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Indépendance : les rendez-vous manqués du développement -Smaïl Goumeziane

23 juillet 2012

Smaïl Goumeziane

Indépendance : les rendez-vous manqués du développement -Smaïl Goumeziane dans Smaïl Goumeziane idee_1084576_465x348p

le 12.07.12 | 10h00

C’est dire que le système rentier devient de plus en plus difficile à contrôler. Mondialisation oblige, les luttes intestines entre réseaux désormais concurrentiels se multiplient au sujet du partage des rentes.

De plus en plus instable, le système est secoué par de nombreuses crises(1). Des scandales politico-financiers retentissants se succèdent et touchent tous les secteurs- clés de l’économie.
Le premier d’entre eux concerne, dès 2003, le groupe financier et industriel Khalifa. Cet empire privé, monté en quelques années, s’effondre comme un fétu de paille dès la faillite spectaculaire de sa banque, le cœur du groupe. Des milliers de petits épargnants, de grandes institutions publiques, et même certains dignitaires du régime se sont fait piéger par les promesses d’une rémunération exceptionnelle pour leurs dépôts, assise, en fait, sur une immense «opération de cavalerie», les nouveaux dépôts permettant de rémunérer les précédents.

Ce faisant, la banque Khalifa «aspira» quelque 7 milliards d’euros dépensés et prêtés «sans discernement», sans respect des règles prudentielles, et sans contrôle des organismes de tutelle (dont la Banque centrale), à divers promoteurs fonciers et industriels plus ou moins transparents. Khalifa Airways, la compagnie aérienne du groupe sombre également. Le licenciement de quelque 65 000 employés du groupe prend alors l’effet d’une catastrophe nationale. Epargnants et licenciés n’ont plus alors que leurs yeux pour pleurer. Le procès qui suit cette affaire dure quatre ans, aboutit à de lourdes condamnations, dont celle, par contumace, du patron du groupe, arrêté en 2007 en Grande- Bretagne, mais toujours en attente d’extradition.
Le second scandale concerne le secteur-clé du système rentier, symbolisé par son entreprise phare : Sonatrach. Le scandale, qui éclate, en 2006, révèle l’âpre lutte qui se déroule dans le pays et au niveau international pour le contrôle de la manne pétrolière et gazière.

Depuis 2002, cette lutte se focalise autour du projet de loi sur la privatisation de l’entreprise, défendu par Chakib Khelil, le ministre de l’Energie, avec l’assistance technique… de la Banque mondiale, et contesté par Ali Benflis, alors Premier ministre. Adoptée en 2005, cette loi provoque une levée de boucliers dans le pays et à l’extérieur, y compris au sein de l’OPEP. On crie alors au «bradage de l’économie nationale» dans un «pays croupion à la solde des Etats-Unis». Face à cette grogne, en juillet 2006, tous les articles de la loi restaurant le régime des concessions en vigueur, avant les grandes nationalisations pétrolières des années 1970, sont supprimés du texte de loi. Mais, ce n’est là qu’un aspect de la lutte. La même année, en juillet, l’IGF (Inspection générale des finances), chargée d’une enquête sur la gestion de Sonatrach, finalise son rapport.

Celui-ci met au jour un nouveau scandale, mêlant recours abusif au gré à gré dans la passation des marchés, multiples surfacturations dans les contrats, relations privilégiées entre l’entreprise et BRC (Brown-Root & Condor) une société mixte algéro-américaine, filiale de Halliburton, le grand groupe pétrolier et de défense américain. Puis, un nouveau scandale éclate, en janvier 2010, mêlant affaires de corruption et malversations présumées. Il conduit à la mise en examen de plusieurs hauts dirigeants de l’entreprise. Chakib Khelil ne peut résister davantage à la tempête médiatique et judiciaire. Il est limogé le 29 mai 2010. Pour autant, les luttes autour de ce «fleuron de l’économie nationale» et son rôle dans le développement du pays sont loin d’avoir cessé.

