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Histoire : pourquoi Malek Bennabi en voulait à Abane Ramdane

24 février 2012

Histoire

le 24.02.12 | 01h00

 Assassiné par ses frères d’armes en décembre 1957, Abane Ramdane continue de hanter la mémoire de la Révolution algérienne. L’homme du Congrès de la Soummam a dû affronter l’anathème et le parjure.

Le livre coup-de-poing, Ben Bella-Kafi-Bennabi contre Abane (les raisons occultes contre la haine)* de Belaïd Abane, qui sortira demain, répond à ceux qui ont voulu salir sa mémoire et relativise plusieurs mythes, dont celui de la figure de Malek Bennabi. Des bonnes feuilles en exclusivité.Parmi les contempteurs de Abane, il y a précisément Malek Bennabi. Ce lilliputien de la Révolution algérienne, plein d’une suffisance médisante, avait la rancune particulièrement tenace. La première attaque malveillante, tombée comme un couperet sur Abane dix ans après l’indépendance, venait en effet de cet intellectuel, islamiste francophone, écartelé entre le «phénomène coranique» et la douceur émolliente de la vie provinciale française. Sans la moindre preuve, Bennabi asséna : «Georges Habbache dans le processus révolutionnaire palestinien et Abane Ramdane dans le processus algérien sont des erreurs introduites de l’extérieur : des erreurs induites.»

Qui était Malek Bennabi ? Il n’est pas inutile d’évoquer quelques aspects de sa vie et de son œuvre afin de mieux comprendre les ressorts intimes de la haine qu’il portait aux dirigeants nationalistes algériens et, tout particulièrement, à Abane. Dans Dreux (France, ndlr) occupé, il se met au service des Allemands. Il collabore avec l’occupant comme responsable technique municipal de la ville. Il est licencié quelques mois plus tard. Au chômage, il choisit d’aller travailler en Allemagne au début de l’été 1942. En 1944, le vent tourne en faveur des Alliés et Bennabi décide de rentrer en France.

A Dreux où il retrouve sa femme, il se met au service de l’administration capitularde de Vichy. Pas pour longtemps, car il doit faire cette fois avec l’armée américaine qui occupe la ville. Accusés de collaboration avec l’occupant allemand, Bennabi et son épouse sont arrêtés en août 1944 et internés au camp de Pithiviers. Ils seront libérés au printemps 1945. Le couple est arrêté pour la deuxième fois et incarcéré à la prison de Chartres en octobre 1945. L’accusation de collaboration avec l’ennemi nazi est de nouveau retenue contre Bennabi. Ce dernier est remis en liberté au printemps 1946. Le technicien eurélien aura passé en tout 15 mois dans les geôles de la France libre pour avoir collaboré…

… Jusqu’en 1954. Bennabi ne se réveilla que pour publier, non pas un encouragement à la Révolution commençante, mais son contraire : un livre décourageant et défaitiste où il traite de «la prédisposition collective» des Algériens à «l’asservissement colonial», ce que lui reprochera sévèrement un Mostefa Lacheraf indigné. Surfant sur l’actualité, Bennabi publie, en 1955, l’Afro-asiatisme. Conclusions sur la conférence de Bandoeng, que les éditions du Seuil lui refusent. Début 1956, la Révolution prend son essor avec le ralliement de l’UDMA, des Oulémas et l’arrivée au Caire de Ferhat Abbas et de ses amis à la fin de l’hiver 1956. C’est donc sérieux, avait dû penser Bennabi, qui décide de sauter le pas et de prendre le train de l’histoire en marche. Il quitte alors les berges de l’Eure pour les bords du Nil. C’était en avril 1956. La table révolutionnaire était mise. Et Bennabi, invité impromptu, tenait à y prendre sa place.

Le docteur Lamine Debaghine, chef de la Délégation extérieure du FLN au Caire, se méfie de l’accès soudain et inattendu de patriotisme et d’anticolonialisme de ce nouveau venu, inconnu au bataillon du nationalisme algérien. Il accepte néanmoins de le recevoir pour le tancer vertement et repousser ses avances en lui reprochant d’être trop longtemps resté «en dehors de la mêlée».

… Vexé et aigri, Bennabi n’aura de cesse que de se venger du docteur Lamine auquel il vouera une rancune et une aversion tenaces. La direction d’Alger est également exécrée, et Abane au premier chef. C’est en effet ce dernier qui avait dépêché Lamine Debaghine au Caire pour chapeauter les délégués extérieurs, y compris Ahmed Ben Bella, que le pouvoir égyptien avait pourtant déjà intronisé comme «porte-parole de l’Armée de libération nationale». Et comme l’ennemi de l’ennemi peut facilement devenir un ami, Bennabi offre ses services à Ben Bella. Mais ce dernier est lui-même peu enthousiaste de s’adjoindre un inconnu du Mouvement national…

Il va faire des pieds et des mains pour se trouver un nouveau sponsor. Il demande un poste quelque part dans un pays musulman «pour jouer un rôle dans la Révolution». Le FLN, qui s’en méfie de plus en plus, rejette sa demande et menace même de lui suspendre sa «solde» pour l’amener à modérer ses diatribes contre les dirigeants dont aucun ne trouve grâce à ses yeux. Par dépit et par opportunisme, il se jettera dans les bras du pouvoir égyptien. Reniant les Frères musulmans, sa mouvance naturelle, parce qu’elle était la bête noire du pouvoir nassérien, et donnant quelques gages de son opposition au wahhabisme, l’ennemi irréductible du nassérisme, Bennabi n’hésite pas à se détourner de la Révolution pour se mettre au service du Congrès musulman sous la houlette d’un officier libre, Anouar Sadate, son secrétaire général. Pour le FLN, ce ralliement est un casus belli. C’était exactement ce qu’il ne fallait pas faire.

