RSS

Chroniques « Raïna Raïkoum » par Kamel Daoud

20 avril 2012

Kamel Daoud

Le peuple est-il coupable ou victime ? (1)

L’ordre biologique de la haie d’honneur

Démocratie : l’explication coloniale du décolonisateur

Campagne de fer pour un parlement en plastique 

Ben Bella et moi : il y a eu tout ou rien du tout 

Biomatraque : comment fermer Alger à l’Algérie ? 

La fetwa Kessentini / esthétique des farfadets 

Mais d’où nous viennent les islamistes ? 

Les frontières sont désormais des feux de camps

«…A voté», déjà ! 

L’illégitimité alimentaire

Discussion sur un scooter à Paris

La grimace Ibn Khaldoun face à la liste électorale 

Qui est le vrai et mystérieux maire qui a dit non?

Hier, au plus haut sommet de l’Etat, pendant que vous dormiez

Il faut élire le ministre de l’Intérieur, pas l’APN

Merah et le zapping des millions de Mohammed 

Sit-in et menace d’immolations de ministres au BP du FLN

Confusion tragique sur les pommes inaugurales 

Le véritable sens du verbe «participer»

Je ne veux pas être les ¾ d’un électeur 

Pour ceux qui ont besoin d’un dessin

La kasma, ennemie de l’entreprise

Mauvais service après-vente pour 16 Algériens 

Sadi et nos maladies 

L’architecture kawi plus pantoufles

L’arnaque de «l’islamisme modéré»

Grammaire du vent 

Le minotaure 504

Accords déviants par Kamel Daoud Accords déviants

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

Voir tous les articles de Artisan de l'ombre

S'abonner

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

9 Réponses à “Chroniques « Raïna Raïkoum » par Kamel Daoud”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Le peuple est-il coupable ou victime ? (2)
    par Kamel Daoud

    Le peuple est-il victime du pouvoir ou de lui-même ? Les deux réponses sont valables : le pouvoir a réussi à faire de ce peuple un vrai indigène, illettré, vaniteux, moyenâgeux, superstitieux, violent et mal habillé. Tout ce que le colon voyait dans « l’Arabe » qu’il a fini par tuer sur une plage algéroise, l’arme à la main de Meursault le héros d’Albert Camus. Comment fait le pouvoir? En faisant remonter le temps aux algériens : on est passé ainsi des élites héritées des années 70 aux Zaouïas des années 40, aux lecteurs de journaux des années 20. Puis, plus loin vers les tribus soumises au Dey d’Alger…etc. Par qui ? Par un système d’Education destinée à l’abêtissement généralisé. « On croit que le pouvoir a échoué dans l’Education alors que c’est faux : il a réussi car le but était d’analphabêtiser le peuple et les générations » expliquera un collègue au chroniqueur. C’est ce qui explique la permanence du ministère inexplicable de Benbouzid. Du coup, si on ajoute à cette déculturation le FLN, l’UGTA, l’interdiction de marcher ou de participer à son propre pays, la décennie 90, la tuerie des élites, cela vous donne ce peuple qui est victime absolu d’un pouvoir absolu.

    Sauf que dans le jeu de soumission, le peuple est aussi coupable : le pouvoir tel qu’il est pratiqué n’est pas une entité étrangère comme depuis des millénaires, mais une émanation locale. Le seul produit «made in algeria» que l’on peut voir chaque jour se renouveler et rechercher la performance. Un axiome du dictionnaire du parfait fataliste explique : «on n’a que le gouvernement que l’on mérite». C’est le peuple qui veut ne rien vouloir, qui ne dit rien et se laisse faire par démission collective, addition de toutes les démissions individuelles. Et c’est à partir de là que se précise une solution à ce désir de fuir, de s’éloigner, de partir et de mettre le maximum de distance entre soi et la nationalité. La quelle ? Celle de se regarder soi-même comme étant la totalité du peuple, l’unique habitant de l’île, le seul responsable et agir sur soi : se laver les mains avant le repas, ne pas griller le feu rouge, ne pas se soumettre entièrement dans la mesure du possible, ne pas croire être l’avocat attitré de l’Islam, ne pas être intolérant, ne pas mentir à soi-même, ne pas être lâche, voleur, corrompu et faible…etc. Enfin tout le catalogue des bonnes manières célestes. Et les autres ? Et le reste du peuple qui ne veut pas changer ? C’est justement le piège. La solution est de se débrouiller dans la vie comme on le fait dans la mort et lors de la naissance : sauver d’abord le sens de sa vie. Etrangement, cela est contagieux : par cet absolu égoïsme de l’homme qui veut un monde meilleur pour lui, on débouche tôt ou tard, dans la générosité insoupçonnée d’un monde meilleur pour tous ou, du moins, moins pénible à porter sur le dos. Du coup, on surmonte cette haine de soi que l’on nous a inculquée comme culture, langue officielle, dénis de soi et de sa propre histoire. Confus ou compliqué ? Oui car c’est à contre sens et parfaitement nouveau. C’est un dur métier que de faire la paix pour un peuple qui ne fait que les guerres. C’est aussi à contre sens l’école actuelle, de la colonisation par l’arabisation, de la FLNisation par l’abêtissement et de la vanité par l’hymen national. On fera un jour tout le tour de la terre pour comprendre que l’on n’échappe pas à son ombre sous le soleil de l’évidence.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Psychanalyse de la fraude
    par Kamel Daoud

