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Le tourisme dans les pays du Maghreb : approche politique comparée (suite et fin)

23 juillet 2012

Universitaires

le 22.07.12 | 10h00

De ce point de vue, le rejet du tourisme comme source complémentaire de revenus serait-elle uniquement d’ordre sociologique et culturel ?

Quelques données chiffrées

Les données fournies par les rapports des plans quadriennaux montrent, notamment pour le second plan, que 43% des investissements étaient consacrés à l’industrialisation. En revanche, le tourisme ne bénéficiera, à la même période, c’est-à-dire durant le second plan quadriennal,  que de 1,4%, une part plus faible que celle du premier plan, soit 2,5%.
En termes de données liées aux réalisations, il apparaît que, le rythme des réalisations entre l’Algérie et les pays voisins immédiats, présente des écarts que nous considérons historiquement source de retards en termes d’avancement et de progression du secteur. Ces données, renseignées dans le tableau ci-dessous, s’affichent sans commentaire.
De ce tableau, il ressort que :
• L’Algérie, a une capacité hôtelière très insuffisante et inférieure à celle de la Tunisie et du Maroc.
• La Tunisie prévoit 80 000 lits pour 1976, l’Algérie 42 000 lits pour 1977.
• Les planificateurs algériens avaient prévu, pour 1973,  30 000 lits qui n’ont pas été réalisés à ce jour.
Dans  le même ordre d’idées, il est utile de relever que la capacité d’hébergement disponible en 1973, soit 10 381 lits, était essentiellement concentrée au niveau de capitale avec 4 371 lits, suivie d’Oran avec 1 304 lits.
La disponibilité au niveau de l’hôtellerie dite de luxe ne dépassait pas les 552 lits concentrés au niveau de la capitale. Le reste du pays était sous-équipé. L’hôtellerie du Sud était considérée comme élémentaire.
Les raisons principales
Elles proviennent notamment de :
- La déficience en matériaux de construction.
- La nécessité de faire appel à la SNTR (entreprise monopole à cette époque), qui n’arrivait pas à faire face à toutes les demandes que lui imposait ce même monopole.
- Le retard pris dans l’acheminement du matériel acheté à l’étranger (licences d’importation difficiles à obtenir).
- La lenteur du dédouanement.
- La rareté des entreprises compétentes et intéressées par la construction dans le Sud.
- Les coûts de construction supérieurs à ceux des autres pays.
- Les conditions matérielles de réalisation plus favorables dues au manque de concurrence entre les entreprises.

De la restructuration à l’autonomie : quel changement ?

Le secteur du tourisme compte, de nos jours, une soixantaine d’établissements hôteliers toutes gammes confondues. L’ensemble de ce patrimoine était géré par diverses sociétés spécialisées dans le thermalisme et l’hôtellerie urbaine notamment. Ces sociétés connaîtront plusieurs formes de réorganisation, et ce,  jusqu’à la mise en place de la restructuration du secteur public en 1982. Cette opération, donnera naissance à une multitude d’entreprises de gestion touristique (EGT). La mission de gestion touristique, objet du logo, consacrée d’ailleurs par les textes portant création, sombrera dans une approche où le vocable «touristique» s’avérera strictement théorique. L’effet commercial du rendement hôtelier prévaudra à la place du «touristique».

Point de tourisme. Plus d’hôtellerie. Une qualité de service amoindrie par l’amenuisement des moyens financiers nécessaires à la formation de l’homme. Ces mêmes entreprises seront «invitées» plus tard à devenir autonomes. Certaines, ayant pignon sur rue du fait de leur emplacement «stratégique», réalisent d’intéressantes performances ; d’autres, en revanche, peinent et rencontrent quelques difficultés. La logique de survie engendrée par la philosophie qui sous-tend l’autonomie, car redevables de résultats au terme des exercices, enfonce ces mêmes entreprises dans une approche strictement commerciale et, bien évidemment, au détriment de la qualité de service.

Ces réformes ont-elles donné l’effet escompté ? Ont-elles amélioré le quotidien des entreprises du tourisme ?
En observant de près les retombées des approches organisationnelles adoptées, avec du recul, il est aisé de comprendre que les diverses variantes d’ordre organisationnel mises en œuvre n’ont apporté aucune amélioration sensible au quotidien de ces entreprises.
Nous sommes face à des sociétés devenues entreprises : ce changement statutaire, quand bien même il s’inscrit dans une logique moderniste, n’a pas apporté la solution la mieux indiquée. Nous sommes face aux mêmes sociétés devenues autonomes, dont le capital est détenu en majorité par l’Etat.