Le troisième scandale éclate dans le domaine de la téléphonie. En 2007, s’appuyant sur une autorisation de gestion d’une licence de téléphonie mobile en Algérie, obtenue en 1999, le groupe égyptien Orascom réalise deux opérations jugées douteuses: l’achat de deux cimenteries publiques qu’il revend aussitôt au groupe français Lafarge… avec une plus-value de deux milliards de dollars ; l’association, sans aucune expérience ni moyens financiers, avec… Sonatrach pour la réalisation et l’exploitation d’un complexe pétrochimique, en recourant à l’expertise d’un groupe allemand et aux capitaux du réseau bancaire algérien. Face à l’ampleur du scandale, Orascom décide de vendre Djezzy, sa marque de téléphonie et la licence qui s’y rapporte. En 2011, l’Etat algérien décide de faire jouer son droit de préemption et, après évaluation, de se porter acquéreur.

Le quatrième scandale concerne le secteur des travaux publics. Les enquêtes menées à propos des conditions de passation des marchés relatifs à la réalisation de l’autoroute Est-Ouest (un projet de quelque onze milliards de dollars) révèlent des irrégularités et conduisent à des soupçons de corruption. Au cœur de ce nouveau scandale, des intermédiaires (algériens et étrangers) et un consortium d’entreprises chinoises.De multiples inculpations ont eu lieu et le procès est toujours en cours.

Ainsi, sur fond d’insécurité encore palpable dans le pays, mêlant terrorisme «résiduel» et banditisme (rackets, enlèvements), tout au long des années 2000, l’économie algérienne continue de subir la domination du système rentier et son instabilité chronique. Toujours et plus que jamais dépendante du secteur des hydrocarbures et de ses échanges extérieurs, celle-ci connaît une double fracture de plus en plus large : fracture entre un secteur énergétique et commercial regorgeant de ressources rentières et spéculatives, et un secteur productif (industriel et agricole) exsangue et agressé simultanément par la bureaucratie étatique et par l’économie informelle ; fracture entre une minorité de nouveaux riches, étalant leurs fortunes de manière ostentatoire et provocante, et une large majorité de nouveaux pauvres bien souvent à la limite de la survie.

Au point que la malvie, le désespoir et la colère qui s’emparent de la population, notamment des jeunes, s’expriment sous la forme de trois processus d’une extrême gravité: les micro-émeutes récurrentes dans toutes les régions du pays (plus de 10 000 en 2010), les immolations par le feu (plusieurs dizaines) et le phénomène massif des harraga (plus de 2000 «brûleurs de frontières» interceptés en trois ans). Résultant du sentiment d’abandon dans lequel l’Etat l’a laissée. La population affirme ainsi de façon pragmatique, et souvent cruelle, l’ampleur des besoins structurels non satisfaits (alimentation, santé, logement, éducation, emploi…) et des promesses non tenues.

De ce point de vue, ces processus de défiance de l’autorité constituent un véritable «système émeutier» agissant comme un dramatique révélateur d’une société bloquée, orpheline de toute stratégie de développement, ayant abandonné toute forme de dialogue politique et social, offrant comme seul interlocuteur, face à la population, les forces de l’ordre, détournées ainsi de leur véritable mission : la défense du territoire (dans son unité et sa diversité) et la sécurité (physique, mais aussi économique et politique) des personnes et des biens qui s’y trouvent. Pour ces raisons, ce système émeutier constitue un indicateur,- beaucoup plus pertinent que celui des «grands équilibres financiers» -, de la prégnance du système informel sur le système institutionnel officiel, qu’il piège, dévoie et enferme dans un immobilisme suicidaire.