    Daho Ould Kablia, le ministre de l’intérieur, l’a dit, fin de semaine dernière : l’Etat ne peut acheter l’âme de chacun des 400.000 agents de l’administration algérienne pour les appeler à frauder. C’est, selon lui, la preuve que c’est impossible de frauder. Raisonnement par l’absurde. Sans remettre en question la bonne foi du bonhomme, on peut remettre en cause son raisonnement et sa logique. D’abord l’Administration algérienne n’aime pas les élus algériens. Par principe : les uns sont choisis par le bas, les autres par le hauts. Les élus et les administrateurs. Ensuite, les seconds veulent avoir un droit de regard sur les pouvoirs de l’autre et cela est mal vu. Dans le jeu de démocratie totale, l’administrateur perd sont pouvoir, le pouvoir sur l’argent, les budgets et le jeu d’influence et de corruptions, au profit d’un clan adverse. A la démocratie, l’administration préfère le pli, l’enveloppe, le formulaire, le chef de Daïra et pas le maire. A peine l’appel d’offre pour contrer le droit de l’urne.

    Donc, 400.000 algériens n’ont pas besoin d’être payés par le gouvernement pour frauder. S’ils le font ou peuvent le faire, c’est par instinct de conservation, de survie, d’intérêts de classe. Ils obéiront à la loi de la vie, pas à l’instruction de Ould Kablia. Ils n’ont pas besoin d’être payés pour frauder. La fraude n’est pas une instruction ou un contrat individuel, mais une psychologie de lutte du plus fort contre la menace de la faiblesse. Cela s‘appelle un «système». Le haut du système peut multiplier les appels à ne pas frauder, tricher ou bourrer.Il peut aussi inviter des observateurs étrangers et tenter, vraiment, le coup de rien dans les mains, rien dans les poches, cela peut ne pas être ce que pense la machine. Alias le système, qui est plus fort que ses hommes, que les siens, que les bonnes volontés ou les soucis de crédibilité. Car l’enjeu est différent : le haut du régime veut être plus légitime, mais le corps du système peut penser «pas à mes dépends et pas au prix de mon repas et de mon salaire et de mes avantages et mon écran LCD offert par un entrepreneur».

    La fraude n’est pas une technique, mais un instinct de vie et de mort. Ceci pour la forme. Ensuite vient le fond : Le pays est indépendant depuis 50 ans mais il possède encore la même configuration politique depuis le congrès de la soummam. Il y a l’apparence et le maquis. Le visible et le clandestin. Ould Kablia, autant que Bouteflika, sont desservis par la conviction des algériens que ce n’est pas l’Etat qui décide, mais le Pouvoir. L’administration est une vaste galaxie d’obédience, de réseaux, de nominations, de parenté et de coups de fil qui ne dépend pas du pouvoir formel. Ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui gouverne, en définitive, mais le sombre intérieur de l’intérieur. Le politique en Algérie est, tellement, doublée par sa nature bicéphale que, quand Ould Kablia jure, on sait ou on dit que c’est de l’emballage. Qu’il y a encore primauté de «L’intérieur» sur l’Intérieur, qu’il y a d’autres enjeux, d’autres puissances, d’autres instructions. Les 400.000 agents ont un salaire, des privilèges, des situations bonnes, des familles, des projets et des tuteurs. Ould Kabila ne pourra pas les corrompre un par un, mais il ne peut pas les défendre un par un s’ils obéissent à d’autres plus puissants et plus malins que lui. Lui, qui vient du MALG et qui n’en revient pas, devrait le savoir.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Le vrai but
    par Kamel Daoud