Pourquoi cet échec sur toute la ligne, est-on tenté de s’interroger. En plus de son exil prolongé en périphérie extrême du Mouvement national, de son manque de sens et de culture politiques, conjugués à un égotisme démesuré, il est certain que son prêche défaitiste sur la «colonisabilité» et le «rôle nécessaire de la colonisation» avaient valu à Bennabi sa mise à l’écart totale et définitive des cercles dirigeants dans la Révolution et, plus tard, dans l’Algérie indépendante. La colonisabilité ! Voilà le concept nébuleux qui l’a fait certes connaître, mais a valu aussi à Bennabi, en grande partie, son statut de pestiféré dans le Mouvement de libération nationale.

De quoi s’agit-il ? Pour Bennabi, le problème, l’urgence, ce n’était pas de mettre à bas le colonialisme ; c’était plutôt de savoir pourquoi la société algérienne avait été colonisée. La question ne manque certes pas de pertinence. C’est la réponse donnée par Bennabi qui suscita l’indignation des milieux dirigeants et des intellectuels algériens. En faisant court, pour Bennabi, si le peuple algérien a été colonisé c’est qu’il l’avait cherché en se mettant dans la posture de peuple colonisable. Il conclut même que la colonisation était un «mal nécessaire».

* Editions Koukou

Salim Mesbah

© El Watan

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “Histoire : pourquoi Malek Bennabi en voulait à Abane Ramdane”

  1. bilel Dit :

    De quoi s’agit il , j’aurais aimer que monsieur Abane nous écrive un livre intitulé : « boussouf, Krim et Bentobbal contre Abane » où il nous expliquera le pourquoi de la décision d’élimination de Abane par ces révolutionnaires , l’avis de benbella et de kafi sur cette question demeure secondaire , car je pense que la décision d’assassiner Abane , un leader de la révolution ,est plus grave et plus importante que les opinions que faisaient kafi et benbella sur Abane..mais là ou je me pose des questions : que vient faire bennabi là dedans? bennabi , un penseur ayant à son actif une trentaine d’ouvrage dont certains inédits ; des dizaines d’articles de presse depuis les années 40 , une position critique a l’égard des actes et des hommes depuis les années 30 .quel est le lien de bennabi avec Abane , une phrase lancée comme ça pour illustrer une idée sur le processus révolutionnaire dans son bouquin « le problème des idées » parue dans les années 70….Ca doit être pour des raisons commerciales car l’avis de Kafi et de Benbella sur Abane , intéresse peu de gens , on le connait et on s’en tape après tout pour une raison simple : les trois hommes n’avaient pas la même vision sur la manière de diriger la révolution .l’auteur veut nous faire croire que finalement l’histoire se passe entre Bennabi et Abane alors que non : l’histoire est bien entre Abane et certains dirigeants de la révolution sur le fond ..Mais passons attendons que l’auteur nous devoile la vraie histoire. Revenons à Malek Bennabi :
    Ainsi donc, les arguments de l’auteur sur la position de Bennabi sont les suivantes : il a collaboré avec les nazis, il a une thèse sur la colonisabilité et il critiquait tt le monde dont messali el hadj…
    concernant la colonisabilité , bennabi n’a pas dit que nous somme colonisés par ce que nous sommes colonisables et que c’est une fatalité , il a bien dit qu’ à une certaine époque , le monde arabo musulman dont fait partie l’Algérie réunissait une série de tares qui faisait de lui une proie au colonialisme et qu’il faut surmonter ces tares pour renaitre , il n’aurait pas écrit les conditions de la renaissance qu’il a adressé aux algériens s’il ne croyait pas au capacités de son peuples.
    S’agissant des critiques qu’il a eu pour Messali , bennabi a exprimé ce qu’il pense des méthodes de ce leader politique , il a notamment exprimé sa critique à l’esprit du zaimisme instauré par cet homme , tout en reconnaissant son combat.. bennabi a été critique là ou il pensait qu’il fallait s’exprimer ;ces positions restent discutables, il a même critiqué l’association des oulemas quand elle s’est associée aux politiques s’étant déplacés à paris lors du congrès musulman de 1936 en leur reprochant notamment de quitter leur terrain éducationnel pour le terrain politique.
    Enfin pour l’accusation de collaboration (il s’adresse à qui l’auteur) , Bennabi a été emprisonné en France et a été acquitté pour cette accusation mensongère, mais au fait combien d’algériens innocents emprisonnés dans les prisons coloniales à l’époque

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