qu’il soit de l’intérieur et…Kabyle !

La meilleure c’est lorsqu’il laisse deviner que ces deux compères avaient par on ne sait quelle magie les moyens de localiser à des milliers de km de distance, avec précision n’importe quel quidam qui ose bouger sur le territoire national et donc de pister nos colonels .Il suffisait d’attendre le moment de voir ces derniers se rapprocher du misérable monticule pelé de Djebel Thameur pour indiquer leur position exacte à l’ennemi et provoquer leur perte. Comble de la félonie, ils avaient donc même choisi l’endroit le plus vulnérable et le plus exposé du parcours pour faciliter la tache à l’ennemi !

De l’autre coté, l’armada de l’ennemi, chargée d’ effectuer la sale besogne vaquait patiemment au pied de la colline au vu et au su de tout le monde sans éveiller le moindre soupçon au redoutable « téléphone arabe » qui aurait pu avertir à temps les inévitables éclaireurs qui ouvraient la marche du convoi des colonels et la dérouter pour lui éviter de s’engouffrer tête baissée dans la nasse. Elle n’avait plus qu’à lancer des milliers d’hommes avec avions chars et artillerie contre un petit groupe de maquisards faiblement armé et cerné dans un mouchoir de poche et complètement à découvert dans une configuration du terrain dramatiquement sans aucun abri Survivre à des conditions pareilles relève simplement du miracle.

Pourtant d’authentiques acteurs de la révolution qui étaient présents dans les parages de la bataille (BENMADANI Abdeljabar, Ali MEHIRI, Omar SAKHRI ; Hama TAHAR et beaucoup d’autres grands baroudeurs encore n’ont cessé de répéter dans leur témoignage combien cette rencontre était complètement fortuite. (Le commandant Omar SAKHRI et Nacer LAMJED, le chercheur en histoire, l’ont encore confirmé lors du dernier débat télévisé) Même si chacun allait de sa propre hypothèse tous s’accordent sur le coté purement aléatoire, accidentel.

Le grand rush des visiteurs et le nombre élevé de témoins appelés pour la reconnaissance des dépouilles ainsi que la grande surprise non simulée des Français subjugués par une telle découverte renforce la pertinence de la thèse selon laquelle l’identification des martyrs n’a été effectuée qu’après la fin des combats.

Un fait, toujours curieusement occulté, pourtant concomitant, mérite d’être rapporté et peut être fournir les indices qui manquaient aux chercheurs en histoire. Il faut remettre cette bataille dans le contexte général de la grande campagne de recherche et de destruction des maquis enclenchée quelques jours plutôt dans toute la région .Tout indique que cette armada était déjà en mouvement après avoir terminé la veille une opération de ratissage à l’ouest de Bou-Saada par le massacre de Zemra au cours de laquelle tout le groupe de KHEZZAR Abdelkader dit Doghmane, un dissident de Belounis sur le point de rallier l’Aln a été DECIME jusqu’au DERNIER ( 134morts).

Ce qui suppose que l’armée ennemie avait certainement une feuille de route à respecter et des instructions précises de ne pas trainer les pieds .Tous les témoignages des gens de la région insistent sur la rapidité et l’étendue de l’ essaimage de ses troupes à travers les reliefs environnants dans une course poursuite infernale derrière les autres groupes de l’Aln, dont un groupe de la W3, disséminées dans la région située entre les monts de Had Sahary à l’Ouest, le nord de Bou-Saada, Chaâiba à l’Est et Djebel Boukehil au Sud.

L’un des bras de cette troupe en mouvement devait nécessairement transiter dans sa progression par…Djebel Thameur. Et c’est là que la rencontre avec nos Martyrs s’opéra tout à fait par le hasard de trajectoires qui se sont recoupés à cet endroit et en ce moment

Celui qui connaît l’endroit et l’absence manifeste d’abris et de couvert végétal peut vous confirmer qu’on est condamné à une mort certaine sinon la capture assurée dans ce genre de paysage si jamais on est découvert par l’ennemi

Dans leur hâte d’accrocher d’autres trophées à leur tableau de chasse après celui de Zemra et avec la chance d’avoir tout de suite débusqué en rase campagne une deuxième proie encore plus facile à traiter l’état major Français a poursuivi systématiquement sa mission de destruction sans aucun état d’âme. L’ordre était sans doute de terminer au plus vite l’anéantissement du groupe repéré et de poursuivre l’opération de ratissage plus loin dans le but évident de dénicher et de supprimer le maximum de combattants et de structures de l’Aln.