Une autonomie mal définie, mal gérée, mal comprise : l’absence de ligne de démarcation entre ce qui relève du privé et du public aggrave la marge de manœuvre de ces entreprises. Des entreprises qui évoluent au travers d’un statut qui permet de jouir d’une réputation de commerçante, donc privée, tout étant redevables de comptes à l’Etat en sa qualité de propriétaire ! Ce constat est  certes de portée générale.Cependant, les retombées de l’autonomie sont différemment perceptibles en fonction du degré de vulnérabilité des entreprises aux aléas des conjonctures et des marchés.

Le secteur le plus touché par les principes élémentaires de l’autonomie reste l’entreprise du tourisme. Sa réaction vis-à-vis du marché, face auquel elle est réputée commerçante, n’est évidemment pas la même que celle des secteurs considérés productifs.
Sur le plan organisationnel, indépendamment de la précipitation dans l’adoption du schéma de réorganisation et de restructuration des entreprises relevant de ce secteur, le schéma adopté s’est appuyé sur une approche strictement géographique, voire politique.
Nous sommes face à un patrimoine d’entreprises créées à partir d’unités hôtelières disponibles dans les wilayas d’implantation qui, elles-mêmes, évolueront cahin-caha, au gré des différentes formes de tutelle mises en place au fur et à mesure. Quelques exemples : EGT Annaba ; EGT de l’Est, EGT de Biskra, de Ghardaïa, de Tam et j’en passe…

La logique qui sous-tendait ce schéma tient compte de paramètres non seulement géographiques, mais claniques. De plus, si ce même schéma répondait à une logique politique d’une époque, il ne l’est plus de nos jours. L’efficience et l’efficacité recherchées à travers cette approche n’ont permis aucune percée significative dans le développement de ces entreprises.
Aussi, faut-il ajouter que l’approche adoptée, quand bien même au travers de laquelle il est recherché de décentraliser l’activité économique, n’a donné naissance qu’à une nouvelle forme de «centralisation». Le pouvoir économique s’est déplacé à l’échelle locale et régionale. L’ossature du schéma, qui est l’unité hôtelière par excellence, supposée être l’unité économique de performance, est reversée dans le patrimoine d’une entreprise qui s’étend sur un territoire géographique. L’effort individuel de l’unité disparaît à la faveur d’une logique d’entreprise.

De plus, la restructuration organique et, plus tard, l’autonomie, n’a pas allégé l’interrelation entre l’entreprise-mère et son patrimoine, mais l’a alourdi davantage compte tenu de l’immensité de l’espace géographique dans lequel évoluent certaines à ce jour.
La notion d’autonomie, si elle a le mérite de donner plus de liberté d’action et d’initiative aux entreprises, n’a été, en revanche, approchée et entretenue que pour donner naissance à des «entreprises cloisonnées» dans des espaces géographiques sans orientation claire. Au nom de l’autonomie mal adoptée, mal comprise, les relations horizontales entre ces entreprises disparaissent.
La mobilité de la ressource humaine en subit les aléas. Nous sommes face à un schéma spécifique en termes de relations interentreprises qui évoluent dans le même secteur.

Cette nouvelle logique marchande qui s’installe, dictée par des nouvelles considérations, amoindrira l’effort d’investissement faute de capacités financières suffisantes, de cash-flows nécessaires. Elle contraindra les entreprises en charge du patrimoine touristique et hôtelier à différer les priorités. L’activité de certaines est maintenue pour des raisons de paix sociale…
Cette nouvelle logique remet au goût du jour le rôle social de l’entreprise en Algérie. A défaut d’investir, elle «reverse» dans un (nouveau) rôle celui de préserver la paix sociale, tout en étant justiciable vis- à vis du code de commerce en matière de faillite. Un paradoxe !
En effet, à défaut d’une stratégie claire en matière de gestion de l’entreprise publique, y compris celle du tourisme, nous sommes tentés de développer l’idée d’un retour à l’entreprise où elle n’est pas seulement «un (ou des) lieu(x) de rencontre du pouvoir politique ( c’est-à-dire l’Etat), de l’économique (pris dans sa dimension classique du marché) mais aussi et surtout un centre de confrontation de deux rationalités  à savoir : l’intérêt particulier, c’est-à-dire celui de l’entreprise, de ses dirigeants ; l’intérêt général, c’est-à-dire celui de la  collectivité».