Une seule alternative : le système rentier ou le système démocratique

Pour ces raisons, cinquante ans après l’indépendance, sous les pressions multiples du système rentier qui en est l’antithèse, le rendez-vous avec le développement semble toujours reporté aux calendes grecques.  Pourtant, si un tel système a gangréné toute la société algérienne, et si les rentiers sont infiltrés dans tous les rouages de la société, les démocrates sont également largement présents dans toutes les couches de la population et dans toutes les institutions du pays. Même si le système rentier les a atomisés, ignorés, voire montés les uns contre les autres, quand il n’a pas réussi à en recruter une partie à son service par la cooptation ou le clientélisme archaïque (tribalisme, clanisme, communautarisme…).

C’est dire l’importance qu’il y a à rompre avec ce «clientélisme hétéroclite» et à rassembler les élites démocratiques, où qu’elles se trouvent, dans la perspective d’une mobilisation la plus large possible d’une société aujourd’hui coupée de ses dirigeants politiques et en perte de repères, notamment historiques, et de confiance en ses institutions. Car, comme l’affirmait déjà, Albert Einstein, «ce n’est pas avec ceux qui ont créé des difficultés qu’il faut espérer les résoudre.» Ainsi comprise, une telle mobilisation pacifique doit se faire autour d’un objectif essentiel : la rupture progressive d’avec le système rentier et son remplacement par un système démocratique. Pour cela, ces élites doivent être capables de s’organiser en forces pacifiques de propositions.

Think tanks, cercles de réflexion, associations scientifiques et culturelles, réunissant cadres, chercheurs, entrepreneurs, syndicalistes, militants politiques et autres représentants de la société civile, doivent pouvoir se retrouver librement afin d’identifier ensemble les mesures et les actions concrètes à court et moyen terme, à même de combler les déficits exprimés par la population dans tous les domaines. Dans cette perspective, pour engager un processus durable de développement, il faut notamment répondre aux 10 questions essentielles suivantes :
1- Pour développer un territoire, dans son unité et sa diversité, il faut le sécuriser et lui assurer la paix interne et externe. Comment réaliser cet objectif stratégique dans un cadre démocratique ?
2- Comment déconstruire l’Etat rentier dans tous ses démembrements, et édifier l’Etat de droit, républicain et démocratique de demain ? Comment faire de cet Etat, un Etat régulateur aux côtés du marché et de la société civile ?
3- Comment favoriser l’expression et l’expansion des libertés, individuelles et collectives, dans les domaines politique, économique, social, culturel et cultuel ?
4- Comment édifier un système législatif qui organise, par le droit et dans la transparence, le fonctionnement de la société démocratique ?
5- Comment organiser le système judiciaire afin qu’il garantisse à la fois la sécurisation des biens et des personnes, la promotion et la protection des comportements productifs des agents économiques et la sanction des comportements rentiers, spéculateurs et corrupteurs ?
6- Comment mettre en place un Exécutif responsable devant la société de la mise en œuvre et des résultats de la politique de développement ?
7- Comment lutter contre l’économie rentière et permettre la réhabilitation et la consolidation d’une économie nationale (publique et privée) productive, intégrée, efficace et respectueuse de l’environnement ?
8- Comment définir, en relation avec les contraintes internationales liées à l’ouverture, et à la situation régionale, les avantages comparatifs et compétitifs de l’économie et construire les filières technologiques correspondantes ?
9- Comment édifier un système d’éducation, de formation et de recherche, capable d’assurer la cohérence entre une jeunesse algérienne créatrice, productive et performante, et les besoins de la société et de ses organisations ?
10- Comment enraciner durablement, et à tous les niveaux de la société, la culture démocratique en symbiose avec les valeurs historiques de la société algérienne ? Dès lors, pour tous ceux, nombreux, qui continuent de croire en la possibilité d’un développement national productif, l’heure n’est plus aux tergiversations, aux faux débats, aux mauvais calculs et aux faux clivages. Après toutes ces désillusions, il est temps de cultiver durablement l’espoir. L’heure est à l’urgence démocratique et au rassemblement pacifique pour réaliser, enfin, les promesses issues du mouvement national et de la déclaration du 1er Novembre 1954.

