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Hassan Bendif Par : Hamid GRINE

26 février 2012

Chroniques

…PORTRAIT…

Quand Sa Majesté a fait son apparition ce 12 novembre 2011 dans la Librairie Générale d’El Biar de mon ami Mohand Smaïl, le temps s’est soudainement arrêté. Quoi, une Altesse dans une librairie ? La reine Elisabeth peut-être ? Vous n’y pensez pas. Alors une descendante de Ranavalo III, la dernière reine malgache morte en exil à Alger en 1917. Adjugé ? Non, vous n’y êtes pas non plus. Drapeau blanc ? Très bien. Révélation : on parle tout simplement de Hassan Bendif, le dernier PDG de la défunte Enal ! Il fut surnommé à son époque par ses amis, et j’en fais partie, le dernier empereur. Et c’est vrai qu’il a tout d’une Majesté : tête haute, le verbe précieux, la tournure de phrase recherchée et un maintien aristocratique. Snob ? Non. Plutôt réservée. Et dans un pays aussi exubérant que le nôtre, toute retenue est regardée comme une excentricité. Et il est excentrique dans le sens où il aime tout ce qui n’est pas aimé par les faiseurs d’argent. D’abord le livre. Il l’aime tellement qu’il lit nuit et jour, partout : à pied, en voiture et même à cheval si ça se trouve. Que de la bonne littérature. Au premier chef Boulgakov : Le maître et Marguerite, un chef-d’œuvre, selon lui. Et puis Dostoïevski et Marques qu’il lit dans le texte. Sa Majesté parle plusieurs langues à la perfection. Il n’en tire aucune gloire : “J’ai juste une intuition linguistique.” Voilà, c’est dit. À l’Enal donc, il a ouvert les portes aux jeunes cadres, aux jeunes auteurs et même aux compétences du privé dès lors qu’il a coédité avec un éditeur privé un certain nombre de livres. Il fallait le faire. Et il l’a fait dépoussiérant du coup la vieille Enal qui était entre les mains des caciques que le moindre mouvement empêchait de dormir. Selon ses proches, il a introduit aussi en matière de gestion des éléments de rationalité. Comment un intellectuel, un amoureux fou de la musique classique russe peut-il à ce point collé au réel ? Est-il à ce point double ? Du tout. C’est oublié qu’il a dirigé fin des années 1970 une usine à Sidi Bel-Abbès. La gestion, il connaît. Véritable esprit encyclopédique Hassan peut parler de tout. De chimie, de physique, de Sénèque et Epicure en faisant un crochet par Marx avant de chuter sur Ibn Arabi et Al Djouneidi. Mais attention ! les sujets profonds n’excluent pas chez lui les plus légers. Il discute de football, de showbiz et de tout ce qui pourrait ravir une minette. Il est partout Hassan, sans forcer et sans étaler. C’est un homme de savoir qui sait que la meilleure richesse est celle qu’on partage. Un jour, il m’avait confié : “Tu sais pourquoi les beggaras cherchent la compagnie des lettrés ?” J’ai levé un sourcil interrogateur. Je ne voyais pas le lien entre les deux catégories tant leurs chemins sont parallèles et ne se rejoignent jamais. Réponse : “Parce que les lettrés ont ce que les beggaras ne posséderont jamais même avec tout leur argent : la culture.” Comme pour confirmer ce qu’il disait, un superbe beggar, superbe dans le sens du gros ventre, de grosses joues et de la grosse cylindrée, nous tomba dessus. Il voulait nous inviter à dÎner. Hassan le moucha : “Désolé, nous allons à un spectacle de musique de chambre !” Et le beggar étonné : “Ah ! vous faites de la musique en chambre chez-vous ? Vis et tu verras (eich tchouff) je pourrais venir ?” Hassan, sourit et lui répondit doucement : “Désolé, c’est complet cher ami.” Il n’ajouta pas un mot Hassan. Pas besoin. Il a l’élégance de la brièveté. Ce n’est pas lui qui tirera sur une ambulance fut-elle luxueuse. Le beggar était à terre. Pourquoi le piétiner ? Pour Hassan, le bonheur se résume à réaliser celui des autres. Les deux mots-clés dans son répertoire personnel : sont l’authenticité et l’utilité. Il fait ainsi, et sans le vouloir peut-être, son autoportrait : l’authenticité algérienne – el assala – dans ce qu’elle a de meilleur conjuguée à l’utilité au service des autres. Révérence S.M.
H. G.
hagrine@gmail.com

