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Les lots alimentaires de l’humiliation par Farouk Zahi

2 août 2012

Farouk Zahi

L’action caritative, consistant à offrir des lots alimentaires à la veille de chaque mois de Ramadan, est devenue par la force de l’inconséquence des uns et des autres, un lamentable spectacle à ciel ouvert. Cette cohue que rien ne justifie, se déroule le plus souvent, sous les yeux de responsables locaux qui n’arrivent toujours pas à appréhender une problématique vieille de près de vingt ans déjà. Les concepteurs à l’époque, ont envisagé cette procédure pour éviter, l’écueil de l’humiliation aux familles faisant la chaine devant les locaux abritant « Meidat Ramadhan ». Pertinente initiative s’il en fut, mais vite dévoyée par des mœurs bureaucratiques têtues. Les services communaux qui disposent de toute l’information requise en matière de bénéficiaires potentiels et de localisation des poches de pauvreté, continuent à naviguer à vue. Ils ajoutent au dépit du dénuement, l’amertume de la marginalisation sociale. Le spectacle de ces masses compactes constituées le plus souvent de personnes âgées, ne semble déranger aucune conscience. La plèbe, aura toujours bon dos pour être stigmatisée et prise dans les tenailles des grilles métalliques closes et le spectre de la sébile vide. On tournera les talons après avoir vociféré quelques remontrances acides à l’endroit de hères qui constituaient hier, un électorat à subjuguer par des discours ronflants. Comment se peut-il que le bulletin de vote arrive jusqu’à la tente nomade et la baraque du ghetto et que le colis alimentaire occasionnel, n’arrive pas à enjamber les murs des citadelles municipales ?

Où sont donc passés le Croissant rouge, les Scouts musulmans et la constellation d’organismes de bienfaisance pour mener à bien cette opération ? Tout le monde se méfie de l’utilisation politicienne de la chose, mais tout le monde roule pour une chapelle idéologique. Certains élus ont instrumentalisé l’opération pour l’avoir déjà confiée à des militants de leur obédience politique feignant d’ignorer que le Trésor public en est le principal pourvoyeur de fonds. La quadruple opération, résidant dans la commande, l’enlèvement, le stockage et la distribution pourrait être aisément confiée à une seule entité : le grossiste chez lequel, la commande est passée. Le bénéficiaire, peut aisément se faire servir moyennent un « Bon » d’enlèvement dument signé par les services compétents. Il y aura toujours des empêcheurs de tourner en rond, pour trouver à la procédure des vices de forme. Eux qui anticipent sur les événements, subodoreront l’entourloupette de la malversation qu’ils pratiquent eux-mêmes, sans état d’âme. Investis, d’une mission sacrale, ils ne céderont aucune concession de leurs prérogatives qu’ils considèrent, à tord ou à raison, comme régaliennes. Ils régenteront la charité selon leur bon plaisir. Ceci nous renvoie au Ramadan de 1995 où un haut responsable local du Sud invitait à sa table, des jeûneurs non-voyants. Pourquoi de tous les handicapés, nous dira-t-on, invite-on exclusivement cette catégorie de personnes ? L’explication, a été donnée par le journal du 20 h du jour suivant. On a, délibérément, utilisé leur handicap pour filmer à leur insu ces malheureux invités.

Dans le contexte actuel de la crise syrienne, qui nous semblait si lointaine, rien n’explique jusqu’ici, le silence observé à l’endroit des refugiés syriens qui se déversent sur notre pays en flots continus. Impliqués indirectement, par les retombées du conflit, nous observons le drame avec un calme olympien. Lampedusa, la chrétienne serait-elle plus solidaire que nos vieilles cités musulmanes vis-à-vis de nos coreligionnaires ? Il faut, malheureusement, le croire. Ces migrants pourtant légaux, n’ont trouvé que l’espace public d’un square pour abriter leur misère. Enfants en bas âge, femmes et vieilles personnes exhibent leur désarroi aux passants. Les quelques gestes d’entraide timidement tentés par des associations et des individus ne peuvent être que lapidaires, même s’ils demeurent louables. Il s’agit d’un drame humanitaire que seuls les moyens publics peuvent juguler ou du moins amoindrir. Légendairement connu pour être une terre d’accueil, notre pays doit rapidement réagir pour éviter à cette communauté la perdition de la rue. Les mauvais génies de la délinquance peuvent, devant le désintéressement apparent des pouvoirs publics, s’offrir en pâture cette proie livrée à elle-même. On évoque à demi-mots, une prostitution clandestine rampante, suscitée par d’incompressibles besoins économiques, notamment, nutritionnels. L’insatisfaction des besoins biologiques élémentaires, est comme tout le monde le sait, à la base de l’effritement de la dignité humaine menant au déshonneur, si ce vocable veut encore dire quelque chose.

Un furtif tour aux hypermarchés de la périphérie d’Alger, peut renseigner, un tant soi peu, sur la désinvolture outrancière que l’on adopte vis à vis de la détresse humaine. Les caddys regorgeant de boissons, fruits exotiques et autres douceurs jurent par leur insolence dans un tissu social de plus en plus désintégré par le dénivellement social. Le seul droit de garage des véhicules estimé à 100 Da /heure équivaut à la dime journalière versée en compensation de la non-observance licite du jeûne. Le gaspillage est cette hydre qui prive une multitude de «ventres creux» d’une manne alimentaire qui remplit «hontement» les poubelles. On avance même que sur les 50.000.000 de pains manufacturés par jour, 20.000.000 sont voués à la dessiccation. Les collectes d’argent hebdomadaires dans les mosquées pour les besoins de construction d’autres mosquées devraient bénéficier aux démunis tenus par l’observance du jeûne. Du moins pour cette période cruciale où le geste solidaire doit être de mise. Les fonds de la « Zakat » qui sont de plus en plus conséquents, ne devraient pas être distraits de leur mission cardinale. Aider des désœuvrés pour créer leurs propres activités lucratives relève d’abord, du processus d’insertion des jeunes.

Des gens, parfois bien mis, nous abordent discrètement pour quémander de l’aumône. Et ce n’est, apparemment, pas des mendiants. Il s’agit le plus souvent de retraités ou d’employés débauchés d’entreprises restructurées ou cédées qui n’arrivent pas à nourrir, les nombreuses bouches dont ils ont la charge. Il suffit que l’un d’eux nous aborde pour que les questionnements les plus irrationnels nous harcèlent durablement. La politique budgétaire mise en branle par les Etats, pour la maitrise des PIB, balance des paiements, réserves de change et fonds souverains ne serait-elle pas en fin de compte, qu’un verbiage technocratique que la misère humaine a, constamment, mis en échec ? Il ne s’agit en fait, que d’une mauvaise distribution de la richesse nationale. Quand certains, négocient leur séjour vacancier à l’étranger par cyber communication, d’autres pensent déjà à la rentrée scolaire de leur progéniture qui ne pourra être qu’hallucinante. Entre temps, la fête de « Aid El Fitr », ne fera pas que des heureux… Pourtant les habits, encore neufs et remisés par nos rejetons d’enfants, peuvent encore égayer de nombreux foyers.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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