En ayant toujours à l’esprit ces trois vérités fondamentales. Primo, aujourd’hui comme hier, aucun homme providentiel ne détient la baguette magique qui résoudrait la crise systémique. Secundo, personne ne s’en sortira seul. Tertio, la tâche sera ardue et semée d’embûches. Mais, à l’évidence, comme en Novembre 1954, le « jeu» en vaut la chandelle. Après avoir libéré collectivement le pays, l’heure est à la libération collective et pacifique des Algériens.  (FIN)

————————-
1- Pour plus de détails, voir Smaïl
Goumeziane, Algérie, l’histoire en héritage, éd. EDlF 2000, Alger 2011, et éd. Non Lieu, Paris 2011.

Smaïl Goumeziane : professeur d’université, ancien ministre

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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6 Réponses à “Indépendance : les rendez-vous manqués du développement -Smaïl Goumeziane”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Smaïl Gouméziane. Universitaire et auteur
    Écrit par K. Smail
    Lundi, 06 Juin 2011 00:25

    «Sans berbérité, point d’histoire globale de l’Algérie»

    -Vous venez de signer un nouvel ouvrage intitulé Algérie, l’histoire en héritage, paru aux éditions Non Lieu en France et Edif 2000 en Algérie, où l’histoire est un legs, un héritage commun…

    Ce livre, qui sera disponible en Algérie d’ici la fin juin, se démarque de la multitude de travaux mémoriels pour s’inscrire, le plus objectivement possible, dans le travail d’histoire. Il relate la longue et exceptionnelle histoire du pays sous l’angle de l’héritage commun. Car, qu’y a-t-il de commun entre tous les Algériens si ce n’est leur histoire ? Celle-ci est étudiée depuis les Paléoberbères présents dans le Tassili il y a près de deux millions et demi d’années jusqu’à l’Algérie de 2011, en passant par la Berbérie sous domination romaine, les empires et royaumes berbéro-arabes musulmans, le royaume ottoman d’El Djazaïr et l’occupation coloniale française.

    -Un héritage revisité à la lumière de deux logiques : la sédimentation-transformation et la résistance-rivalité….

    Deux logiques contradictoires donnent le sens de l’histoire algérienne. La logique de sédimentation-transformation se traduit par le fait que certains événements se cristallisent et transforment durablement la société algérienne, alors que d’autres ne laissent pratiquement rien. La logique de résistance-rivalité met au jour la formidable capacité de résistance des Algériennes et des Algériens à l’oppression, à la domination, aux massacres et autres tentatives d’extermination, mais en même temps son dévoiement récurrent par des rivalités intestines, sur fond de complots, de trahisons et d’assassinats.

    -On lit dans cet essai que ces deux logiques sont toujours actuelles…

    Depuis l’indépendance, ces logiques demeurent au cœur d’enjeux essentiels pour l’avenir des Algériens. D’aucuns ont pratiqué l’amnésie historique et ignoré le socle originel, la berbérité, pour ne retenir que l’islamité et l’arabité.
    D’autres bloquent toute nouvelle sédimentation-transformation, notamment la sédimentation démocratique. Or, sans berbérité, point d’histoire globale de l’Algérie. Et sans démocratie, point d’avenir de paix et de progrès pour tous. Pour mettre fin aux rivalités intestines, seul ce sédiment peut garantir une gestion pacifique des conflits d’intérêts inhérents à toute société.

    -Vous exhortez les Algériens à se réapproprier leur héritage historique…

    Depuis plusieurs années, l’Algérie est au cœur de «guerres des mémoires entre les deux rives de la Méditerranée et dans le pays. Dont les plus récentes au niveau de certains acteurs du mouvement national. Comme si tout ou une partie de cette histoire, présentée sous le prisme subjectif et déformant de la mémoire, était leur objet privé. Pour ces raisons, les Algériens doivent se la réapproprier pour la soustraire à toutes falsifications, manipulations et instrumentalisations. Pour avancer ensemble dans la paix et la clarté, vers plus de libertés. Après avoir consacré la libération du pays, l’histoire doit conduire à libérer les Algériennes et les Algériens. Comme l’exigeait déjà la déclaration du 1er Novembre 1954.