    C’est quoi le but? C’est-à-dire le but des élections. Pourquoi le régime insiste tant sur la participation? Première réponse: il s’agit d’un vote-référundum pour valider des réformes aux yeux du reste du monde. «Voyez, le peuple m’aime et ne me dira jamais dégage.» Ceci pour l’extérieur. Pour l’intérieur? Dépolitiser définitivement la vie politique officielle. Le prochain Parlement est comme le précédent: il ne peut pas auditionner un ministre, sanctionner un programme, interroger un Premier ministre, questionner une politique étrangère, l’armée, ou avoir la main haute sur les réserves de change, les caisses noires et les budgets spéciaux.

    A cette impuissance qui dure depuis le dernier gribouillage de la Constitution, piétinée pour permettre un 3ème mandat, on va ajouter une plus grande misère technique: la prochaine assemblée ne va pas avoir de majorité. Le ministre de l’Intérieur a annoncé, avant-hier, ce premier résultat avant même que le peuple ne vote. Sans majorité, cette assemblée ne va même pas se poser la question de «à quoi sert une assemblée qui ne peut pas donner naissance à un gouvernement?» Du coup, on comprend le but technique de ce vote: montrer au monde que le peuple dit «oui» à son régime et neutraliser les tendances politiques internes par un Parlement sans poids lourds, représentant un peuple divisé par lui-même et que n’unit et ne réunit que le Régime. Le but est de bétonner la vie publique et dépolitiser la vie réelle. Ainsi, au bout d’un autre mandat de quatre ans, le régime s’en sortira jeune, vif, restauré et solide. Le prochain Parlement aura la responsabilité mais n’aura jamais eu le Pouvoir et aura offert ce sursis qu’ont vainement cherché les dictatures arabes qui sont tombées ou qui vont tomber.

    Le but est de neutraliser l’APN, par elle-même, comme on neutralise, dans le reste du pays, le maire par le chef de daïra. Le maire est accusé de tous les maux alors que c’est le chef de daïra ou le wali qui ont la décision. Le régime gagne ainsi un suris de quatre ans non en verrouillant la vie électorale, mais en l’ouvrant sur du vide.

    Du coup, on est tenté par un grand éclat de rire en écoutant les candidats promettre routes, villes, vies meilleures, écoutes, emplois et logements, eux qui pourront à peine se faire recevoir par un wali ou intervenir pour un retrait de permis. Le scénario aura réussi, à la fin, à vider la vie politique de tout son poids, dernier épisode de dévitalisation depuis l’ouverture des années 90, dernier moment de restitution de tous les pouvoirs au seul Pouvoir qui existe. Le pays sera un paradis du pluralisme inutile, de démocratie sans possibilité de dire non, sans se faire arrêter, et de réformes qui ne réforment que les acquis du peuple, pas ceux du régime.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Les 20% de l’émirat gaulois
    par Kamel Daoud

    « Le problème ici est que vous regardez l’Occident à travers la France», a, un jour, expliqué un diplomate étranger au chroniqueur. Et c’est juste. Colonisés à outrance, nous sommes du coup enfermés dans la décolonisation, la peur de la recolonisation et l’image du Meursault gras, gros, tueur d’arabe, pieds-noirs ou vignerons durs. Le reste du monde est la France plus ou moins bien traduit, ouvert ou à moitié fermé, difficile d’accès ou de voisinage, fourbe partenaire des accords d’Evian sans fin ou gardiens de nos secrets honteux, géolier de l’Emir Abd El-Kader ou voleur de ressources. Tout Occidental qui débarque chez nous, en diplomate ou en touriste ou en homme d’affaires est vu à travers cette grille qui tatoue la peau de l’histoire et du décolonisé ou ses petits-fils. L’Occident est un espace d’ambigüité pour le décolonisé de la France ou contre son gré. On y va pour s’y soigner mais on y dénonce la mauvaise repentance. On lui demande des excuses et des visas. On discute avec lui d’affaires et d’archives. Du coup, quand il y a des élections en France, il y a des élections dans tout l’Occident. Les Algériens y suivront le spectacle comme on regarde à traves les fenêtres d’un voisin riche qui ne nous invite pas souvent à manger chez lui, sauf malgré lui ou parce qu’on est déjà chez lui. Et quand la France vote à presque 7 millions de Français pour l’extrême droite, c’est vu comme la confirmation que le reste du monde ne veut pas du reste du monde. Comme si l’Occident confirmait sa réputation de mauvais voisin, de gros colon qui mange la terre et le puits. Comme la preuve qu’il veut nous jeter à la mer ou nous laisser le choix entre la valise et le cercueil des mauvaises indépendances.