Par ailleurs, force est de constater que, la généralisation de l’autonomie «par assimilation»,  sans tenir compte de la spécificité du tourisme comparé aux secteurs industriels et productifs, constituera le coup fatal pour un secteur extrêmement vulnérable aux aléas sécuritaires, politiques et conjoncturels.
La décennie qui suivra la mise en œuvre de ces réformes, c’est-à-dire 1990 et plus, fera payer à ce secteur le prix fort du risque certain de la disparition de l’Algérie en tant que destination touristique.

Quelques données à titre indicatif

Les données dont nous disposons montrent qu’en 1994, l’Algérie devait accueillir 804 713 touristes (dont 336 226 étrangers) et en 1999, 755 286 (dont  147 611 étrangers) soit une régression de l’ordre de 49 487 touristes.
Comparé aux pays voisins en prenant 1999 comme année de référence, nous sommes face à cette situation. Ces mêmes données, n’ont pas évolué d’une manière significative. En effet, en 2008, l’Algérie devait accueillir 1 740 000 touristes (soit 510 000 de plus par rapport à 2004). Plus de 1,2 million  d’entre eux sont des Algériens expatriés. Autrement dit, à peine 500 000 touristes sont des étrangers.En revanche, la Tunisie, la même année 2008, a accueilli près de 7 millions de visiteurs (touristes). Le Maroc, quant à lui, en a reçu 8 millions.Sur le plan des recettes, en 2006, pour l’Algérie, elles s’élèvent à 200 millions de dollars, en hausse de 14,3% par rapport à 2005.

Les infrastructures touristiques

Sur ce plan, il est relevé que les infrastructures héritées des différentes restructurations, ne connaîtront aucune amélioration ni sur le plan du nombre, ni encore moins sur le plan du confort supposé être offert.
Ces entreprises (et les unités rattachées), subiront des missions au nom d’un « tourisme international» au départ puis «interne» ensuite ! Cette dernière option  «massifiera» le tourisme à un rythme que même les professionnels sont incapables d’en définir les contours….

Des infrastructures vieillissantes, qui n’ont bénéficié d’aucun plan de développement depuis 1978. Les quelques opérations signalées sont l’œuvre de certaines entreprises jouissant de capacités financières à même de permettre un «relooking» régulier. D’autres, en revanche, faute de moyens, sombrent dans l’abandon. Des unités hôtelières décrépissent. Une telle situation générera des retards considérables ; des décalages sont visibles à l’œil nu.
Cependant, il est réjouissant d’apprendre par les canaux de la presse et des médias que des opérations de «modernisation» et de «réhabilitation» sont engagées. Une opération de bon augure, sachant que, le secteur en a grandement besoin. Des sommes colossales semblent engagées dans un processus qui, au fur et à mesure, complexifie la situation et suscite des questions soulevées (même) par les communs des observateurs, à savoir :
- Faut-il rénover pour, ensuite, attendre la venue des touristes ?
- Sommes-nous en mesure de parler d’un tourisme algérien ?
- ,Ces opérations une fois faites auront-elles le privilège de susciter la destination Algérie ?
Ces interrogations, et tant d’autres, renseignent que :
- Ce secteur est et restera la dernière préoccupation des gouvernants du fait des options stratégiques rentières adoptées.
- Le tourisme semble être l’affaire de quelques institutions. Sa sauvegarde nécessite l’implication de toutes et de tous. Il s’agit d’un ensemble d’acteurs liés les uns les autres.
- Le tourisme c’est surtout le transport, l’éducation, c’est la culture, la société dans sa globalité, en mesure de l’adopter en tant que vecteur de développement, loin du pétrole dans ses dimensions maléfique et bénéfique !