    Algérie, l’histoire en héritage. Smail Gouméziane. Editions Non Lieu en France et Edif 2000 en Algérie

    LIBERTÉ

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Smaïl Goumeziane préconise une stratégie de développement hors hydrocarbures
    17 novembre, 2007 Posté dans Actualités Algérie
    Les débats d’El Watan jeudi à l’hôtel Essafir (Alger).

    L’Algérie, de par ses ressources pétrolières et gazières, est-elle un pays riche ? A l’évidence, la réponse est oui : elle a 90 milliards de dollars de réserves de change (soit plus de quatre années d’importations).

    Smaïl Goumeziane, ancien ministre et économiste enseignant à l’université Paris IX Dauphine, n’est pas de cet avis. Présentant aux côtés de l’ancien chef de gouvernement, Ahmed Benbitour, une communication sur le paradoxe de la richesse du pays (l’Algérie) et la pauvreté de son peuple lors du forum mensuel Les Débats d’El Watan, tenu jeudi à Alger, l’économiste, aux analyses percutantes et pertinentes, trouve que «cette aisance financière est illusoire» et que la richesse de l’Etat est «en trompe-l’œil». Il explique que cette aisance financière résulte d’excédents financiers aléatoires et non renouvelables, qui ne viennent pas d’une économie productive, mais plutôt d’une activité primaire, celle des hydrocarbures dont les réserves naturelles sont limitées dans le temps.
    L’activité pétrolière et gazière génère un excédent commercial externe particulièrement sensible aux fluctuations du marché international et constituant un gisement fiscal couvrant aux deux tiers le budget de l’Etat. Résultat: les équilibres macroéconomiques se trouvent constamment menacés par la volatilité du marché pétrolier. Encore, M. Goumeziane parle bien là du syndrome mercantiliste qui a touché au XVIe siècle des pays comme l’Espagne, l’Italie et le Portugal, lesquels mesuraient à cette époque-là leur richesse économique au volume du trésor amassé et laissaient passer le train de développement industriel, restant à la traîne de l’Europe industrialisée et développée pendant de longues années durant. L’Algérie, selon lui, se trouve aujourd’hui exposée à ce même syndrome mercantiliste qui risque de lui faire louper de manière définitive le train de la nouvelle révolution scientifique et technologique. Cela pour diverses raisons.
    Actuellement, l’Algérie possède l’un des niveaux les plus élevés de réserves de change du monde. Le rapport réserves de change/PIB est de 100%. Cela contrairement aux pays développés ou émergents où ce rapport est beaucoup moins élevé : 2% en France, 16% en Norvège, 26% en Corée du Sud, 8% en Arabie Saoudite et 50% en Chine. M. Goumeziane se demande ainsi si conserver un tel volume de réserves est-il justifié pour anticiper sur un possible retournement du marché pétrolier ? De toute évidence, une telle démarche n’est pas au goût d’économistes adhérant à la même perception de M.Goumeziane qui relève le fait que les moyens alloués à l’économie productive sont nettement insuffisants.
    L’Algérie investit donc des moyens en moins dans le tissu économique productif qui pourrait demain constituer un substitut à la richesse pétrolière. En même temps, le pays investit des sommes colossales dans des secteurs comme le transport, les travaux publics et autres équipements infrastructurels au détriment d’autres secteurs comme l’éducation et la santé qui restent les parents pauvres. L’Etat continue également d’affecter, à fonds perdus, beaucoup d’argent à des entreprises en mal de restructuration industrielle. Si le fonds de régulation des recettes qui accumule 42 milliards de dollars a pour principal objectif de neutraliser les surliquidités en termes inflationnistes, dans la réalité il participe à l’équilibre budgétaire national sans pour autant empêcher ni les poussées inflationnistes directes ni la modification de la structure de l’inflation qui trouve refuge dans l’immobilier et le foncier. Il se demande, en outre, si les placements de ces réserves aux USA à un taux d’intérêt de 4,7% est un choix judicieux.

