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Cette femme qui n’écoute que le silence par Kamal Guerroua

9 août 2012

Kamal Guerroua

« …Par un bel été, je me suis permis une balade. Il y a si longtemps que je m’en suis refusé une. L’air du temps m’exècre car je n’ai plus d’amis ni de compagnie. En vérité, depuis que j’ai bouclé mes valises de l’Outre-mer où j’avais habité plus d’une quarantaine d’années, je fais profil bas, me fonds dans la grisaille des pensées et m’ennuie dans la solitude, « la vieillesse est un naufrage » aurait dit le Général de Gaulle, ce n’est qu’aujourd’hui que je pige à regret le sens de ses paroles, sublimes et combien sages. Mais à quel prix ? A Birkhadem, une mechta perchée sur les hauteurs d’Alger, où je coule mes derniers jours, je me vois un étranger, je n’y connais personne ou presque. La dernière fois, sur une initiative d’une association charitable du quartier, une multitude de badauds m’ont félicité à l’occasion de mon anniversaire que j’ai dû oublier par habitude et monotonie. Des gerbes de roses, des enguirlandes, des pâtisseries et des tapisseries pour mon petit taudis m’ont été généreusement apportés, un quadragénaire se lève de son séant, se dirige vers moi, m’embrasse sur le front et me souffle à l’oreille « joyeux anniversaire hadj !!», d’autres ont rappliqué du seuil de la porte où ils étaient et font de même. J’ai été, l’espace de quelques instants fugaces, choyé d’accolades, comblé de cadeaux et très heureux de l’événement car je me suis redécouvert une nouvelle existence, une nouvelle jeunesse mais surtout un nouveau souffle. Auparavant, j’ai eu des impressions sauvages qui m’ont fait penser que je n’étais qu’un fétu de paille dans une botte de foin. Bien sûr, la disparition des miens et l’abandon de mes fils y sont pour quelque chose, les soucis de l’exil ont entamé ma santé à un degré inimaginable, à preuve que la vie en France a ébloui mes enfants «mon foie et ma raison d’espérance » à telle enseigne qu’ils aient presque omis le nom de leur père, le mien sans doute. Aussi mon actuelle et honteuse méconnaissance du village qui aurait vu ma naissance a-t-elle abîmé ma mémoire : les bébés d’hier ont une cinquantaine d’années aujourd’hui, les vieux d’antan ont trépassé sans que j’assiste à leur enterrement, mes proches parents sont dispersés aux quatre coins du pays, des familles sont parties, d’autres venues, tout un manège auquel je n’y comprends presque rien….Je suis un revenant d’un lointain pays de merveilles métamorphosées soudainement en cauchemars…

A l’heure présente, je suis un pauvre asthmatique qui présente quelques troubles psychiques d’on ne sait quelle nature, les médecins sont dubitatifs là-dessus et me prescrivent des palliatifs pour un cancer au stade élémentaire. De toute façon, je m’en balance à souhait mais pour donner une idée précise de moi, je dirais sans crainte de susciter une quelconque jalousie ici ou ailleurs que mon C.V de problèmes est sans aspérités, il en est plein à ras bord. Si maintenant, le désespéré que je suis, cours derrière le temps, c’est parce qu’à l’époque où j’étais jeune puceau, j’ai cru que celui-ci est jeune à jamais comme moi, qu’il ne vieillit pas, qu’il ne prend pas des rides et qu’il ne se fatigue plus jamais, « il est robuste et au physique d’athlète » ai-je songé très naïf tout en prenant soin à le répéter à un collègue de l’école normale de Bouzaréah. J’y étais enseignant pour un moment au lendemain de l’indépendance. J’ai pensé également comme un fou que le temps est composé de tranches de vies interminables, infinies et éternelles.

Ainsi, quelques années plus tard, j’ai ramé à plein temps dans un océan d’insouciance en fréquentant des salons chic à Montparnasse, en voyageant de long en large à travers l’Europe sans but ni visée, en dépensant mon énergie dans des futilités sans importance et le comble en donnant moins d’intérêt au cocon familial.