Ouvrages  de référence :
- Mimoun Hillali : Du tourisme et de la géopolitique au Maghreb : le cas du Maroc (La Découverte Hérodote – 2007/4 n° 127)
- Jérémy Dagnies : Action publique et développement du tourisme en Europe de l’Ouest : Perspectives historiques et tentative de catégorisation (Facultés universitaires catholiques de Mons) -Congrès de l’ABSP – Louvain-la-Neuve  (24 avril 2008)
- N. Widmann : Le tourisme en Algérie (revue Méditerranée n°2/1976)
- P. Anastassopoulos : L’avenir d’une espèce hybride : l’entreprise publique in Revue française de gestion (janvier- février 1977)

Bouaraba Rachid : faculté des sciences politiques et de l’information – université d’Alger

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “Le tourisme dans les pays du Maghreb : approche politique comparée (suite et fin)”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Le tourisme dans les pays du Maghreb
    approche politique comparée (1ère partie)
    le 21.07.12 | 10h00

    Le tourisme est un secteur accessible aux pays du Maghreb pour peu qu’ils disposent des moyens d’hébergement et d’équipement élémentaires…».(1) Nous sommes tentés d’être d’accord avec une telle idée posée en forme d’égalité.

    Une égalité somme toute discutable : disponibilité de moyens d’hébergement = tourisme. Prise sous cet angle strict, une telle égalité réduit le tourisme à un domaine lié dans son développement à la disponibilité de moyens d’hébergement. De ce point de vue, il est fait abstraction de la qualité de ces moyens, du type de tourisme offert, et enfin de la qualité du service disponible. Cette mise en relation suggère pour nous quelques interrogations, notamment pour savoir si :
    Le tourisme dans les pays du Maghreb a obéi dans son développement à cette équation ?
    Les investissements engagés par chacun de ces pays séparés avaient-ils obéi à une logique économique stricte ?
    Quelle était la part du politique dans le développement du tourisme ?
    Quels enjeux pouvait-il représenter dans ces pays ?

    D’autres experts sont allés mettre en relation la nécessaire ouverture des frontières. Sur ce point précis, il est relevé, à travers certains travaux de recherche, pour que ces pays développent leur tourisme, il est impératif d’ouvrir leurs frontières au tourisme. Nous sommes face à une seconde condition posée sous forme d’égalité : point de tourisme sans ouverture des frontières. Mieux encore, auquel cas, le tourisme est condamné à l’échec. Cette question a, évidemment, été différemment perçue par les pays du Maghreb en particulier. En effet, la question de l’ouverture des frontières a dépassé largement sa connotation géographique stricte. Elle a atteint parfois le culturel, le traditionnel, l’ancestral, par peur que ces principes fondamentaux puissent devenir un élément incontournable dans le développement du tourisme.

    L’ouverture des frontières est perçue sous son angle strictement générateur de ressources, y compris en recourant à user de la triade des trois «S» (Mer – Plage – Soleil) dont les professionnels du tourisme connaissent suffisamment les tenants et les aboutissants. Le tourisme dans les pays du Maghreb s’est développé à partir des degrés de vulnérabilité des économies de ces pays. En effet, entre ceux qui attendaient un retour du tourisme en usant et abusant des legs et traditions ancestraux, en louant ses vertus, et ceux pour qui le tourisme est simplement une forme de néo-colonialisme, voire un facteur polluant des acquis des révolutions.

    D’un point de vue politique, il est constaté que le tourisme dans les pays du Maghreb a vite été rattrapé par (le) et (la) politique. Sa relation avec le politique accentuera et développera davantage les clivages, non pas entre les peuples mais entre les gouvernants eux-mêmes, et ce, depuis l’accession de ces pays à l’indépendance. La différence dans la perception du rôle du tourisme en tant que secteur à vocation économique stricte émane de la culture politique des dirigeants de chacun de ces pays. Le poids du politique pèsera encore davantage à partir des options stratégiques affichées par les uns et les autres. Ce poids retiendra l’essentiel des objectifs retenus et accordés au tourisme par les pouvoirs et systèmes politiques en place.

    Entre le rejet d’en faire un cheval de bataille dans le développement économique pour des raisons de stratégies de développement (le cas de l’Algérie) et le choix d’en faire pour des raisons financières et, économiques (le cas du Maroc et de la Tunisie), le tourisme est devenu, depuis, l’otage d’enjeux politiques entre les gouvernants. Ces choix et ces rejets, selon le cas, n’émanent pas uniquement (faut-il le préciser) de stratégies de développement réfléchies mais de vœux des groupes dominants à la recherche d’appuis pour asseoir une forme d’hégémonie dans la sous-région.