    C’est tout ce que l’on retient des élections françaises ici. Ce pays prouve que le reste de l’Occident veut décoloniser des décolonisateurs & fils qui y vivent selon lui, malgré lui. La vision est grossière mais c’est ainsi qu’elle enjambe la mer. Aux millions de Français qui ont voté Le Pen vont correspondre des millions du Sud qui croient qu’on veut leur voler l’Islam, la terre et qu’on ne les aime pas et qui, du coup, ont droit de ne pas aimer le monde mais lui tourner le dos ou le convertir ou le punir au nom de Dieu. L’extrême droite qui s’y dessine avec 7 millions d’électeurs est un pays du Sahel vert, un territoire du «Salaf» et des salafistes gaulois, un émirat de la souche dans l’imaginaire de l’extrême droite, djihadistes au Sud du Nord. Les extrêmes sont donc là. Ils se font écho et se font signe par-dessus la majorité molle du reste de l’humanité.

    Donc, les Algériens ont suivi les élections mais voient l’essentiel: Le Pen a pris le pouvoir. Il ne lui manque que la présidence…

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Salaires des députés : comment rendre myope un peuple
    par Kamel Daoud

    Il faut l’expliquer : les algériens sont conditionnés, depuis les années 90 à cracher sur leurs élus et à ne rien dire sur leurs émirs et walis. La polémique sur les salaires des députés algériens est cyclique : son but est de faire condamner les modes de gouvernances choisis par les algériens au profit des modes de gouvernances choisis par la régence d’Alger. Car quand on y pense : que gagne et dépense un élu par rapport à ce que gagne et dépense un wali et un chef de Daïra ? Pour faire dans la comptabilité, les deux derniers sont pris en charge eux et leurs familles et invités sur budget de l’Etat. Ils mangent ce que paye l’Etat, c’est-à-dire nous. Les salaires des walis ne sont pas connus, ni ce que coutent leurs chauffeurs, leurs gardes du corps, leurs privilèges, primes et retraites. Le peuple n’en sait rien. On ne sait rien de leurs primes de représentation (costumes), de leurs primes d’effort et de leurs indices de retraites et plats préférés et billets gratuits. Le chroniqueur se souvient de cette anecdote qui lui a été racontée par un wali de l’ouest : «quand j’ai pris mes fonctions, mon prédécesseur m’a laissé une facture de consommation familiale de 80 tonnes de viandes pour une année !». Bien sûr, le wali a été prié de «régler» et de ne pas faire scandale quand il s’est plaint à son ministère. 80 tonnes, c’est ce que mange un peuple en une journée. D’où vient le chiffre ? De l’absolue liberté des désignés de l’Etat face aux chiffres et aux additions de notre argent.

    Le bon peuple a été conditionné justement à ne jamais s’interroger sur le salaire des beys et des deys et des ministres et à trouver normal que le régime ne discute pas et ne rend pas public l’argent public qu’il s’octroie. Par contre, tout le jeu de dé-légitimation est orienté, avec effet de loupe, sur le salaire des élus. Pour bien délégitimer la fonction élue, donc le vote, donc l’autogouvernance du peuple par lui-même, c’est simple : répéter, partout, tout le temps que le salaire des députés est indécent. Ce qui est faux. Ce qui est indécent, c’est leur fonction, la façon dont ils sont élus, leur niveau cervical parfois, leur soumission, mais par leur salaire. Comparé aux traitements des élus dans d’autres pays, même voisins, ce salaire est en dessous de la norme. Alger coûte cher, sauf au Pouvoir. C’est indécent de le dire ? Non : il s’agit d’un glissement qui a bien fonctionné depuis des décennies. C’est-à-dire pour bien moquer le peuple, on le fait se moquer des siens. Pour tuer le multipartisme on agrée 100 partis en six mois. Les exemples sont nombreux.