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “Hassan Bendif Par : Hamid GRINE”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    CultureDimanche, 22 Avril 2012 10:00
    PORTRAIT…
    Hadj Nacer Abderrahmane
    Par : Hamid GRINE
    Comme il a été gouverneur de la Banque centrale d’Algérie et qu’il dirige actuellement une banque, on s’attendrait à un homme froid, distant, pressé et stressé qui ne connaît que le langage des chiffres. Sa chérie lui dirait : “Je t’aime !”, il lui répondra : “Combien ?” avec la tête quelque part entre les Bourses de Londres, Paris et New York. Le cœur ? Il n’en a pas. Et si par miracle il en a un, il est en forme d’ordinateur, très performant certes, mais que de l’acier, du caoutchouc et d’autres trucs. Pas le genre donc à verser des larmes sur le film N’oublie jamais qui a bouleversé bien de cœurs qui ont gardé un fond de romantisme dans ce monde de beggaras brutes. Vous croyez ça ? Vous faites fausse route.
    Hadj Nacer est capable de pleurer pour Cosette des Misérables et s’attendrir sur Love Story. Aussi surprenant, il pourra disserter sur La Princesse de Clèves et Les Liaisons dangereuses avec peut-être plus de bonheur que sur Keynes et Adam Smith. Il est là où on ne l’attend pas. Rien ne lui fait autant plaisir que de surprendre. Non pour dérouter. Mais pour fausser les pistes. Il sait que trop de transparence rend l’être humain transparent aux regards d’autrui. Fatal dans la finance, fatal en amour, fatal en politique. Et comme il connaît bien Gracian Baltasar, il sait que la moitié vaut mieux que le tout. Etonnant ? Du tout. Pour paraphraser Montaigne, l’homme se prête à la finance et ne se donne qu’à lui-même. Epicurien amoureux du beau et surtout de cette beauté sans nom qu’est l’Algérie, il adore Guerouabi et sa décomposition des mots.
    Les mots ? Il en est fou au point de les dorloter dans des formules qui montrent que l’homme a plus d’esprit qu’on ne prête à sa corporation. Rien ne l’émeut autant que la maladresse, mais rien ne le hérisse autant que la mauvaise foi et le laxisme. Il aime les jeunes et il les écoute et il les suit, et il applique souvent ce qu’ils disent : “J’ai été ému par ce que m’a dit un jeune Algérien : cheikh, donne-nous un gramme de considération. J’ai compris que les Algériens demandent l’éthique.” Résultat : de cette supplique, il en a fait une valeur, un mode de gestion des ressources humaines à la banque. À sa façon, ce sexagénaire qui est devenu le chouchou des chancelleries étrangères à la suite du succès en librairie de son essai, La martingale, est resté le jeune homme qu’il était, un peu hippie, un peu bohème, un fils de la Casbah en goguette sans une once de pose.
    Même s’il passe la moitié de son temps à l’étranger, il ne sait pas vivre ailleurs qu’en Algérie : “Même quand je marche ici sur une poubelle, j’ai des ondes positives.
    Ailleurs je ne sais pas capter les ondes.” Mieux vaut la mal-vie ici que la dolce vita ailleurs, tel pourrait être son credo. Les harragas apprécieraient…
    Hadj Nacer et maître chez lui. Sans souci de repli sur soi, il veut simplement que son pays récupère son histoire, rassemble ses compétences autour d’un projet fédérateur dont le seul critère sera le mérite et non le népotisme ou la cooptation. Il est de ceux qui croient au génie de l’Algérien, mais qu’on ne le brise pas cet Algérien, qu’on le laisse travailler, qu’on lui offre des modèles positifs, qu’on lui fasse confiance… Il le dit d’une voix égale que nulle tendance moralisatrice n’enfle. Il voit le bel aujourd’hui et l’espoir de demain. D’ailleurs, c’est l’espoir qui l’aide à vivre même s’il sait avec les philosophes que de l’attente naît la souffrance. Il ne veut pas être de ceux qui en n’espérant rien, ne craignent rien.
    Il laisse ça aux amateurs du fade et aux philosophes. Lui, il espère contre vents et marées, quitte à payer en souffrance les joies qui accompagnent tout espoir.
    Est-il triste, est-il gai ? Celui qui a comme devise “Les actes ne valent que par leurs intentions” ne peut être que tolérant.
    Et qui dit tolérance dit acceptation, qui dit acceptation dit sérénité, qui dit sérénité dit bonheur. Oui, Hadj Nacer est un homme heureux dans une Algérie qui ne l’est pas toujours.
    Et quand il pense à l’Algérie, Hadj Nacer devient du coup moins heureux…