On n’utilise pas autant de moyens pour se marcher sur les pieds dans un périmètre aussi exigu tel l’endroit ou on été surpris nos Chouhadas mais plutôt pour couvrir l’immense étendue de steppes et de massifs présahariens à nettoyer.

D’ailleurs au vu de la topographie du théâtre des opérations constitué par une modeste colline perdue au milieu d’une immense zone plate balayée par tous les vents ou le déplacement d’une souris peut être détecté le moins éclairé des stratèges vous dira qu’il n’était pas nécessaire de disposer d’autant d’effectifs et de matériel pour mettre hors d’état de nuire n’importe quel groupe surpris et encerclé dans un endroit aussi précaire. : En face d’une situation pareille deux possibilités s’offrent alors au chasseur : faire intervenir l’artillerie et l’aviation pour le jeu de massacre direct et rapide ou décider d’avoir son adversaire par l’usure c’est à dire l’encerclement jusqu’à l’épuisement des munitions, des vivres et surtout de l’eau. Tout dépend alors du timing imparti à l’opération et la valeur de la proie. L‘héroïsme à lui tout seul ne suffit pas toujours

Croyant avoir affaire à un groupe quelconque, du menu fretin, et jugeant qu’il n’y avait rien de spécial à récupérer et donc à préserver de la destruction ils ont tout de suite opté pour la manière la plus expéditive pour abréger le temps de traitement et continuer la tache ailleurs.

Ce n’est qu’après coup et peut être grâce aux révélations du dernier rescapé découvert dans les éboulis du bombardement lors de l’inventaire des pertes de l’ennemi après la bataille qu’ils ont su contre qui ils venaient de se battre et l’immense bévue qu’ils venaient de commettre ainsi que les atouts qu’ils venaient de perdre stupidement en déversant aveuglément leur déluge de feu sans aucun discernement.

Prisonniers, les deux colonels étaient mille fois plus utiles que leurs cadavres et en découvrant à l’issue de la bataille qu’ils avaient abattu Amirouche et ElHaoues ils ont du certainement se mordre les doigts et regretter amèrement d’avoir raté bêtement une pareille aubaine.

A moins d’être un dégénéré indecrottable, quel est l’officier qui ne rêve pas de capturer vivant son pire ennemi ne serait-ce que pour l’humilier d’avantage et en tirer le maximum de profits ? Il faut être complètement taré ou d’une sauvagerie hors du commun pour assassiner froidement des responsables de ce rang alors qu’ils les avaient pratiquement pris dans les rets sans aucune possibilité d’échapper à part le suicide ! Et quel intérêt avaient-ils à les tuer tout de suite en supposant que l’ennemi était informé de la présence des deux colonels ?

D’un autre coté, on imagine facilement le retentissement de la nouvelle de la capture de personnages de cette stature et leur médiatisation à travers les networks mondiaux .Un moment de gloire qu’aucune âme sensée n’aurait dédaigné !

Capturer vivants les deux illustres colonels et les utiliser comme on veut dans le programme de propagande aurait même peut être imprimé une autre tournure aux événements qui allaient suivre sans compter toutes les promotions et citations qui allaient pleuvoir sur les différents acteurs.

Contre toute logique, Norredine estime cependant que le carrousel de toutes ces personnalités qui se sont rendues sur les lieux pour se convaincre de l’importance de la prise grâce à un simple coup du sort relevait simplement de la figuration et d’une mise en scène macabre (il fallait trouver cette explication !)