    L’exemple norvégien

    Pour répondre, M. Goumeziane cite l’exemple norvégien, un pays pétrolier qui a réussi à constituer une forte économie productive, assurant aujourd’hui aux Norvégiens le niveau de vie le plus élevé du monde. Ce pays au revenu annuel moyen par habitant de 60 000 dollars, soit 20 fois celui de l’Algérie, dispose d’un niveau de réserves de change deux fois moins important que l’Algérie, soit 47 milliards de dollars. Mais, souligne le conférencier, il arrive à bénéficier d’un rendement moyen de 12,7% par an. Comment ?
    La Norvège met ses réserves sur toutes les places financières et ne se limite donc pas aux seules obligations américaines. Cela n’est pas tout. Si la Norvège, dont la richesse nationale est aujourd’hui constituée à hauteur seulement de 25% des ressources pétrolières et gazières, a réussi à éviter une dépendance outrancière de ses ressources naturelles, c’est parce que ce pays a bien mis en place une stratégie de développement sans hydrocarbures en assurant la transparence dans la gestion de l’argent du pétrole. La Norvège, comme l’Algérie, a créé un fonds de pension du gouvernement qui est alimenté par les recettes pétrolières. Contrairement à l’Algérie, précise l’orateur, ce fonds norvégien est géré de la manière la plus transparente. Ce fonds est utilisé notamment pour veiller à maintenir une structure industrielle diversifiée et pour consolider la stabilité économique norvégienne.
    La Norvège, relève-t-il encore, a développé son industrie, son agriculture et sa pêche. Pour M. Goumeziane, il est clair donc que le problème réside dans la politique de développement initiée depuis plusieurs décennies, dont on tarde à faire le deuil pour passer à des stratégies alternatives visant une réelle diversification et compétitivité de la structure productive nationale. Autrement dit, il faudra une véritable révolution dans le mode de gouvernance. Pour étayer ses propos, le conférencier cite des études multicritères sur la gouvernance dans le monde, réalisées en 2005, qui indiquent que l’Algérie demeure en deçà de la moyenne mondiale. L’Algérie est en effet classée dans le rapport pour 2008 de « Doing business », établi par la Banque mondiale à la 125e place sur 178 pays. Pour le critère de responsabilité, par exemple comme le rapporte le conférencier, l’Algérie obtient 25 points sur 100, quand la Corée du Sud recueille 68 points et la Norvège 99 points. En matière de stabilité politique, l’Algérie glane seulement 18 points, tandis que la Norvège obtient 92 points. Pour la qualité de la régulation, l’Algérie obtient 26 points, la Norvège 92 points. Concernant l’efficacité de la gouvernance, l’Algérie décroche 43 points, la Norvège 98 points. Pour le contrôle de la corruption, l’Algérie se trouve avec seulement 32 points contre 99 pour la Norvège. Le respect de la loi aussi, l’Algérie a eu la mauvaise note de 42 contre 97 points pour la Norvège.
    C’est dire pourquoi la Norvège a réussi à sortir d’une dépendance pétrolière et non pas l’Algérie. Cela démontre, aux yeux de M. Goumeziane, à quel point le climat des affaires est malsain. Il estime ainsi que s’il n’y a pas une prise en charge réelle de la question avec la mise en place d’une réelle stratégie de développement, basée sur les règles de la bonne gouvernance et de l’économie de marché, l’Algérie ne sortira jamais de sa dépendance des hydrocarbures et, par ricochet, n’arrivera pas à développer une économie productive qui assurera des ressources financières diversifiées, donc une véritable richesse du et pour le pays.