    Le glissement est encore plus monstrueux quand on suit la campagne électorale récente : des candidats qui promettent routes, logements et emplois à leurs tièdes peuplades, alors que la fonction de l’élu n’est pas de distribuer ou développer (monopole du régime) mais de légiférer (en principe). Pourquoi pousse-t-on les candidats vers cet abîme du mensonge ? Pour mieux les décrédibiliser justement. Cela va de paire avec l’agrément de partis fast-food et de candidatures loufoques. Cela va aider le peuple à asseoir sa perte de confiance dans les siens et donc en lui-même. Le régime a toujours pris soin de se monter mieux que son peuple, plus sérieux, plus instruit et donc plus capable de gouverner. A l’inverse, il a toujours pris soin de vider les élus de leur os, de vider l’APN de son sens, le peuple de sa légitimité et les pouvoirs d’autres que lui-même. Un élu peut à peine restituer un permis de conduire à Aïn-fin, mais le jeu le plus sournois est de lui donner le maximum de responsabilités avec le minimum de pouvoirs. «A quoi sert ce vote ?» a dit un jour un voisin au chroniqueur. «Pourquoi il ne nous demandent pas simplement de voter un Bouteflika à chaque fois et qu’on nous laisse en paix ?». Le but de l’indépendance est raté, mais celui du pouvoir semble être atteint : le peuple surveille ses élus, pas le régime.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  6. Artisans de l'ombre Dit :

    Une histoire d’un peuple de trois secondes
    par Kamel Daoud

    Bus en panne sur rebord d’autoroute. C’est une image nationale. On peut y tisser avec l’histoire du monde algérien. Parti un jour dans un bus qui a été récupéré après le départ du Français qui l’avait construit sur le dos des indigènes, ce bus prend la route et s’en va, en allant. Avec le temps il s’use donc puis, avec le temps qui passe, il s’arrête. Sur la route d’Oran, hier, c’était un bus. Vieux, penché sur trois sabots, les phares mornes, la paupière mécanique. Le plus fascinant, c’était donc les passagers. En trois groupes selon la sociologie économique de la rente, produit dérivé de la mono-exportation du pétrole : un, des passagers tristes et immobiles, à l’intérieur. Surtout de vieilles femmes, des vieux, des enfants pas encore en âge de délestage. En somme, cette portion du peuple qui ne peut partir, car c’est trop tard ou trop tôt. Peuple dormant dans la grotte de l’immuable, avec des pièces de monnaies dépassées et un royaume qui se fait sans eux.

    Un peu plus loin, au bord de la route qui n’attend personne, un autre groupe. Des jeunes. Certains font du stop, d’autres attendent, vigilants, un autre bus. Même d’une autre nationalité. Ils sont jeunes, la vie est devant eux mais un peu trop loin, soucieux de poursuivre le voyage, même en nageant, débrouillards, vifs, aux aguets de la chance et du hasard. On les reconnaît sur mer, en Espagne ou à cause du gel sur les cheveux ou du maintenant à contre vent. Puis, une dizaine d’autres. Près du pneu crevé et de la roue sans but et sans seconde chance. Ils sont ce que Marx aurait nommé la classe dirigeante. La raison ? Deux s’affairaient sur la roue morte, trois debout, leur donnaient des consignes inutiles et des avis trop gratuits et sans pesanteur. Ensuite deux autres qui parlaient au téléphone comme s’ils commandaient la totalité des bus de l’univers et un dernier silencieux, obscur comme un dirigeant du peuple, le visage fermé par l’excès d’autorité. C’est un peu l’Etat, le régime, la classe parasite de la gouvernance. L’Algérie en a produit des milliers qui ne meurent pas étrangement et se reproduisent en se tenant debout autour du problème. C’est un peu le parti unique, les autocrates, les Pères du peuple qui ne s’arrêtent jamais de parler et de ne rien faire en même temps. Dans tout les cas, la scène était triste. Surtout les gens à l’intérieur du bus, la tête penchée sur la vitre, abasourdis par la fatalité et tout juste capables de produire l’étrange laine de la passivité. De quoi écrire une bonne nouvelle parabolique sur l’Algérie : la route était bien goudronnée mais les gens avaient cet air de revenir d’un endroit où ils ne sont jamais allés. Que dire de plus ? C’était le pays entier, sous la forme d’une panne. Un bus avec du saumon piégé et des menteurs qui tentaient de regonfler un pneu avec leurs joues. Chacun peut écrire cette chronique s’il avait vu ce bus qui n’avait même pas de ressembler à un drapeau pour résumer le pays. A l’ouest, il y avait des nuages gris et maigres qui pouvaient vaincre le soleil, en s’allongeant. Un vent est venu mais n’a rien pu faire ou dire ou soulever. Personne ne s’arrêtait pour changer ce monde sans roue et le temps passait avec les autres automobilistes. Tout le reste était herbes mortes et attente d’un remorqueur qui viendra du ciel.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  7. Artisans de l'ombre Dit :