    Avec un peu de recul, il est aisé de constater que les stratégies de développement du tourisme adoptées par les Etats du Maghreb divergeaient, non seulement en termes de modèle de développement économique à adapter au tourisme, mais plutôt en fonction des attentes de ces mêmes systèmes politiques, des groupes dominants, des luttes d’appareils, de clans.

    Le développement du secteur du tourisme aura survécu aux systèmes POLITIQUES, aux régimes

    Ces luttes, faisaient souvant rage et dépassaient par leur cruauté l’enjeu qu’elles imposaient. La gestion du développement du tourisme se faisait sous des angles qui, souvent, échappaient à «l’intellection». Elle échappait à la logique tout court. Des logiques inspirées de modèles de développement qui, eux-mêmes, échappaient à l’économique (aux économistes) et aux sociologues. Ces gouvernants (ces politiques) faisaient semblant d’ignorer les vocations touristiques qui, pourtant, leur sautaient aux yeux. De nouveaux paramètres géopolitiques rentreront en ligne de compte dans la gestion des projets de développement du tourisme. Des ces paramètres naîtront ce que nous considérons être des «comportements politiques». De ces paramètres naîtront des relations, des intentions, des actions déstabilisatrices.

    Ces dernières, parfois en sourdine, parfois en clair. Chacun de ces pays s’identifiait, s’assimilait au charisme des gouvernants qui prenaient forme au fur et à mesure. Le tourisme constituera un simple mobile derrière lequel se cachaient des sous-bassements hégémoniques que ces leaders afficheront au fur et à mesure de l’évolution de ces pays. Le regard des gouvernants en direction du tourisme variera en fonction de l’approche du moment. Il évoluera en fonction de leurs attentes eux-mêmes. Entre un désintérêt total, par le fait de la disponibilité de la rente de substitution (pour le cas de l’Algérie), et un attachement des plus importants au secteur, par le fait de sa capacité à générer des recettes en devises (pour le cas du Maroc et de la Tunisie), nécessaires pour créer de l’emploi entre autres, de la relation entre, les systèmes politiques et le développement du tourisme dans les pays du Maghreb :
    Par-delà les clivages d’ordre doctrinal et idéologique : «démocratie-dictature», «socialisme-libéralisme», en plus de l’éternel dualisme controversé «développement-sous-développement», les politiques de développement du tourisme adoptées par les pays du Maghreb étaient guidées essentiellement par des impératifs d’ordre géostratégique.

    Des Etats (des gouvernants) gagnés par la folie des grandeurs allaient investir le terrain par des réalisations gigantesques. Une telle approche, épousée par l’Algérie notamment, reflète nettement l’audace ambiante dont le simple objectif était de dissuader le pays voisin. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les modestes moyens financiers consacrés notamment par l’Algérie pour le développement du tourisme, comparés aux autres secteurs d’activité, n’ont pas empêché, outre mesure, les gouvernants, de placer le tourisme sur la trajectoire politique des gouvernants. La politique s’est saisie du secteur, le prend en charge à son tour pour en faire un outil de marketing politique, de propagande. Cette approche ne connaîtra pas d’évolution significative jusqu’aux années 2000.

    Dans le même ordre d’idées, il est utile de souligner que, quand bien même ces pays disposaient de potentialités touristiques importantes, (et en disposent toujours), les stratégies globales de développement mises en œuvre en direction du tourisme, différaient et, divergeaient non pas en fonction des attentes économiques, mais en fonction d’intérêts politiques des groupes dominants respectifs. Nous sommes face à des systèmes politiques où la notion de pouvoir est intimement liée, non pas aux fondements idéologiques de ces systèmes, mais aux volontés des groupes dominants en place. Le politique subrogera à l’économique. L’économique cédera la place au politique.

