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1er Novembre : fête des morts et fureur de ressusciter Ouali Aït Ahmed, officier de l’ALN de la wilaya III

23 juillet 2012

Contributions

Ouali Aït AhmedLiberté : 02 – 11 – 2005

La thèse coloniale française aura duré cent vingt-quatre ans. S’étalant du 14 juin 1830 au 31 octobre 1954, elle consistait à agresser, violenter, torturer, enfumer, affamer par la séquestration des terres fertiles des plaines, réduire à une ignorance quasi totale, juste de quoi s’exprimer pour porter sur les épaules le couffin de “madame” ou cirer les chaussures de “missieu”, aliéner la personnalité de tout un peuple et souvent le décimer en cas de velléité de révolte. L’invasion et la conquête de l’Algérie par l’armée royale française ont été grandement facilitées par la déroute des janissaires turcs, la trahison du Dey Hussein. Le problème s’était posé en termes d’unité nationale et d’organisation socio-politico-culturelle du peuple algérien. Aux peuplades voulues par le pouvoir en place, pour une meilleure rentrée d’impôts, devait correspondre une organisation archaïque de la société. Les cent cinq insurrections — et non du nom pompeux de “thawarat”— loin de démontrer l’héroIsme du peuple algérien ne prouvent que son incapacité à s’organiser et à s’unir pour la défense de leur pays, légué par ses ancêtres imazighène et saigné à blanc par les différents envahisseurs, depuis les Phéniciens jusqu’aux Turcs.
Le dernier asservissement, sous le joug de la France coloniale, a connu quatre périodes principales, avant la naissance, au forceps, de l’entité algérienne : défaite et humiliation longue de 82 ans, apprentissage de moyens modernes de lutte, organisation, conception.
1- Période de défaite et d’humiliation
Elle s’étale de 1830 à 1912. Elle est caractérisée par la violence de l’invasion et de l’occupation, ponctuée par des assassinats et enfumades collectifs, le bannissement et la déportation de résistants en Nouvelle-Calédonie, en Guyane et au Moyen-Orient, la séquestration des meilleures terres des plaines et des Hauts-Plateaux, l’aliénation du peuple dans toutes ses dimensions économico-socio-culturelles, prônant la politique d’arabisation, en 1873, après la défaite de Mokrani et Cheikh Ahddad “dans des régions encore berbérophones” signale le Quid de 1992, de R. Laffont, en passant sous silence les arrière-pensées des promoteurs, faciles à saisir dans une analyse objective. Au-delà du dogme qui veut que ce soit “l’Islam qui a arabisé…”, notion dénuée de tout fondement lorsqu’on sait que l’Islam enseigne la foi, prêche la tolérance, l’amour du prochain, le combat de toute forme de discrimination sur la base du verset qui décrète que “l’être humain est vicaire de Dieu sur terre”, ce sont l’expérience (information, observation…) et la raison seules qui arrivent à des conclusions justes et saines et à des résultats probants.
La vérité est que la puissance coloniale voulait diviser davantage le peuple, déjà morcelé. En cas de velléité d’insurrection, elle opposerait la légitimité de sa proximité à l’éloignement “des Arabes qui viennent de l’Orient”. Cet argument est fallacieux et aberrant pour qui a le privilège de connaître l’histoire réelle de la terre de ses ancêtres.
L’école laïque ne viendra s’implanter, très timidement, que dans les années 1880, avec la vision de Jules Ferry.
2 – Période d’apprentissage et de prise de conscience (1912 à 1926)
Dans les faits sociaux comme en physique, il n’y a pas de génération spontanée. Tout s’explique par le mouvement dialectique. Toute évolution objective a son point d’appui, son module, sa direction et son sens, tout comme une force qui se déploie avec ses quatre caractéristiques. Donc, comme cette dernière, elle a une valeur vectorielle.
Si nous prenons comme intervalle les années 1912 et 1926, c’est simplement pour souligner la transformation radicale des données et l’entrée dans une phase nouvelle. Elle est due à deux mesures exceptionnelles : loi sur le service militaire imposé aux jeunes Algériens et transfert de la main-d’œuvre algérienne à bon marché, pour couvrir les besoins de l’industrie et de l’agriculture françaises, d’autant plus que le bruit de bottes se faisait entendre au voisinage.
Ces deux mesures seront fatales au régime colonial français, qui ne savait pas qu’il venait d’inoculer un germe de destruction dans son corps. Au contact de la société française (syndicats, formations politiques, organisations…) et de son armée, les jeunes émigrés ainsi que les appelés vont apprendre à s’organiser et s’inculquer des principes de liberté, d’autant plus qu’on pleurait la perte de l’Alsace-Lorraine. Cet apprentissage aboutira, en mars 1926, à la création de la Grande Etoile nord-africaine (GENA) à Paris.
3 – Période d’organisation