Malheur à celui qui s’oublie, malheur à celui qui oublie ! Telle est la leçon et l’histoire de mon égarement aux confins de l’exil car celui que j’ai subi là-bas de plein fouet a déniché dernièrement son double et sa doublure ici, il est comme un drap gercé de plis, un miroir riche en reflets et une femme fatale qui change d’apparence et de visage mais guère sa vraie nature. C’est une belle femme, je le reconnais. De celle dont tout un chacun rêve. Une femme qui se plie complaisante et complice dans son silence. Une femme qui, meurtrie de toujours rater l’amour, se rend à la revanche, se renie à elle-même et cesse de croire en son avenir. Je crois l’avoir croisée un jour égrenant un chapelet. Je n’ai pas croisé ses yeux mais frôlé les bordures de son cœur. Elle est trop distante pour être approchée. De loin, j’ai distingué sa silhouette mouvante qui danse au soleil. Un soleil de canicule qui perce les peaux. Elle était assise, lisait un bouquin. Ce n’était plus de ses habitudes mais elle le faisait à contrecœur peut-être a-t-elle espéré lever le couvercle à la marmite de ses colères. Peu importe qu’elle gaspille de son temps, qu’elle néglige les siens ou ceux qui portent un grand amour dans le cœur pour elle. Bizarre, elle lisait sans arrêter, sans décrocher et sans frétiller ses cils. Une lecture attachante, troublante et très rebelle.

Comme elle d’ailleurs. Elle déchiffre les mots qui gênent sa marche entre les lignes, en recopie les plus beaux, tente d’en effacer les mauvais et d’en écarter les laids. Je la contemple, elle ne me regarde plus puisqu’elle me tourne, je crois, le dos à dessein. A Saint-Raphaël, les larges bancs sont disposés en quinconce, l’espace est dévoré par une végétation luxuriante. Il y a partout des coquelicots, des ronces, des nénuphars et des pivoines. L’odeur du printemps finissant se faufile entre les cris des rossignols, la terre reçoit les premières feuilles jaunies, les pigeons y atterrissent pour picoter les quelques miettes du pain jetées par des passants pris de générosité. La femme, elle, lisait toujours, elle est de marbre, imperturbable, impénétrable et quasi impudique. Ses sourcils suivent le mouvement de ses pupilles, ses cils penchés en dessous, dans la fixette. En un clin d’œil, je me suis approprié son regard, l’ai ausculté sous la lorgnette de mes yeux. Terrible, elle est une icône de beauté. Je compte les pages, une, deux, trois…six… dix…vingt…Je ne sais pas encore que c’est la pire des choses qui puisse étrangler un homme: compter. Compter l’argent, les heures du travail, les jours de repos, les ennuis ainsi que la promiscuité des voisins, les fatigues et les déceptions…compter n’a pas de sens mais n’a pas de limites aussi. Je compte les pages et elle compte les mots… je compte les maux et elle compte les mots. J’attends à ce qu’elle lève la tête. Pas moyen. Elle continue de lire. Une lecture assidue et sans relâche. J’ai tapé des mains en fredonnant comme un révolutionnaire raté la chanson italienne «Bella Ciao». Elle n’y a pas réagi, elle ne l’écoute plus, elle est comme atteinte d’autisme ou de surdité inguérissables. Son silence est terrible. Il n’a plus de bord. Par moments, je sens, sans la voir, qu’elle rit doucettement en montrant intentionnellement ses dents blanches et que presque tout le temps elle se coince dans un rictus fade. J’ai l’impression qu’elle cache par devers elle un soupçon d’ironie rombière. J’enlève mes lunettes du soleil, je la regarde encore une fois de profil. Un regard à la fois appuyé, insistant et déshabilleur. Elle est dans une position figée. Je commence à m’en lasser. Je déteste le regard des femmes tristes lové en quelque inexistante éternité. Certes, je suis un vieux célibataire qui s’emmure dans sa solitude mais il n’en reste pas moins que j’aime comme autrefois la joie de vivre, le sourire éclatant, l’amour pur, les yeux doux, les sentiments éloquents et les cœurs pleins de chaleur…