    Alger couchée
    par Kamel Daoud

    Une étrange ville : on s’y fait arrêter quand on s’y tient debout. Ou s’y faire embarquer même quand on est assis. Le premier délit s’appelle attroupement, le second s’appelle sit-in. Que risque-t-on à Alger quand on y proteste couché ? Vaut mieux ne pas répondre.

    Un Algérien qui s’appelle Abdelkader Kherba risque trois ans de prison pour s’être tenu debout dans cette ville. Pour le régime, cet homme est le portrait de la menace véritable : il vient de loin, il est chômeur, il est brun, il est solidaire, il est engagé fervent du « dégagez ». Il faut donc l’enfermer dans une ville qui se referme sur le Pouvoir qui s’y est enfermé lui-même. C’est une boucle mauvaise mais c’est la logique des propriétaires de la fameuse zone autonome de 1962. Pour les héritiers de l’armée des frontières, il y a un traumatisme lié à l’Algérois : celui qui le possède, possède l’Algérie ; celui qui le perd, perd le pouvoir. Donc à Alger, on peut envoyer des lettres et des fax mais pas y venir si on n’est pas invité par le pouvoir. Alger est la vitrine du « tout va bien » officiel : on peut y prendre le café mais pas la parole non autorisée. On peut y venir dormir mais pas s’y réveiller ou y réveiller le reste du peuple. On peut y venir régler ses problèmes, mais pas le problème de tout le monde, tous à la fois. L’arrestation de Kherba est donc un message fort pour tous les autres.

    Son tort, mise à part l’incitation à l’attroupement ? C’est surtout l’inauguration de la solidarité des attroupements, entre attroupements. Explication : Kherba est chômeur venu soutenir des greffiers en grève. Gros crime, car si à la limite on tolère, avec la matraque, des gens de même corporation, la solidarité entre manifestants de différents métiers est un risque majeur pour certains.

    Cela veut dire que le peuple est peut-être en train de se réformer après sa dissolution en 1962. Il fallait donner un exemple : trois ans de prison contre le premier qui se lève ou se relève ou veut relever les autres. Alger est donc interdite aux Algériens qui ne peuvent pas y marcher ou manifester. Le but de la capitale n’est pas d’unir les Algériens mais de les diviser en régions, puis en wilayas, puis en tribus, puis en familles et, enfin, en une personne à la fois. Et c’est cette personne qu’on arrête si elle vient à Alger parce que si on laisse faire, la personne peut devenir une famille, puis une tribu, puis une wilaya puis un peuple. D’ailleurs, c’est le fond du problème: l’antique armée des frontières voit le peuple comme un peuple des frontières, qui peut marcher sur Alger, comme elle l’a fait il y a cinquante ans. Et c’est peut-être là la preuve de la bonne foi des prochaines élections : on ne bourre plus les urnes, mais les prisons. Pour le régime, les résultats sont plus garantis. Slogan ? Libérer Alger ou libérer Kherba ? Les deux. Les trois, en comptant la rue.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  8. Artisans de l'ombre Dit :