Cette formation politique, à laquelle adhéreront surtout des Algériens, mais aussi des Marocains et des Tunisiens, sera présidée d’abord par Hadj Ali-Abdelkader, puis par Ahmed Messali. Les fondateurs, au nombre de 22 dont 18 de la Kabylie, auront le mérite de vulgariser les idées et concepts de liberté, de démocratie, d’indépendance, au sein de l’émigration durant la création et sur le territoire national en 1937, par le biais du PPA à la dissolution de l’ENA.
Durant cette période qui s’étalera de 1926 à 1945, volera en éclats le premier terme de la défaite de 1830, à savoir le manque d’organisation.
4 – Période d’incubation ou de conception (1945-1954)
Cette période de conception, au sens biologique du terme, aura pour cause immédiate les massacres de Kherrata, Sétif… perpétrés sans état d’âme sous le gouvernement du général De Gaulle. Elle sera parsemée de faux concepts concoctés dans les laboratoires des services secrets français, pour diviser les rangs de la seule formation indépendantiste (PPA/MTLD, OS, bien que la deuxième flirtait avec la réforme). Ainsi on aura vu le nouveau concept “d’arabo-musulman”, suivi en réaction de celui du “berbérisme”, s’occupant plutôt de l’identité que de l’entité, allant à contre-courant de la logique qui veut qu’on ne doit pas placer “la charrue avant les bœufs”.
Les deux courants faisaient le jeu du colonialisme, alors que les militants les plus éclairés disaient que “(…) l’Algérie ne sera ni arabe ni kabyle. Elle sera tout simplement algérienne”.
Aux discours stériles des uns et des autres, aux tiraillements entre messalistes et centralistes, un nouveau discours se frayait un chemin : l’entité d’abord. Viendra ensuite le temps de l’identité.
Cette situation a amené certains unitaristes à transcender les dissensions. C’est ainsi qu’ils ont créé, en mars 1954 de “4”, le CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action), avec pour seule mission de réconcilier les protagonistes. En juin de la même année, il rend compte de son échec.
Arrive le fameux groupe des “22” qui n’a tenu qu’une seule réunion, pour lancer l’idée d’action armée, les “ultras” ne pouvant entendre que le langage du feu, suivant la devise que “l’Algérie envahie et occupée par les armes ne peut être libérée que par les armes”.
Difficile et effrayante mission échue au comité des “6” — et non des “5+1” comme veulent l’imprimer dans la mémoire collective certains sectaires animés d’esprit de clocher, auxquels on peut rétorquer sans risque de se tromper que les termes de l’addition sont à intervertir pour parler de “1+5”, du fait que Krim Belkacem les attendait aux maquis depuis 1947— au sein duquel Mustapha Ben Boulaïd a joué un rôle éminemment positif et stabilisateur en déclarant que “sans la Kabylie, avec ses 400 hommes armés, je me retire”.
Alors commencent la fièvre et la fureur de ressusciter, coûte que coûte, après une longue, très longue mort clinique. Et le jour “J” est fixé à “la Fête des morts” correspondant au 1er novembre (Toussaint). Lors de l’ultime réunion des “6” tenue le samedi 23 octobre 1954, l’envergure nationale de Krim Belkacem commence à se prononcer et à se déployer clairement, pour faire de la zone de Kabylie, devenue par la suite Wilaya III, le fer de lance du combat libérateur.
D’abord, il prendra en charge la reproduction à la ronéo de la “Proclamation du 1er Novembre 1954”, prenant à témoin le peuple algérien d’une façon générale et les militants de la cause nationale en particulier. Cette proclamation rédigée par Mohamed Boudiaf et Mourad Didouche sera confiée par Krim à Ali Zamoum pour sa reproduction, au village Ighil Imoula (Ouadhias), sous la vigilance des militants de la localité et la supervision technique du journaliste Bouaichaoui.
Reproduite à des milliers d’exemplaires, elle annoncera au monde le réveil en furie du peuple de sa longue torpeur et de sa mort qu’on croyait définitive, tous les envahisseurs succédaient à d’autres envahisseurs, venus de l’Orient ou du Nord, depuis des millénaires. Et Mohamed Boudiaf fera le voyager Alger-Le Caire avec un paquet d’exemplaires de la proclamation pour informer les membres de la délégation extérieure du FLN et la diffuser par la voie des ondes.
En outre, Krim volera au secours de Rabah Bitat qui signale la carence, à la dernière minute, d’un grand nombre de militants de l’Algérois en lui envoyant, l’avant-veille du déclenchement, 137 éléments armés pour allumer le feu dans la Mitidja, sous la responsabilité de Amar Ouamrane, en collaboration étroite de Hanafi Fernane et de Boudjemâa Souidani.