Dans toutes les guerres et révolutions et même tout simplement projet commun ou entreprise il y a toujours des convoitises, des jalousies des coups bas, des conflits de personnes, des règlements de compte, des frictions des antipathies des assassinats des disparitions etc. c’est le propre de l’existence humaine et nos chefs étaient eux aussi de simples humains et chacun d’eux même pétri de qualités avait ses faiblesses et ses erreurs. Nul n’est exempt des reproches .Ce sont pourtant ces gens là qui nous ont amené l’indépendance. Point final Les autres petites misères que d’aucuns veulent instrumentaliser dans un but de revanche ou encore plus grave, de révisionnisme, ne constituent à mon humble avis qu’une dangereuse déviation, voire une remise en cause, une fitna que le pays doit s’épargner avant qu’il ne soit trop tard. L’histoire n’a jamais été une science exacte, elle a toujours été écrite par le vainqueur, la plus crédible et donc la moins chauvine est celle que les sages des parties en conflit décident de pérenniser sur la base de conventions mutuellement acceptées. On devrait des fois faire l’impasse sur certains faits générateurs d’équivoques donc préjudiciables.

On doit bien un jour se faire une raison comme les autres nations et arrêter de déterrer les cadavres et ouvrir les placards dans le cadre de la morbidité ambiante de s’auto flageller stupidement sans retenue !

Quant à l’histoire de la pérégrination des dépouilles de nos deux héros, pour peu que l’on échappe un peu à la pression de la parano affectant quelques pans de la société et qu’on admette honnêtement que la garde des dépouilles de ces deux icones de notre histoire a été tout de même confiée à l’un des corps de souveraineté les plus prestigieux : la Gendarmerie Nationale. Ce n’est pas un entrepôt quelconque d’une structure oubliée et encore moins les écuries d’El Kharrouba Elles n’ont certainement pas été « séquestrées » délibérément dans une sombre cave suintante parmi les rats et les rebuts comme on tente de le faire accroire mais plutôt soustraites et sauvegardées du vandalisme qui les menaçait de la part de quelque partie revancharde et haineuse.Amirouche pour rappel n’avait pas laissé que de bons souvenirs dans le cadre de la sinistre bleuite et indirectement le sillage de Melouza.

Se laisser effleurer par une thèse aussi saugrenue c’est juger un peu trop rapidement que nos dirigeants de l’époque étaient vraiment des êtres complètement désensibilisés pour agir avec une arrogance aussi flagrante et d’une inconscience désarmante au point de laisser trainer autant de casseroles qui trahiraient facilement leur sombre entreprise et ne leur ramèneraient que l’opprobre et la stigmatisation de l’histoire .C’est à se demander quel est ce système de penser qui admettrait que nos responsables de l’époque fussent à ce point naïfs pour s’exposer gratuitement à la vindicte populaire en manquant d’égard à des icones aussi sacrées . Pour quelle impérieuse raison se faire harakiri avec une telle légèreté alors qu’ils avaient toutes les possibilités de ne pas s’en encombrer et même de les faire disparaître définitivement s’ils étaient vraiment animés par de mauvaises intentions à leur endroit et personne n’en parlerait aujourd’hui ! Qui les en aurait empêché !

Le fait de les avoir gardés au QG de la Gendarmerie laisse penser plutôt qu’ils avaient peut être un projet à la hauteur de nos Chouhada tel la création d’un mausolée par exemple et que la réalisation n’a pas pu s’effectuer pour des raisons qui restent à déterminer. Pourquoi pas !

Et pourquoi prêter systématiquement aux autres la préméditation et l’exclusivité de la malveillance ?.

C’est en tous les cas grâce à tous nos Chouhadas et à l’ensemble des Moudjahidines sans aucune DISTINCTION, quelques soient les erreurs commises pendant et après la guerre, que vous et moi sommes là à débattre LIBREMENT !

PS – A l’évocation de l’existence d’un autre groupe qui regardait de loin les péripéties de la bataille de Djebel Thameur sans intervenir l’animateur était un peu dépité par ce qu’il considérait comme un refus d’assistance. Il donnait l’impression de croire que les Moudjahidines qui suivaient le combat de loin à travers des jumelles avaient des moyens d’intervention rapide capables de secourir leurs compagnons pris dans la nasse et ils ne l’avaient pas fait !

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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