    Le sombre fantasme du décolonisateur vieillissant
    par Kamel Daoud

    Les colons avaient des fermes géantes. Les décolonisateurs aussi. Les colons traitaient la paix et la soumission avec les zaouïas. Les décolonisateurs aussi. Les colons frappaient ceux qui voulaient la libération. Les décolonisateurs frappent ceux qui veulent la liberté. Les colons trafiquaient les élections. Les décolonisateurs aussi. Les colons avaient un étrange rapport avec la métropole et Paris. Les décolonisateurs aussi. Les colons ont fini par lancer le plan de Constantine pour calmer les indigènes. Les décolonisateurs aussi. Les colons donnaient des médailles aux bachas et aussi des burnous et des chevaux gratuits. Les décolonisateurs aussi. Les colons méprisaient les indigènes en les regardant comme des intrus. Les décolonisateurs aussi. Les colons disaient que sans eux le pays serait des marécages. Les décolonisateurs aussi. Les colons disaient aussi que sans eux ce peuple allait se dévorer lui-même. Les décolonisateurs n’en pensent pas moins et le répètent partout. Les colons promettraient des réformes depuis 1920. Les décolonisateurs aussi, depuis 1962. Les colons avaient inventé le laissez-passer. Les décolonisateurs ont inventé l’état d’urgence. Les colons avaient encouragé les tribus, pas les institutions. Les décolonisateurs aussi. Les colons contrôlaient le commerce extérieur de l’Algérie. Les décolonisateurs en chef, aussi. Les colons n’aimaient pas les indigènes trop instruits. Les décolonisateurs en chef, aussi. Les colons avaient des indigènes qui dénonçaient d’autres indigènes. Les décolonisateurs aussi. Les colons disaient qu’avant eux, il n’y avait rien dans ce pays, ni personne et que donc le pays était à eux. Les décolonisateurs le disent aussi pour ce qui est d’avant 1954. Les colons utilisaient les autochtones pour leurs guerres et leurs tranchées. Les décolonisateurs l’ont fait aussi en 90.

    Les colons n’aimaient pas les «arabes» qui venaient circuler à Alger, sans but. Les décolonisateurs le font aussi en interdisant Alger à ceux qui ne sont pas Algérois ou à ceux qui veulent y venir manifester. Les colons disaient que les «arabes» étaient des paresseux. Les décolonisateurs iront plus loin : ils importeront des Chinois pour repeindre les murs. Là, non seulement «l’arabe» est paresseux mais il n’existe même plus. Les colons avaient leurs plages, leurs quartiers et leurs zones. Les décolonisateurs, aussi.

    Bien sûr, les décolonisateurs ont construit des écoles, des routes, des robinets, des hôpitaux mais laissent croire qu’ils l’ont fait avec leur argent alors que c’est le nôtre. Bien sûr, l’Algérien ne cire plus les chaussures, mais le problème est qu’il ne sait pas où aller avec les siennes. Bien sûr, il y a des choses qui ont changé mais, dans le fond du fond, on a toujours le même sentiment et la même sensation : le pays n’est pas encore à nous et c’est encore une colonie, quelque part. Bien sûr que c’est différent, mais le problème c’est que les décolonisateurs ont cette fâcheuse tendance à se comporter en colons, de plus en plus. Dans la façon de parler, de gouverner, de convaincre et d’expliquer. Frantz Fanon l’avait dit, trop tôt et trop tard à la fois. La dernière différence est que les colons étaient Français et les décolonisateurs sont Algériens. Sauf qu’ils pensent qu’ils le sont plus que nous. Et que nous ne le sommes pas autant qu’eux. D’où ce système colonial «positif» qui nous fait du mal au nom de notre bien. Qui nous surveille au nom de notre sécurité. Qui nous agite dans un bocal, au nom de la stabilité et qui prive de la nation au nom du nationalisme. D’où ces Algériens qui vont comme leurs aînés : qui prennent la mer ou la montagne avant de prendre un jour la bonne décision.