    M. A. O.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    « Algérie, l’histoire en héritage » de Smaïl Goumeziane
    21 mai, 2011 Posté dans Algérie Politique
    L’histoire de l’Algérie, en tant qu’héritage commun de tous les Algériens, est ici revisitée à la lumière de deux logiques contradictoires qui s’yaffrontent depuis les origines. La première, appelée sédimentation-transformation, permet de comprendre comment s’est constitué le socle berbéro-arabe et musulman de l’Algérie.
    La seconde, appelée résistance-rivalité, met au jour les résistances permanentes que les Berbères, puis les Algériens, ont opposées aux multiples pouvoirs oppresseurs internes et externes, et leur dévoiement tout aussi fréquent par les rivalités intestines.
    Depuis l’indépendance, sur fonds de violences extrêmes, ces deux logiques sont toujours à l’œuvre. Les uns souhaitent encore réduire le socle au seul arabo-islamisme, fut-ce par la force. D’autres veulent réhabiliter le socle berbère. D’autres, enfin, revendiquent l’émergence d’un nouveau sédiment démocratique. Car, amputer l’Algérie de sa berbérité, c’est priver les Algériens de leur socle originel. Et bloquer la transformation démocratique, c’est priver les Algériens d’un avenir pacifique et plein d’espoir. Pour l’auteur, il est temps que les Algériens se réapproprient tout leur héritage historique de sorte à choisir, librement et en connaissance de cause, leur futur et à le rendre possible.

    L’auteur : Smaïl Goumeziane est universitaire et spécialiste de la Méditerranée. Il a déjà publié Le Mal algérien (Fayard 1994), Le Pouvoir des rentiers (Paris-Méditerranée 2003), Fils de novembre (Paris-Méditerranée 2004), La Tiers-Mondialisation (Corlet 2005), Ibn Khaldoun, un génie maghrébin (Non Lieu 2006).
    496 pages, mai 2011.

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    SMAÏL GOUMEZIANE DÉCORTIQUE LA CRISE FINANCIÈRE INTERNATIONALE

    « Pour s’en sortir, l’Algérie doit se rapprocher de Keynes »

    El Watan, 31 janvier 2009

    L’Algérie est-elle en bonne position pour faire face à cette crise ? La question se pose et s’impose avec acuité.
    L’ancien ministre du Commerce, Smaïl Goumeziane, appelé à démystifier la crise financière mondiale et ses retombées sur l’Algérie, estime qu’« il est plus vraisemblable de penser que l’Algérie sera plus ou moins fortement contaminée ». Ceci pour rejeter en bloc l’optimisme démesuré des pouvoirs publics et les garanties chantées ça et là par le gouvernement, scotché à l’idée d’« une Algérie qui résiste mieux que le Wall Street ». Cette « contamination », explique M. Goumeziane, invité à une nouvelle édition des Débats d’El Watan, sera induite à la fois par les évolutions du marché obligataire américain ainsi que des conditions d’accès au crédit pour les importations de biens et services nécessaires à l’approvisionnement de la population, des entreprises et des projets d’investissement. L’Algérie sera touchée surtout par les évolutions induites sur le marché pétrolier ainsi que par les choix stratégiques opérés en matière de développement. Par ceci, M. Goumeziane vient de balayer d’un revers de la main les thèses selon lesquelles les réserves de change (estimées à 133 milliards de dollars fin juin 2008) et la faible connexion du système bancaire national au système financier mondial devraient permettre au pays d’échapper, ou à tout le moins d’amortir la crise dans sa dimension financière. Ainsi, selon lui, les placements de l’Algérie en bons de Trésor américain ressemblent quelque peu à « tout patrimoine géré en bon père de famille » et qui continue à générer des intérêts de l’ordre de 4 milliards de dollars. Insignifiants sans l’ombre d’un doute. Mais ces placements semblent donner raison aux les partisans de la sécurité au détriment des adeptes de la rentabilité. Il ne fait aucun doute que « la chute du prix des hydrocarbures est une très mauvaise nouvelle pour le pays : celle d’une crise énergétique structurelle qui n’a pas fini de produire tous ses effets », estime aussi le conférencier. Et d’avertir dans la même foulée : « La chute des prix devrait durer toute l’année 2009 et probablement une partie de 2010 malgré les « décisions » prises par l’OPEP le 17 décembre 2008 au sommet d’Oran. » Mais le prochain choc à la hausse devrait résulter aussi de plusieurs contradictions, si l’on se réfère aux explications de M. Goumeziane. Il s’agit, entre autres contradictions, d’une récession à court terme (au moins dans les grands pays consommateurs) face à une reprise, à moyen terme, d’une hausse de la demande face à une limitation des ressources et une hausse de la production face à une baisse des investissements. En Algérie, une nouvelle hausse des prix du pétrole devrait réjouir, comme à l’accoutumée, « les partisans de l’économie rentière, de l’exploitation effrénée des gisements et de l’accumulation de recettes pétrolières de plus en plus importantes ».

