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Fictions et réalités sur petits écrans Par Ahmed Halli

6 août 2012

Ahmed Halli

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE

halliahmed@hotmail.com
En dehors du truculent Chems-Eddine qui sévit sur la chaîne privée Al-Nahar et des rares sitcoms de saison digestes, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la rétine côté télévision. Alors, on est bien obligés d’aller voir ailleurs, et cet ailleurs ne va pas plus loin que le bout du nez de Cléopâtre, à défaut de l’appendice nécrosé du sphinx de Giseh. On a beau faire : ils sont toujours meilleurs que nous, les Égyptiens, que ce soit pour nous divertir, nous informer, ou nous mettre au diapason de leurs angoisses. 
Ils déploient aussi la même adresse pour accompagner ces longues somnolences et siestes quotidiennes, qui s’installent dès le premier saut du lit. Pour lire un journal vous devez garder les yeux ouverts, mais plus indulgente la télévision ne vous oblige pas à faire violence à votre envie de piquer un somme. Du côté des chaînes satellitaires égyptiennes, ce qu’il y a de bien, c’est le nombre et la variété, ce qui vous laisse l’embarras du choix. Honneur aux poètes : les deux grands d’Égypte, Abderrahmane Abnoudi et Fouad Negm ont de nouveau la cote. Le premier fait des apparitions quotidiennes sur Al-Kahira Oualnass pour des réflexions et des évocations sur fond de révolution inachevée, ou avortée. Le second, qui a encore du souffle en dépit du haschich, a déjà eu deux fois les faveurs du petit écran, l’une sur l’ONTV, pour «Wassat-al-balad» («Centre-ville») et l’autre sur Mehwer, et le plateau de «Al-Khataya al-sab’a» (Les sept péchés capitaux). Du côté des péchés, Fouad Negm pouvait se prévaloir d’en avoir commis, et plus que de raison, mais sur cette émission people, il n’y avait pas lieu de trop insister sur le volet de la luxure. Fouad Negm ne renie rien de ses fantasmes passés et présents, même si le mauvais «H» et l’âge se dressent comme un mur devant ses désirs. Fouad Negm, le poète du peuple, le tribun harangueur des foules, était plus à sa place dans «Centre-ville», plus près de la réalité quotidienne et des luttes du passé. Le poète, accompagné sur le plateau par son chanteur favori, Ahmed Ismaïl comme naguère sur Dream TV, a chanté l’Égypte des combats : «Réveille-toi l’endormi !», «Guévara est mort». Puis, après un vibrant hommage à l’autre grand poète disparu, Salal Djahine, la plus belle histoire de Negm, celle de Cheikh Abdelaziz, un pauvre parmi les pauvres d’Égypte qui se demandait où il allait trouver l’argent pour marier sa fille. Fouad Negm, alors recherché et sachant qu’une récompense était offerte à toute personne qui le dénoncerait, est allé trouver Cheikh Abdelaziz : «Livre-moi à la police, lui dit-il, ainsi tu toucheras la prime pour ma capture et tu pourras marier ta fille.» Sur ce, l’émission ne pouvait se terminer que par la célèbre chanson «Bâtis tes palais», sans Cheikh Imam, mais avec la participation enthousiaste du jeune animateur. Du côté des deux chaînes Al-Kahira Oualnass, on a mobilisé deux grosses pointures, d’un côté, le journaliste vedette libanais Tony Khalifa, et d’un autre, Ibrahim Aïssa, ex-rédacteur en chef du quotidien Al- Destour. Dans l’émission de Tony Khalifa, au titre annonciateur d’intentions «Zaman- Al-Ikhouane» (le temps de frères), il s’agit d’interroger un invité prestigieux sur ce qu’il pense du nouveau pouvoir islamiste. Se sont déjà essayés à ce jeu des artistes de renom telles Samia Alkhachab ou la Syrienne Reghda, et des intellectuels comme Georges Itshak et Mustapha Bakri. Plus didactique que politique, Ibrahim Aïssa entend tordre le coup à certaines idées reçues concernant notamment le fait religieux, dans sa chronique quotidienne «Ibrahim Oualnass». Il s’est notamment inscrit en faux contre la tendance actuelle à imposer le hidjab comme sixième pilier de l’Islam. Quant à ceux qui revendiquent la restauration du califat, il leur rappelle que la période de la guidance sage, éclairée et juste en Islam n’a duré que treize années environ sur quatorze siècles. «Comment peut-on vouloir reconstituer un régime politique qui n’a offert que treize années de justice et de bonne gouvernance sur une aussi longue période ?», a-t-il demandé. Il y a deux ans, Ibrahim Aïssa s’était illustré avec une émission sur les califes éclairés, inspirée de l’ouvrage de l’écrivain égyptien Abbas Mahmoud Al-Akkad Al-Abkariates. Cette fois-ci, il se renouvelle et se fait plus critique devant la montée des périls. «Al-Kahira Oualnass» se distingue aussi par la diffusion des fameux feuilletons du Ramadan, dont le controversé «Firqat Nadji Attallah». La controverse tient autant aux péripéties du feuilleton qu’à la personnalité de l’acteur principal, Adel Imam. Ce dernier joue le rôle d’un officier égyptien en retraite qui mobilise un groupe d’anciens soldats sous ses ordres pour cambrioler une banque israélienne. D’ores et déjà, les épisodes concernant l’étape de Ghaza on t été très mal appréciés des Palestiniens de l’enclave qui reprochent au feuilleton de déformer la réalité. Parmi les critiques les plus acerbes faites à l’œuvre, on a relevé celle de montrer un groupe de résistants palestiniens conduit par une femme… Ce qu’on ne dit pas ouvertement, c’est que la télévision égyptienne a consacré un très gros budget au projet, initialement un film, du temps de Moubarak. Adel Imam se targuait notamment de ses amitiés avec le clan du président déchu, à qui il avait ouvertement manifesté son soutien. Le feuilleton «Bab- Al-Khalq» raconte, pour sa part, l’histoire d’un ancien émir d’Afghanistan repenti, mais poursuivi par son passé. Dans l’un des épisodes, le héros joué par Mahmoud Abdelaziz met fin à des affrontements entre musulmans et coptes dans son quartier cairote de «Bab-Al- Khalq». Mais ce qui marche dans la fiction ne se produit pas nécessairement dans la réalité : à Dahchour, une localité proche du Caire, des maisons et des commerces ont brûlé lundi dernier. Des affrontements ont opposé musulmans et coptes, à cause d’un banal incident : un repasseur copte ayant brûlé la gandoura qu’un musulman lui avait donnée à nettoyer. Comme d’habitude, en pareil cas, la police a mis du temps à intervenir, et quelque cent familles ont été obligées de fuir le village. Jeudi dernier, les Coptes ont organisé une manifestation de protestation devant le siège de la présidence de la République, mais ils étaient étrangement seuls. En dehors du propriétaire de la chaîne «Les Pharaons», Tewfik Okacha, qui a appelé ses partisans à se joindre à la manifestation, les chantres de l’unité musulmans-chrétiens sont restés muets. Encore un «incident isolé» à ajouter à la liste des actes destinés à laisser les musulmans entre eux en Égypte, et ailleurs, dans l’attente de la grande guerre qui soldera le contentieux entre chiites et sunnites.
A. H.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/08/06/article.php?sid=137572&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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