Purée ! Je me parle seul et elle lit toujours. Je ne sais pas exactement si c’était un livre d’histoire, ou si c’était un truc d’art culinaire ou de dessin car étant grisé par le manège des préoccupations quotidiennes et mon trouble de mémoire, je m’y suis perdu, je n’étais même pas fichu d’aligner une seule phrase dans mon esprit. La vie s’y est assombrie tel une algèbre compliquée, un solfège inaudible, un alphabet illisible…et que sais-je encore. Du coup, je me suis dit à moi-même, à voir l’attention de la jeune femme, le bouquin doit être très intéressant. A ce qu’il paraît, c’est un fanzine, car de loin je vois trop de couleurs irisées qui scintillent. Maintenant, elle tourne dans ma direction, croise ses pieds et appuie son menton sur la paume de sa main gauche. De l’autre main, elle tient le bouquin, un peu distant d’elle, en collant de nouveau ses yeux dedans. Un moustique passe, fait des rondes autour d’elle mais là j’entends un son strident, je crois que c’est une fourmi errante. La jeune femme n’hésite pas, elle lève sa main au ciel, fixe bien le trajet de l’insecte et finit par l’écraser au sol. Elle crache dessus tout en prenant soin de s’essuyer aussi bien ses mains que ses sandales de cuir avec un mouchoir qu’elle a tiré de son sac à main rouge. Avec infinie délicatesse, elle essuie toujours. L’insecte, on le voit à l’œil nu, frétillant dans son agonie. Les doigts de la femme dessinent alors des courbes lascives, son corps se raidit et son visage recouvre une magnanimité inédite, elle sourit enfin. Puis, elle ajuste son châle au moyen de quelques épingles entassées dans sa main. On dirait qu’elle est un poulpe aux bras tentaculaires. Un poulpe taciturne et indifférent à la fois. Dans un instant d’hésitation et d’incertitude, j’ai essayé de me rapprocher d’elle. Son parfum m’ensorcelle. Il est comme un mélange du musc et du camphre. Je le trouve un tantinet vulgaire pour une femme pareille. Chez nous, un parfum, pour raffiné qu’il soit, ne convient plus aux femmes pudiques car il invite au franchissement des frontières du silence, à la légèreté du tempérament, aux paroles volubiles et pleines d’aisance. Un parfum est une femme haut en couleurs, en douceur et sans douleur. Mais ai-je vraiment raison d’être un transfuge, de me mettre à la peau des autres, d’envahir leur présence et de profaner leur silence? Tandis qu’elle médite, je ronge les remords, les miens et les siens. En même temps, elle se cambre dans sa grotte imaginative en traînant de drôles d’idées sur l’héritage des anciens, cela je l’ai deviné car maintenant j’aperçois de travers la quatrième couverture du livre, une calligraphie arabe très ancienne en orne la facette. C’est un palimpseste d’Al-Sadi (1889-1956) «Tarikh Es-Soudan». Je me souviens l’avoir lu il y a un moment, il parle de « la perle du désert » Tombouctou, fondée au XI et XII siècles, ses 333 saints (Sidi Mokhtar, Sidi Yahia, Sidi Mahmoud… entre autres…), ses mausolées, ses mosquées, ses cours, ses érudits et ses poètes au temps où l’on sème partout les graines de la tolérance, où l’Afrique Noire fut une convergence du savoir et du pouvoir, de lumière et de mémoire, de sagesse et du bon sens. Je me suis oublié dans les fastes de l’histoire et m’y suis laissé complaire. Un porc-épic sort du buisson, court effrayé. En me voyant, il se met à quelques pas de la femme en position défensive. La femme ne bouge pas. Egarée qu’elle est dans le labyrinthe des mots, elle n’y trouve plus d’issue. Mais, je le pense intimement, c’est son unique parade au bruit des rues d’Alger, aux cancans de ses collègues, aux clins d’œil déplacés du taxieur, aux bousculades des énergumènes et aux obscénités contrôlées mais non maitrisées des « caleurs » de bus comme les nommerait un célèbre humoriste du bercail. Drôle de situation, les mentalités des sous-évolués se ressemblent à s’y méprendre.