Quant à lui, il restera avec les hommes qu’il a formés, pour lancer des assauts sur des objectifs militaires ou économiques pouvant ébranler l’ennemi. Il s’agit, notamment de l’attaque de la caserne de gendarmerie d’Azazga, de l’incendie du dépôt de liège de la même localité, de l’attaque de la gendarmerie et du siège de la commune mixte de Port-Gueydon (Azeffoun actuel), de Tigzirt, du sciage et du sabotage des platanes, des poteaux téléphoniques, électriques d’Amyis (Tizi-Rached), Makouda, Rebeval (Baghlia), Sidi-Daoud, Taourga, Dellys, de l’incendie du dépôt Tabacop et fourrage de Tadmaït, Tizi Ghennif, attaque de la caserne de Drâa-el-Mizan suivie de l’exécution d’un garde-champêtre, du siège du centre municipal de Tizi-N’Tleta où l’on dénombre un mort (gardien). Quant à l’attaque de la gendarmerie de Fort-National, elle a lamentablement échoué, un coup de feu étant parti, par accident, avec l’arrivée au lieu du rendez-vous.
D’autres actions ont été perpétrées, sur le reste du territoire national, notamment dans les Aurès où un caïd et un instituteur français ont été tués et la femme de ce dernier blessée lors de l’interception d’un car de voyageurs.
La réaction de services de sécurité et de l’armée ennemie ne se fit pas attendre. Le 2 novembre l’on procéda à l’arrestation de tous les militants fichés du MTLD. La création du MNA le 14 décembre 1954 de Ahmed Messali s’inscrit dans la perspective de lutte contre les “hors-la-loi” et les “rebelles”.
En janvier 1955, Krim et Ouamrane feront une recrue de valeur inestimable en la personne de Ramdane Abane qui venait de sortir de prison, après une incarcération de cinq ans dans les geôles de France et de Navarre. À lui seul (Abane) il fera trembler les forces ennemies, dès l’interception du premier tract de son cru “Appel aux intellectuels algériens”, daté du 1er avril 1955. Le colonel Shoen des R.G. (Renseignements généraux) dans son rapport à J. Soustelle, gouverneur général de l’Algérie lui fera part que les “choses sérieuses ne font que commencer, du fait que la révolte vient d’être dotée d’un cerveau”.
Les deux hommes (Krim et Abane) s’entendront à merveille pour déjouer au profit de l’ALN le complot dit “opération oiseau bleu” qui rapportera à l’ALN un millier d’hommes avec armes et bagages, trois cent millions de francs anciens, ce qui leur permettra d’ouvrir le front sud avec la création de la wilaya 6, lors du Congrès de la Soummam, avec le colonel Ali Mellah, aidé du commandant Abderrahmane Djouadi du village martyr d’Arous.
Et toujours dans un souci de cimenter l’unité nationale, Krim aura à distribuer, aux wilayas présentes et à Omar Benboulaïd, arrivé au dernier jour des travaux du congrès, des sommes allant de 70 à 100 millions par wilaya. Et l’on appelle cela du “wilayisme” lors de la crise de l’été 1962.
Les colonels Si Nacer (Saïd Mohammedi), Si Amirouche (Aït Hamouda), Si Mohand Oulhadj (Akli), les uns succèdant aux autres dans une même vision d’unité feront de la wilaya 3 le pivot et la plaque tournante des structures de l’ALN sur le territoire national, la Fédération de France du FLN, considérée comme la wilaya III bis sera le banquier du combat libérateur, en fournissant régulièrement le produit des cotisations des émigrés au GPRA et à l’ALN de l’intérieur, par le biais de la wilaya 3 historique chargée de sa répartition aux autres wilayas, à tel point que le colonel Si M’Hammed Bouguerra, chef de la wilaya 4 historique, disait à Si Amar Ourezki (Atmani), agent de liaison interwilayas, “qu’il attendait toujours ton arrivée de la wilaya 3 comme les oisillons attendent leurs parents dans leur nid”.
Ainsi donc, en forgeant les maillons de la chaîne qui manquaient aux termes du problème de l’invasion du 14 juin 1830 (organisation du peuple et unité de la nation), le peuple algérien avec son ALN composée de volontaires exclusivement et non mus par “devoir” comme le vulgarisent les attentistes et autres, a su réaliser les rêves des générations enchaînées.
À l’entité recouvrée en 1962 par les armes et par les forces morales des combattants, représentant les 3/4 de la victoire, devait succéder le déploiement de l’algérianité, seule constante pérenne, à l’exclusion de tout autre pour que les Frantz Fanon, Iveton, Raymond Peschard, Daniel Timsit, Pierre Chaulet, Danièle Mine, et j’en passe, soient toujours honorés dans notre pays qui est le leur.
Et ce sur ce plan, hélas, mille fois hélas, si nous avons gagné la guerre en 1962, nous avons perdu la révolution au même moment, il aurait fallu nous inscrire dans un schéma à la fois isométrique et exotérique où le “Kabyle” ou l’Oranais, le Constantinois ou l’habitant de Tanzrouft (désert) avant d’être en tant que tel est Algérien, et avant d’être Algérien, il est amazigh et méditerranéen, mais ces deux notions il les partagent avec d’autres peuples amazigh (16 pays en Afrique) et d’autres peuples des pays riverains de la Méditerranée, et avant d’être ceux-là, il est africain (du mot amazigh averkane : noir) et avant d’être africain, il appartient à la grande famille humaine ou talsa (mot dérivé de talest, femme en tamazight) seul référentiel, en attendant le percement des secrets de l’univers.
Ouali Aït Ahmed
Officier de l’ALN Ancien secrétaire de la wilaya III historique

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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