    L’Algérie doit se rapprocher de Keynes
    A l’aise lorsqu’il s’agit de faire connaître ses convictions, l’invité d’El Watan estime que l’Algérie « a besoin d’une certaine visibilité externe et interne pour sortir de ces crises ». Sur le plan international, deux scénarios de sortie de crise sont à l’ordre du jour. Il s’agit, primo, d’un scénario « par le bas ». Celui-ci, explique le ministre, consisterait « à regrouper toute une série de mesures (organisationnelles, techniques, financières, fiscales, politiques…) à prendre par les Etats pour construire et mettre en œuvre une sorte de « néo-fordisme rentier » (NFR). C’est un retour à la case départ. C’est un replâtrage pur et simple du capitalisme patrimonial rentier ». Secundo, le scénario de sortie de crise « par le haut » supposerait « organiser les multiples interventions des Etats dans l’objectif essentiel de construire et de mettre en œuvre un « néo-fordisme productif » (NFP) ». Il s’agirait alors, d’après l’orateur, d’une démarche de rupture progressive avec le capitalisme patrimonial pour lui substituer « un capitalisme néo-managérial ». Mais l’idéal, d’après lui, serait que la crise soit rapidement surmontée et sans autres dégâts et qu’en même temps, l’alliance des rentiers et des gestionnaires se brise au profit d’une nouvelle alliance entre les entrepreneurs et les salariés. Pour l’Algérie, l’ancien ministre du Commerce estime que l’un des moyens de sortir de la crise consiste à « se rapprocher de Keynes ». Un avis diamétralement opposé aux théories développées récemment par l’ancien ministre des Finances, Abdellatif Benachenhou. Le rapprochement de l’Algérie du modèle Keynes suppose, d’après M. Goumeziane, le retour à la régulation de l’Etat, mais surtout la lutte contre la spéculation et la rente. « L’Algérie doit profiter de cette crise pour réorienter le modèle énergétique afin de construire une économie hors hydrocarbures », a-t-il préconisé également. Selon lui, il est impensable de voir Sonatrach investir un tiers des réserves budgétaires d’ici 2015, soit à 15 ans de l’assèchement des réserves énergétiques. « Une stratégie nationale de développement est indispensable. L’Etat doit définir ses acteurs et ses objectifs. Cette stratégie doit être globale et fédératrice en intégrant toutes les forces vives de la nation », soutient M. Goumeziane, en réponse aux questions des différents intervenants. Deux évidences incontestables pour lui : « Ce n’est pas avec les investissements étrangers que l’on pourrait mettre à niveau l’industrie nationale, encore moins en injectant de l’argent dans des entreprises publiques destructrices de richesses. » Les réserves de change doivent être nécessairement orientées de façon à faire émerger un capital national compétitif au lieu de les utiliser dans les importations, a conclu le ministre.
    Par Ali Titouche

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