    L’instrumentalisation du tourisme par des intérêts géostratégiques

    Un tel constat permet d’enchaîner avec l’idée selon laquelle le tourisme peut également être instrumentalisé par l’acteur public en vue de répondre à des intérêts et motivations relevant davantage de «la politique». Le tourisme est devenu un sorte de scène où «s’affrontent des individus et des groupes en compétition…».(2)
    Le tourisme est, désormais, pris dans le piège de sa propre mission. Une mission somme toute classique, naturelle de découvertes, de liberté d’agir, d’échanges, allait constituer une source de conflits. Il alimentera les relations entre ces pays, qui iront crescendo, se complexifier, se croiser, sous des formes conflictuelles, qui cachaient des dessins hégémoniques réels. Aucun de ces trois pays, au départ, ne misait et ne faisait du tourisme un vecteur de développement si ce n’était une «tactique» pour mieux s’approprier «les penchants affectifs» des grandes puissances d’alors. Ces dernières, «obnubilées» (faut-il le dire) par les effets de l’équilibre géostratégique bipolaire en vigueur à cette période, recherchaient plus d’espaces d’influence dans une sous-région qui promettait beaucoup «d’avantages».

    Le plus grave, dans certains cas, est l’adoption par ces pays de plans de développement économiques, souvent calqués au nom de la «défense» mutuelle d’intérêts communs. En effet, des pays comme le Maroc et la Tunisie, qui, au milieu des années 1960, avaient joué sur une espèce d’hésitation tactique pour amener les pays occidentaux à les soutenir, non pas pour développer le tourisme mais pour mettre en place des plans de développement économique globaux à travers l’assistance technique, des soutiens financiers, pour, plus tard, faire du tourisme un agent garant et sûr d’intégrer la voie du capitalisme, expression à la mode à cette époque. La recherche du leadership, devient (cette fois-ci) le moteur qui fera accélérer les rythmes d’investissement pour les uns (le Maroc et la Tunisie) et la recherche de prestige par de gigantesques réalisations à la limite de la démesure pour d’autres (l’Algérie)…

    Une telle option fera payer à l’Algérie en particulier «le lourd tribut» pour plusieurs raisons. Nous tenterons d’en énumérer quelques-unes dans le passage réservé à cet effet. Sur le plan économique, ainsi que nous le disions plus haut, bien que ces trois pays disposaient alors (et disposent toujours) de potentialités touristiques naturelles importantes (climat, beauté des paysages, diversité des reliefs et des géographies, diversité de cultures), il reste qu’ils ne disposaient pas tous, aux premières années de leur indépendance, des mêmes niveaux de revenus, des mêmes compétences techniques et humaines nécessaires au développement de ce secteur. La mise en œuvre des plans de développement se faisait différemment par chaque pays en fonction (surtout) de la disponibilité des ressources naturelles en vogue alors : les hydrocarbures.

    Cette inégalité en termes de moyens avait influé grandement et d’une manière négative sur le développement du tourisme au Maroc et en Tunisie. Une approche comparative paraît intéressante. Nous tenterons de la développer dans d’autres contributions. Nous nous contenterons d’en développer quelques idées pour le cas de l’Algérie. Nous donnerons toutefois quelques indices à titre comparatif. L’Algérie, en revanche, a opté, pour des raisons stratégiques, pour «l’ignorance» du rôle économique du tourisme. Le tourisme est appréhendé en ce qu’il représentait surtout «un risque majeur susceptible de nuire ‘‘aux acquis’’ de sa jeune Révolution». La disponibilité de la ressource financière confortera davantage l’assise des gouvernants de la première décennie post-indépendance.

    Le gigantisme, comme option de puissance sous-régionale, le prestige à la place de l’efficacité économique, la réalisation d’infrastructures touristiques sur des sites à partir de références historiques, d’équilibre régional, montre à l’évidence que la priorité n’était nullement de donner un sens économique au tourisme, mais de réguler les tensions internes autour des choix des uns et des autres. Des exemples d’infrastructures réalisées sur des sites qui, de nos jours, s’avéreront dépassées par l’absence du fait à la fois culturel et touristique. Le prestige aura prévalu à la place de l’efficacité économique. Cependant, force est de constater que ces gigantesques réalisations, (faut-il le dire, en hommage à ceux qui les avaient initiées) bien que décriées au départ, car, entreprises avec audace et fantaisie, se révéleront plus tard en avance par rapport à leur époque… c’est-à-dire jusqu’en 1978.(3)