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  9. Artisans de l'ombre Dit :

    Donnez-moi le salaire de Cheikh Aboubakr Djaber Djazaïri
    par Kamel Daoud

    Selon l’agence presse- service, l’APS, l’imam de Médine vient d’appeler les Algériens à voter en masse. La raison ? On le lui a demandé, d’ici, et il s’appelle Cheikh Aboubakr Djaber Djazaïri. Du coup, à cause d’un nom flou, qui ressemble à un pseudonyme, ce bonhomme croit avoir le droit d’écrire une lettre et de «s’adresser au peuple algérien», relayé par cette agence publique. Et, d’un coup la colère. N’ont-ils pas honte ces gens qui ne vivent pas chez nous et qui nous appellent à voter de Médine, ou à rentrer en Algérie «parce qu’il n’y a plus rien à faire en France» pendant que eux y vivent et y scolarisent leurs enfants ? De quel droit cet homme à qui rien ne nous relie vient-il nous donner des leçons en politique ? Cheikh Aboubakr Djaber Djazaïri vit-il en Algérie ? Non. Achète-t-il ses pommes de terre ici, avec l’argent d’ici, comme le peuple d’ici ? Non. Cet homme vit en Arabie Saoudite, s’y fait payer et y a son salaire et ses conforts et pourtant cela ne l’empêche pas de fatwatiser sur commande pour booster les élections chez nous. C’est d’ailleurs la triste misère : on importe tout, même les avis d’autrui sur nos affaires. L’imam qui a son avenir prospère en Arabie, nous appelle à voter pour en avoir un ici chez nous. Le bonhomme qui ne vit pas chez nous, ni lui, ni ses enfants, appellent les Algériens à soutenir le «dirigeant et moudjahid Abdelaziz Bouteflika, l’homme de la réconciliation nationale» comme s’il s’agissait d’une chanson. L’homme qui ne sait rien de nous, croit tout savoir de notre avenir, de nos émeutes, de nos attentes, de nos luttes, de nos patiences ou de nos colères. L’homme qui vit dans une mosquée, a son avis sur tout un pays de plus de 2 millions de km².

    Et c’est triste de voir que les nôtres en sont arrivés à nous prendre pour des brebis : au lieu d’appeler à la raison et à la confiance, ils en sont à recruter des bergers pour nous «guider» sur le chemin de l’urne. Comme faisaient les monarchies du Moyen-âge européen avec le Pape et Rome. Une fatwa «civile» dite par un homme qui vit dans un pays où on ne vote pas et qui nous appelle nous à voter, chez nous. Un homme qui vit dans un pays où on coupe la main, on interdit aux femmes de conduire, où l’obsession est celle du ventre et où l’illégitimité politique s’est faite par le vote de l’épée et de la tuerie et où la seconde industrie est celle de l’argent des pèlerins et pas celle de l’effort. Un homme qui vit dans un pays où la demande de liberté est qualifiée de fitna et le droit d’un peuple à disposer de lui-même est dite une hérésie.

    Triste de voir qu’on nous fait importer des Chinois pour la main d’œuvre et des imams pour les idées et la légitimité que nos aînés ont obtenu par l’héroïsme et pas par les fatwas. Le pire est d’entendre un homme qui vit dans le pays de nos malheurs depuis deux décennies, dire que les Algériens feront face à tous ceux qui les guettent et seront au rendez-vous pour défendre leur pays à travers une participation massive». Ceux qui nous guettent, on les connait : ils se fabriquent dans le pays où vit Cheikh Aboubakr Djaber Djazaïri. C’est là qu’ils apprennent, par TV ou par école, que la femme est un tort de la création et une impureté de la vie, que la démocratie est une fitna, que le respect de la vie vaut moins que le souci de la mort, que le martyr permet de tuer et que la tolérance est une ruse de guerre bédouine. C’est de ce pays que viennent les décennies noires, les djihadistes, les intolérants et les malades qui discutent sur comment s’allaiter entre collègues ou avoir des rapports avec des épouses mortes ou comment épouser des fillettes de 12 ans. Ceux qui nous «guettent» on les connait Monsieur le Cheikh Aboubakr Djaber Djazaïri. On n’a pas besoin d’eux, ni de leur avis, ni de leur encouragement. Continuez dans votre pays à servir vos rois : le nom d’El Dazairi, il faut le vivre pour le mériter et les 36 millions d’Algériens le méritent plus que vous.

    Un jour, un Algérien a dit à un imam algérien «quand j’écoute le cheikh X d’Arabie Saoudite, il me donne envie de pleurer de crainte de Dieu». Que lui a répondu l’imam algérien ? «Donnez moi son salaire et je vous ferai danser». Il suffit donc de remplacer le mot «danser» par le mot «voter».

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

Académie Renée Vivien |
faffoo |
little voice |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | alacroiseedesarts
| Sud
| éditer livre, agent littéra...