Culture : Le coup de bill’art du Soir
On entend partout le fondou sans savoir que c’est du fondou, car cette musique est omniprésente dans les documentaires sur le Sahara. Aujourd’hui, même en Occident, les gens connaissent des musiques du Sahara comme le gnawi ou le blues (rock) targui. Mais, il n’y a que Alla qui peut faire du vrai fondou et au «feeling». Alla est surnommé «le Django Reinhardt du oûd». 
On pourrait aussi dire qu’il est le Ravi Shankar algérien. Alla, de son vrai nom Abdallah Abdellaziz, est né le 15 juin 1945 à Béchar. A l’âge de seize ans, il bricole son propre luthde fortune avec un bidon, un bout de bois et des câbles de frein de vélo en guise de cordes. En 1972, le futur «sultan of fondou» achète son premier luth, avec lequel il joue des mélodies en vogue, en général du melhoun marocain. Mais l’enfant du désert va très vite se forger son propre style, explorant des horizons nouveaux pour arriver à une sorte de magique synthèse entre le jeu oriental et le jeu africain dont le maghrébin. Cette musique instrumentale va porter le nom de «fondou», car Embarek son père travaillait au fond 2 de la mine de Kenadsa. La démarche d’Alla est faite d’improvisations au fil des soirées. Ainsi, il ne se souvient jamais de ce qu’il a joué la veille. «Tout ce qui me fait mal ressort», dit-il au sujet de ses sources d’inspiration. Un auditeur profane à du mal à comprendre pourquoi Alla accorde tout le temps son luth. Tout en jouant, il règle son instrument jusqu’à trouver le son et la mélodie adéquats (cette opération est davantage artistique que technique chez lui). Un mélomane (musicologue) occidental peut classer le fondou dans la musique jazz, à cause de cette liberté d’improvisation. D’ailleurs, Mohamed Rouane a donné le nom de Casbah Jazz à son propre style bien qu’un peu moins «free» que celui de son aîné. Le rythme va souvent crescendo. Tout comme chez John Coltrane, un morceau d’Alla peut largement dépasser la durée «raisonnable» imposée à toute musique commerciale. Nous avons vu, dans un documentaire, Alla se faire accompagner par un joueur de tablâ indien. Le guitariste Hachemi Bellali et l’harmoniciste Diabolo ont également enregistré une dizaine de morceaux avec lui. «Alla m’a mis à nu. Pour la première fois, j’avais uniquement soufflé dans mon instrument sans faire de notes. Je croyais faire le vent sur lequel les arabesques du oûd d’Alla venaient se reposer», avoue celui qui a été l’harmonica blues de nombreuses vedettes dont le Français Jacques Higelin. Voilà certainement le secret du fondou, libre comme l’air du désert. C’est ce vent du Sud qui dessine chaque jour un nouveau paysage en déplaçant les milliards de grains de sable qui forment les dunes. La musique d’Alla est celle d’un esprit nomade à l’espace illimité.
K. B.
bakoukader@yahoo.fr
Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/02/27/article.php?sid=130819&cid=16

































28 février 2012
Chroniques