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Apaiser la mer de Chine du sud par Gareth Evans *

2 août 2012

Contributions

La mer de Chine du sud – longtemps considérée, avec le détroit de Taiwan et la péninsule coréenne, comme l’une des trois principales sources potentielles de conflit en Asie de l’est – refait des vagues. L’annonce par la Chine du déploiement de troupes sur l’île de Paracel fait suite à un durcissement depuis un mois des positions des différents acteurs concernés revendiquant la propriété territoriale de cette zone ; la présence navale de la Chine sur ces zones disputées se fait plus visible, créant des dissensions au sein de l’Association des pays de l’Asie de l’est (ASEAN), et pour la première fois depuis 45 ans, les ministres des Affaires Etrangères ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un communiqué commun. 

Cette situation échauffe les esprits – comme ce fut le cas dans le bras de fer diplomatique et militaire entre 2009 et 2011. Et ce n’est pas une surprise : s’étendant de Singapour à Taïwan, la mer de Chine du sud est la seconde route maritime la plus importante au monde avec un tiers du trafic maritime mondial.

Cette zone maritime réunit la plus forte concentration d’états et de revendications, aiguisées par des positions nationalistes – que n’importe quelle autre zone maritime de taille comparable au monde. Et elle est désormais un laboratoire majeur d’expérimentation de la rivalité sino-américaine dans laquelle la Chine déploie fermement ses ailes tandis que les Etats-Unis freinent cette tendance pour maintenir leur propre suprématie régionale et globale.

Les problèmes politiques et juridiques associés aux revendications territoriales antagonistes – et les ressources énergétiques et maritimes et les droits de navigations qui s’y rattachent – sont extraordinairement complexes. Les historiens de demain seront peut-être tentés d’évoquer la question de la mer de Chine du sud dans les mêmes termes que ceux utilisés au 19ème siècle par Lord Palmerston au sujet du Schleswig-Holstein : «Seules trois personnes ont jamais compris cette question. L’une est décédée, l’autre a sombré dans la folie, et je suis la troisième – mais j’ai tout oublié.»

Le principal contentieux territorial tourne actuellement autour de l’intérêt déclaré de la Chine pour l’ensemble de cette zone maritime – et exprimé de manière imprécise dans son tracé en 9 points en 2009. Une telle revendication couvrirait un ensemble de quatre zones territoriales disputées : les îles Paracel au nord-ouest, revendiquées aussi par le Vietnam ; le banc Macclesfield et le récif Scarborough au nord, revendiqués par les Philippines, et les îles Spratly au sud (revendiquées à la fois par le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et Brunei, et opposant à la fois ces pays entre eux et contre la Chine.)

Les différents prétendants se sont précipités pour occuper autant d’îles que possible, dont certaines ne sont que des rochers. Ceci résulte en partie d’une règle inscrite dans la Convention de l’ONU sur le droit de la mer, que tous ces pays ont ratifié, et qui établit que les propriétaires souverains de ses affleurements rocheux peuvent revendiquer une zone économique exclusive dans un rayon de 200 miles (autorisant l’exclusivité de l’exploitation des ressources maritimes et pétrolières) s’ils parviennent à maintenir une vie économique autonome durable. Dans le cas contraire, les propriétaires ne peuvent revendiquer que 12 miles nautiques des eaux territoriales.

Les intentions de la Chine ont provoqué l’inquiétude de l’ASEAN car même si elle peut raisonnablement prétendre à sa souveraineté sur l’ensemble des îles de la mer de Chine du sud, si elles sont toutes habitables, les zones d’exclusivité économique qui y seraient associées seraient loin de comprendre toutes les eaux concernées par son tracé en 9 points. C’est ce qui a éveillé des craintes – non infondées – sur le fait que la Chine ne prétend pas respecter les contraintes imposées par la Convention sur le droit de la mer, et est déterminée à mettre en avant d’autres revendications historiques plus importantes.

Pour avancer de manière intelligente, il serait bon que chacun reste calme face aux provocations extérieures de la Chine et au battage nationaliste en interne. Cette question ne semble pas faire l’objet d’une position maximaliste et monolithique inquiétante adoptée par l’intégralité du gouvernement et du Parti Communiste, sur la base de laquelle la Chine est déterminée à avancer. Mais selon un excellent rapport publié en avril dernier par le International Crisis Group, ses activités en mer de Chine du sud depuis trois ans semblent résulter d’initiatives désordonnées émanant de différents acteurs internes, dont les gouvernements locaux, les agences de renforcement de la loi, les entreprises énergétiques d’état, et l’Armée de Libération du Peuple.

Le ministère des Affaires Etrangères de la Chine comprend mieux que la plupart les contraintes des lois internationales, sans pour autant avoir jusqu’ici œuvrer pour les imposer. Mais lorsque la transition du pouvoir central (qui perturbe nombre de hauts responsables) sera terminée à la fin de cette année, il y des raisons d’espérer que la Chine assouplira quelque peu sa position.

La Chine peut, et devrait faire baisser la température en acceptant de revenir à l’accord signé avec l’ASEAN en 2002, un ensemble modeste de mesures visant à limiter les risques et à rétablir la confiance – et à partir desquelles il sera possible de forger un nouveau code multilatéral de conduite. Et il serait bon qu’elle procède le plus rapidement possible à une redéfinition précise de ses revendications, dont les références seront rattachées à des principes connus et acceptés. C’est la seule manière de donner crédit à sa position déclarée – qui sur le principe, n’est pas inintéressante – en faveur d’une série d’arrangements de partage des ressources sur les territoires disputés pour résoudre de manière définitive ces revendications antagonistes.

Pour leur part, la décision des Etats-Unis de s’associer aux pays de l’ASEAN pour repousser les ambitions chinoises en 2010-2011 est justifiée, mais ils doivent se garder de toute intensification dans leur discours. Le «pivot» militaire apporté par l’Amérique à l’Asie a exacerbé les sensibilités chinoises, et le sentiment nationaliste est plus difficile à contenir en période de transition gouvernementale. Quoi qu’il en soit, les inquiétudes déclarées des Etats-Unis concernant la liberté de navigation dans ces eaux ont toujours paru quelque peu exagérées.

Une avancée positive et universellement bienvenue serait que les Etats-Unis ratifient enfin la Convention sur le droit de la mer, dont les principes doivent être la pierre angulaire d’un partage des ressources pacifique en mer de Chine du sud, comme partout ailleurs. Exiger des autres qu’ils fassent selon son bon vouloir n’est jamais aussi bénéfique que de leur demander de suivre son exemple.

* Ancien ministre des Affaires Etrangères de l’Australie de 1988 à 1996, est président honoraire du International Crisis Group.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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