A la cinémathèque d’Alger, on aura bien assimilé, je crois, la bande annonce du film «les femmes du bus 678» du réalisateur égyptien Mohamed Diab, c’est loin d’être un navet, bien au contraire, c’est une critique au vitriol de la société des tabous où la femme est traitée de tous les noms d’oiseaux dès qu’elle ose montrer son nez et dire qu’elle subit le calvaire des siens. Les femmes cairotes sont comme ces milliers d’algéroises embusquées dans une vie d’anonymat. Si celles du Caire craignent les bus, les nôtres ont même horreur d’aller au cinéma ! Ce n’est pas du tout une affaire de sous mais une peur révérencielle des lèvres acérées qui les attendent dehors. Purée! Je ne sais pas encore pourquoi l’image du ressac des vagues sur les roches de la mer me trotte sans cesse l’esprit? Peut-être est-ce à cause de mes ennuis ou simplement en raison de mes regards qui court-circuitent en va-et-vient sans fin vers aussi bien le porc-épic que la femme esseulée dans sa lecture. Une vraie noria de vertige, je l’avoue tout volontiers. En réalité, j’ai beau insister de me glisser subrepticement dans le grenier de ses pensées, voir à ce qu’elle pense, ce qu’elle mijote, mes échecs et mes regrets se ramassent à l’épuisette. Je pense que j’ai moins de grâce à ses yeux. Et pourtant, je tiens dans ma main un bouquet panaché d’hortensias, de bégonia, et de dahlias et rêve toujours de trouver dans ses bras des jardins de pommiers, de pruniers et de pommiers. J’ai besoin d’amour et de tendresse. J’ai besoin d’une cure de sympathie, d’une symphonie de paix. Mais cette femme blonde plutôt fluette saura-t-elle que je souffre autant qu’elle ? Saura-t-elle que j’attends toujours le printemps car j’ai vieilli sans sentir son odeur de mon nez, ni toucher sa splendeur de mes mains ni moins encore le tâter de mes doigts ? A vrai dire, pour le moment, je n’en sais pas trop pourquoi. Maintenant même, le soleil s’affirme d’une chaleur coriace, ma calvitie brille sous l’effet de sa couleur phosphorescente. Juste avant, il y avait eu une pluie passagère, un arc-en-ciel s’est formé triomphant au firmament. Alors, je me rappelle d’une journée en octobre 2009, sans charme ni éclat, à ma sortie de l’aéroport d’Alger, je me suis cherché moi-même car je n’ai vraiment pas su si j’ai bien débarqué en Algérie ou si c’est celle-ci qui a débarqué en moi, un vrai casse-tête quoi ! D’ailleurs, la première fois, mais faisant le trajet en sens inverse, dans un mémorable vol Alger-Marseille dès lors que l’avion aurait commencé à décoller de ses ailes, je ne me suis pas empêché d’écraser une larme, une larme fuyante, de dépit et de tristesse. J’aurais bien voulu me coller à la terre de mes origines, la caresser et la dorloter à volonté. Quelle coïncidence, j’ai senti mes tripes en train de s’éventrer pour s’y agripper, elles aussi. Comme unique remède à ma portée, j’ai relâché les vannes de mes souvenirs et « la nostalgérie »a dégouliné en gouttes cristallines sur mon front, mon nez, mes habits et surtout ma conscience. Une fontaine en catimini! Maintenant, je sors de la salle de réception, un taxieur m’aborde au débotté « Tu vas où?» me dit-il un tantinet folichon « vers l’est, à Bouira » lui-ai-je répliqué avec ironie « 40 euros », « 45 si tu veux ». Et le marché est vite conclu. A peine à bord, une poignée de taxieurs fou furieux, armés de pied en cape de matraques et de bâtons se met en barrage « descendez Me…ssieur ! » « mais pourquoi ? » « c’est un clandestin » me rétorqua un petit gourdin, les yeux torves et portant une barbichette mal soignée « mais comment pourrais-je le deviner ? » « tu dois le savoir Mess…ieur » «et la police, elle est où ? » « T’es dingue ou quoi, tu crois tu es en France, ici c’est l’Algérie, tout est normal » et puis je me suis fait poirer comme un lapin dans son terrier. Un homme de loin, spectateur de la scène, hoche la tête en signe de consternation, à en juger par son faciès, c’est un ressortissant étranger. Les pauvres ! Ils ne savent pas que le premier critère pour évaluer la santé morale d’un pays est l’état de ses aéroports et de ses cinémas ! Au final, bien que j’aie rouspété, le clandestin qui s’est interposé entre nous comme un « neveu » à moi fut contraint de faire demi-tour et mes valises se trouvent, à mon corps défendant, embarqués dans le coffre du gourdin. Aux gorges de Lakhdaria, « ex-Palestro», je me suis rendu compte que j’ai risqué gratis ma vie, le véhicule est sans rétroviseur ! La femme est maintenant fatiguée, elle s’en va, s’éclipse comme le grand printemps. La brise nocturne me titille tous les sens. Il est 19H, j’entends le gazouillis des oiseaux puis un cliquetis de clés, les vigiles du jardin Saint-Raphaël s’apprêtent à fermer les portes. A la sortie, « Alger la blanche » est devenue noire du monde, partout, des drapeaux tricolores pavoisent Al-Biar, un grand embouteillage énerve un automobiliste algérois, des voitures en file indienne jonchent les ruelles, à l’origine de tout ce tumulte, la célébration de la fête du 14 juillet à l’ambassade de France….Et moi attends le matin pour y revenir… rebelote.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “Cette femme qui n’écoute que le silence par Kamal Guerroua”

  1. Gharzouli Dit :

    Merci pour ce beau texte , je reconnais l’ame de l’auteur .

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