    H. G.
    hagrine@gmail.com

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  2. Artisans de l'ombre Dit :

    CultureDimanche, 29 Avril 2012 10:00

    PORTRAIT…

    Jannis Sakellariou

    Par : Hamid GRINE

    Septuagénaire bon pied, bon œil, il a les yeux de l’enfant espiègle et heureux qu’il a toujours été. Le temps a voulu l’user, le rendre grincheux, vieux, et bien c’est lui qui a usé le temps. À soixante-dix ans, Jannis a 20 ans. Définitivement. Ce rare privilège n’est donné qu’à ceux qui ont “la gaieté de l’esprit qui en marque la force”, comme le souligne Ninon de Lenclos. La vie de Jannis ressemble à un roman. Suivons-le quitte à perdre haleine tant il ne sait pas s’arrêter. Bac en poche, il quitte son pays, la Grèce, pour l’Allemagne. Le voilà ingénieur. Il occupe différents postes en Allemagne. Mais comme il ne se résout pas à ce monde d’injustice, il s’engage dans la politique pour changer le monde. Le voilà député au parlement européen, le voilà porte-parole et coordonnateur du groupe PSE au parlement européen au sein d’une commission qui comprendra les droits de l’homme, le voilà chef de mission de l’Union européenne pour l’observation du processus électoral au Gatuemala et au Nicaragua. Syndicaliste dans l’âme, cet homme de conviction a le cœur à gauche : il se retrouve dans les valeurs de fraternité, de solidarité et d’émancipation des peuples. Lui et l’Algérie c’est une belle histoire d’amour. Il le dit avec des trémolos dans la voix : “J’étais un admirateur de la guerre d’indépendance. Je voulais venir en 1973, comme ingénieur en électricité, mais ça ne s’est pas fait ! ”. Il aurait travaillé gratuitement tant la tâche lui semblait exaltante. Pensez, à l’époque, Alger était la Mecque des révolutionnaires.
    Et Jannis aurait aimé faire ce pèlerinage dans ce lieu consacré. Il aime tout ce qui bouge. À sa façon c’est un homme pressé. Non point d’arriver quelque part. Mais de faire aboutir ses idées, ses idéaux de paix et de justice. Mais il viendra quand même en Algérie à une époque où notre pays n’avait pas beaucoup d’amis. Il viendra en 1997, à l’heure où les balles sifflaient dans tous les sens, où le “qui tue qui” faisait rage. Lui prendra nettement position au Parlement européen contre cette thèse. Il le dira haut et fort, fera un énorme travail de lobbying pour dire qu’en Algérie il n’y a qu’un seul ennemi : le terrorisme islamiste. Si c’est dans l’arène qu’on voit le gladiateur comme dit Sénèque, alors on aura vu que Jannis est un vrai ami de l’Algérie. Il est là, avec nous depuis 4 ans. La raison : il est l’époux de Laura Baeza, la chef de la délégation européenne en Algérie. L’époux, mais aussi le confident, l’ami, le complice, l’homme de la vie de Laura. Une belle histoire d’amour qui nous fait croire à l’amour.
    Oui, incrédules, nous avons vu un couple d’amoureux qui résiste à l’usure ! Il avoue avec beaucoup de tendresse que c’est Laura-il prononce Laoyra, que c’est mignon !- qui l’a amené à la littérature. Sur notre pays, il est intarissable comme tous les amoureux : “En 4 ans, je n’ai pas connu un seul regard désagréable ! Les gens sont tellement gentils !”, il refoule un rire, les yeux pétillants de plus en plus, avant d’ajouter : “D’ailleurs on me prend souvent pour un Algérien”. Pianiste, il adore la musique classique, amoureux du monde, il a visité 80 pays avec toujours ce besoin de contact avec l’autre. Si Pompée a comme devise : “Il est nécessaire de naviguer. Il n’est pas nécessaire de vivre”, lui pense le contraire, au loin le stoïcisme mortifère : “Il est nécessaire de vivre. Il faut donc naviguer”. À le voir si vif, si truculent, on se dit qu’il va encore naviguer vers d’autres rivages.
    Dans quelques mois il ne sera plus avec nous. On aura perdu un homme de conviction. Perdu ? Non, plutôt partager, tant il est vrai que les hommes de valeur ont pour patrie le monde et pour amis l’humanité entière.

    H. G.
    hagrine@gmail.com

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