    De nos jours, elles périclitent, faute de moyens nécessaires pour leur mise à niveau tant humaine que matérielle. Ces réalisations ne connaîtront aucune prise en charge. Les préoccupations de l’Etat allaient changer de cap. Les moyens consacrés par l’Etat s’amenuiseront au fur et à mesure jusqu’aux années 1985. Les entreprises créées pour la gestion du tourisme, notamment celles issues des restructurations organiques à partir des années 1980, évolueront en rangs dispersés. Elles subiront les effets directs du retrait graduel de l’Etat au nom de la décentralisation au départ et de l’autonomie ensuite. Elles évolueront dans un nouvel environnement caractérisé par la férocité du marché auquel elles devaient faire face. Une espèce de mise à nu graduelle allait s’observer. Au fur et à mesure également, des insuffisances seront relevées çà et là, tant sur le plan de l’état de ces mêmes infrastructures que sur celui de la qualité des prestations elles-mêmes, c’est-à-dire la qualité de la ressource humaine. Ces insuffisances ont pour origine un cumul de facteurs complexes d’ordre organisationnel, politique et juridique que nous tenterons de développer ci-dessous.

    S’il est admis de tous que l’apport économique du tourisme est quasi nul, cela est-il dû :
    - Au modèle de stratégie de développement adopté ?
    - Au gigantisme des infrastructures devenues lourdes à gérer ?
    - A l’inadaptation de la ressource humaine aux normes universelles en la matière ?
    - Au modèle organisationnel imposé aux entreprises en charge du tourisme ?
    - Au rejet de la société elle-même du tourisme compte tenu des ses effets polluants et négatifs sur le «nouvel ordre culturel» actuel ?
    - A l’insuffisance des moyens marketings mis en place pour redorer le blason de la destination touristique algérienne ?
    Quelques notes historiques : A l’indépendance, l’Algérie héritait d’un équipement hôtelier non négligeable, constitué de villas concentrées dans les grandes villes. Cet équipement était désuet certes et disparate. Les cadres hôteliers faisaient énormément défaut.

    Durant cette période, aucune politique du tourisme ne fut définie. L’ONAT, (Office national algérien du tourisme), premier établissement public créé en 1962 sans mission claire, puis vint un ministère du Tourisme en 1964. Les problèmes furent réglés au jour le jour jusqu’à la publication de la charte du tourisme en 1966. A cette époque, les gouvernants algériens estimaient que concentrer tous les efforts en direction du tourisme pouvait s’avérer dangereux. Le tourisme, aux yeux des gouvernants d’alors, était sujet aux aléas et conjonctures surtout politiques. La crise politique cubaine en 1962, et chypriote en 1974, alimenteront davantage le discours politique. A ces arguments politiques, d’autres alimenteront l’arsenal des gouvernants pour minimiser sinon mettre en relation la vulnérabilité extrême du tourisme devant des faits économiques même conjoncturels.

    En effet, la baisse des entrées touristiques dans les pays du pourtour méditerranéen, eu égard à la crise de 1973(4), ainsi que les implications de celle-ci sur les économies de certains de ces pays confortera davantage les choix des gouvernants pour la mise sur pied d’une stratégie de développement économique à prédominance industrielle. D’autres thèses avaient tenté d’expliquer l’abandon de l’option tourisme par les gouvernants par des considérations d’ordre sociétal et sociologique. Il est relevé que «l’Algérien très indépendant, susceptible, refuse de faire de son pays l’Eden de riches servis par des pauvres. Le touriste est souvent accueilli avec nonchalance».(5) Un tel constat recèle une part de vérité même de nos jours. 

    Ouvrages de référence :
    (1) Mimoun Hillali : Du tourisme et de la géopolitique au Maghreb : le cas du Maroc La Découverte | Hérodote/ 2007/4 – n° 127
    (2) Jérémy Dagnies : Action publique et développement du tourisme en Europe de l’Ouest : perspectives historiques et tentative de catégorisation.
    (3) Année à partir de laquelle l’Algérie n’engagera auun investissement dans la réalisation d’infrastructures à vocation touristique sur concours définitifs.
    (4) En 1974, la diminution des entrées de touristes par rapport à 1973 fut de 0,8% en Tunisie, 14 % en Espagne, 31% en Grèce et 36% au Portugal.
    (5) N.Widmann : Le tourisme en Algérie /Revue Méditerranée. N°2. 1976. 

    Bouaraba Rachid : faculté des sciences politiques et de l’information – université d’Alger

    © El Watan

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