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Ce en quoi Boudiaf est différent par Kamel Daoud

30 juin 2012

Kamel Daoud

Boudiaf, héros du net algérien, des enfants facebook. Curieusement, le Président assassiné a eu des arrière- petit-fils qui voient en lui un héros, un homme propre dans un pays sale, un mort qui donne de l’espoir et qui continue d’agir, alors que ces jeunes n’étaient même pas nés, quand il a été ramené, emballé, tué et livré à la terre nationale et au ciel de personne. La raison ? Plusieurs dont la première et l’essentielle : Boudiaf est un anti-Bouteflika, un contraire, un portrait inversé.

A noter donc en premier, que les deux sont venus par avion (moyen d’élection premier en Algérie), mais l’un d’eux est mieux vu que l’autre. Curieusement, par partage de générations : Bouteflika est apprécié par les anciens, les vieilles et vieux, la génération obéissante de Boumediene, les nostalgiques. Boudiaf c’est le héros des plus jeunes, la génération Tarek Mameri, les internautes libres, les gens jeunes qui veulent prendre le Pouvoir, le pays par le torse, la route et l’avenir. Boudiaf a eu un rideau derrière le dos, Bouteflika l’a en face, entre lui et son peuple. Le premier parlait beaucoup aux Algériens, le second à peine et presque plus. Boudiaf a été le fondateur du FLN, Bouteflika est son propriétaire. D’où le malaise. Boudiaf a été tué, Bouteflika tue le temps. Boudiaf parlait en algérien aux Algériens, Bouteflika parle en arabe à ses propres souvenirs.

Autre chose ? Oui. Les six mois de Boudiaf lui ont donné cette brièveté des stars qui meurent jeunes et au sommet de la gloire, en fabriquant leur mythe. Bouteflika a fait l’erreur fatidique de s’offrir et de nous imposer, par viol des consciences et de la constitution un 3ème mandat. Boudiaf semblait sincère. Bouteflika semble surtout en colère contre quelque chose qui s’est passée en 1979 et qu’il nous fait payer et dont il nous accuse, sans cesse. Boudiaf aimait les jeunes. Bouteflika les redoute ou les méprise. Boudiaf tournait le dos à ses meurtriers là où Bouteflika nous tourne le dos à nous. L’un est mort depuis vingt ans, l’autre l’a été pendant vingt ans, mais aux Emirats. Les jeunes générations voient en lui un Père alors qu’on les accuse de vouloir tuer le père. Boudiaf est un homme, un seul, un Algérien, le patron d’une briqueterie. En Bouteflika, ils voient un système, une caste, une famille, une région, un clan. Du coup, la confiance n’est pas la même. La preuve de l’honnêteté de Boudiaf c’est qu’il a été tué. Dans le pays des martyrs, la mort par mort et par assassinat est une déclaration de patrimoine, acceptée par tous. C’est la preuve que l’on mérite la vie.

Boudiaf est le Président que l’on rêve : sincère, parlant algérien, ouvert, aimant son pays pour sa terre et pas pour son pétrole, fier de sa nationalité, la nôtre, entier et avec une vision d’avenir qui veut rajeunir le pays et pas le faire vieillir. Cet homme ne nous a pas tiré dans le dos, ni en face. Il a pris la balle à la place de nous autres, même ceux qui sont nés après. Les Algériens jeunes le devinent d’instinct.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “Ce en quoi Boudiaf est différent par Kamel Daoud”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Article 100 : Oui au troupeau, non à l’attroupement
    par Kamel Daoud

    L’attroupement est un délit selon le code pénal algérien. C’est un instinct, selon l’histoire de l’homme. On s’attroupe pour fonder des villes, se reproduire, prier, faire la guerre, conquérir, ramer, faire tout. Donc, selon l’histoire, s’attrouper, c’est vivre beaucoup. Pourquoi en Algérie c’est un délit ? Parce que c’est une menace selon le Pouvoir. Le régime aime les Algériens en file d’attente, pas en troupe. Divisés, pas unis. S’attrouper, c’est ce que n’aimait pas le colon chez les «Arabes». Ils en deviennent forts, méfiants, lourds à manier. Le Régime aime le troupeau, pas l’attroupement qui en est pourtant un produit dérivé. S’attrouper veut dire reprendre ce que le régime a pris par la force : l’espace public, la rue, la place, la ville, la capitale.

    Depuis peu aussi, comme dénoncé par beaucoup d’Algériens, l’Algérien peut être inculpé pour une idée dans sa tête : incitation à l’attroupement. Il faut donc le répéter : la pénalisation de l’incitation à l’attroupement est la véritable loi d’urgence qui n’a pas été levée. C’est le procès d’intention qui revient. Le délit dans la tête de l’opposant. Les Algériens sont les moutons du régime que le régime aime «attrouper» quand il le veut, pas quand ils le veulent. L’attroupement, comme dit par un collègue, n’est pas un délit dans les mosquées, les meetings par bus au profit du FLN, les stades, pour écouter Bouteflika ou pour chanter les louanges des 13 ans de règne éclairé. Mais si les Algériens veulent s’attrouper entre eux, pour eux-mêmes, là cela devient un crime. C’est aussi un crime s’ils y pensent, entre eux et eux-mêmes.

    Du coup, l’essentiel : peu à peu nous avons été dépossédés de ce que les martyrs nous ont légué, officiellement : le pays, l’espace public, le droit d’aller n’importe où en Algérie, de nous attrouper pour dire ou médire. Un régime devient une maladie lorsqu’il fait de l’espace public, son espace privé, y dépose ses photos de famille, ses monuments, ses reliques de salons, ses tapis et ses noms et faux diplômes. Du coup, le peuple ne se sent pas chez lui, mais chez le régime. Ou se sent domestique de cet espace qui n’est pas à lui mais où il a un salaire, pas une nationalité. L’article 100 du code pénal ouvre droit à toutes les dérives et c’est déjà le cas. Cet article est un crime politique grave, une inquisition, un stalinisme. Les gardes communaux réprimés aux portes d’Alger, vont être jugés dans quelques jours pour ce délit absurde : le droit de s’attrouper pour dire, crier ou réclamer. Et contrairement aux justificatifs de bonne foi du régime, les dizaines de milliers de gardes communaux n’ont pas cassé, détruit, vandalisé. C’est le régime qui l’a fait avec leurs os et leurs dos. L’histoire algérienne, celle de sa seconde indépendance à venir, se souviendra des hommes de cette loi pour «indigènes», de la répression présente, de la parole confisquée et des prénoms de chacun des tuteurs de cette félonie. L’histoire se souviendra de ces épisodes insultants pour les Algériens et de ceux qui traitent les Algériens comme des colonisés et les frappent comme on frappe un troupeau d’animaux. Car il est si triste de voir des gens illustres d’autrefois, à l’époque de la guerre et du Malg, devenir les parrains de ces dérives, même quand ils disent que c’est malgré eux. La terrible dérive des «bonnes intentions» est une vieille histoire de l’histoire.

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