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DICTIONNAIRE DES LOCALITÉS ALGÉRIENNES DE ACHOUR CHEURFI Une véritable carte d’identité patrimoniale

23 février 2012

1.LECTURE

Culture : 

Enfin un dictionnaire des localités de l’Algérie indépendante ! Le tout premier du genre. Cet événement éditorial est le résultat d’un travail colossal non pas réalisé par une équipe dynamique, sous la direction d’un groupe de chercheurs, mais relevant du seul fait d’une initiative individuelle.
On s’en doutait bien, son auteur ne pouvait être que l’incontournable Achour Cheurfi. L’encyclopédiste au souffle long, qui s’est spécialisé dans la publication de dictionnaires consacrés à la culture, à l’histoire et aux élites (une dizaine à son actif), propose au large lectorat un autre ouvrage de découverte et un précieux outil de référence. Dans cette œuvre monumentale de 1218 pages, il inventorie et présente plus de 10 000 localités. Parfois même, de véritables monographies des villes et villages permettent de découvrir toute une mine d’informations. Les 1541 communes que compte le territoire algérien sont, bien sûr, répertoriées, avec des notices sur leurs chefs-lieux et leurs agglomérations. Pour des considérations d’ordre pratique, l’ensemble des hameaux et lieux-dits ne sont pas traités. «Nous n’avons retenu que des échantillons étant donné leur nombre élevé. Un traitement intégral de ces derniers aurait multiplié au moins par deux ou trois le volume de cet ouvrage», explique l’auteur dans son introduction. En plus d’être une source de connaissances, ce dictionnaire a une utilité culturelle et historique avérée. Dans le sens d’une réappropriation, d’une réhabilitation et d’une revalorisation du patrimoine matériel et immatériel algérien. Le passionnant voyage à la découverte de nos localités, auquel le lecteur est convié, s’accompagne nécessairement d’une visite guidée, explicative et fort instructive. En l’occurrence, le sujet traité ne pouvait faire l’économie d’une (ré) écriture de l’histoire. Le colonialisme étant passé par là, la tâche devenait incontournable. Il importait pour le chercheur de ressusciter et faire connaître un important patrimoine auparavant occulté, falsifié et manipulé par l’idéologie coloniale dont le credo était «la négation quasi totale de l’existence d’une histoire propre au pays et donc à ses localités». C’est pourquoi, souligne Achour Cheurfi, «la toponymie et l’étymologie constituent très certainement un patrimoine historique et culturel dont il s’agit de reconstituer, promouvoir, préserver et léguer aux générations futures». Toutefois, et comme le dit si bien un proverbe de chez nous, une seule main ne peut applaudir. Aussi, l’auteur conclut dans son introduction : «A l’évidence, les monographies de nos villes et villages sont à élaborer et à mettre à jour de façon continuelle tant il est vrai qu’une histoire moderne est d’abord un processus de construction (et d’accumulation) qui exige une totale liberté de collecte et d’accès aux données. De même que cette histoire constitue une carte d’identité patrimoniale et une mémoire collective pour la nation.» Dans cet ouvrage, les villes, villages, hameaux, ksars et douars, mechtas et lieuxdits sont classés et présentés par ordre alphabétique pour toute l’Algérie (et non par région et par wilaya). Le genre dictionnaire l’exige, sans compter la plus grande lisibilité ainsi offerte. Les noms des localités sont ceux actuels avec, bien sûr, le rappel des anciens noms. Lorsque toute une notice (ou monographie) est consacrée à une localité, Achour Cheurfi l’enrichit par des chiffres, des statistiques, des rappels historiques, des éléments ethnographiques, des références culturelles et religieuses, des données démographiques et socio-économiques, etc. L’auteur ne craint pas de brasser large tout en multipliant les détails et les choses à découvrir. Parfois, il cite même des personnages de premier plan (écrivains, poètes, historiens, chercheurs, artistes, etc.) et qui savent le mieux parler de la localité où ils sont nés et (où) ont vécu. Cela donne souvent des pages très agréables à lire, étonnantes de précision, de fraîcheur et de saveur. Ainsi en est-il de Saïda vue par le romancier Habib Sayah. De l’histoire de Bou-Saâda ramassée par Youcef Nacib «en quelques pages d’une extraordinaire richesse». Ou encore M’daourouche que sait si bien conter Maâmer Farah. Le lecteur pourra aussi découvrir que Corso puise son sens étymologique de la rivière «qui pique» (en arabe) du fait de ses moustiques et de certaines herbes. Quant à Taher, on la connaîtra mieux à travers les témoignages sur son fameux «Cyclone de Djidjelli» survenu en 1928. En tout cas, le lecteur a la chance de ne pas avoir Redjas comme lieu de naissance, sinon se posera pour lui le problème d’identité (faut-il l’inscrire à l’état civil, à Redjas ou à Oued Endja ?). Pour dire que le dictionnaire de Achour Cheurfi fourmille de passionnantes petites histoires, d’anecdotes savoureuses et d’informations généralement méconnues. Loin d’être rébarbatif, l’ouvrage peut, au contraire, se lire comme un roman. Le large lectorat y trouvera son bonheur, tout comme les chercheurs, enseignants ou étudiants qui auront à leur portée un excellent outil de référence. L’auteur n’oublie pas de rappeler que le premier dictionnaire du genre avait été élaboré par l’administration coloniale en 1860 (il est de Marins Outrey). Mais, avant cela, le fascicule d’Ibn Eddin Laghouati, datant de 1826, peut déjà être considéré «comme le premier dictionnaire algérien moderne comprenant une trentaine de notices concernant les villes et les montagnes». Lorsque nous avons rencontré Achour Cheurfi, il s’apprêtait tout juste à quitter le quotidien El-Moudjahid (où il est rédacteur en chef) pour un congé mensuel. Un repos nécessaire et bien mérité, n’est-ce pas ? Décidément «inusable», il a alors cette réponse désarçonnante : «Mais non, ce n’est pas du tout pour me reposer. Je suis en train de tout réactualiser, y compris ce dictionnaire des localités.» Pourtant, sur les 13 000 localités recensées en 2003, l’ouvrage traite de plus de 10 000 ? «Et alors, rétorque-t-il le plus sérieusement du monde, nous avons déjà des monographies des communes, il suffit de les développer. D’ailleurs, s’il se présente par la suite une opportunité de publier une encyclopédie de l’Algérie en trois volumes, je le ferai. Les gens ont besoin de références, d’ancrage, ils ont besoin de se reconnaître dans leur pays.» Et de nous informer qu’il attend toujours la prochaine édition de deux autres ouvrages, sur le cinéma et le théâtre algériens. Des dictionnaires dont il prépare la réactualisation périodique. Mais, Achour Cheurfi n’a-t-il pas besoin d’un soutien fort de la part des pouvoirs publics ? Cela ne nécessite-t-il pas des subventions, la mise à disposition d’un staff et de moyens conséquents ? «Vous savez, dit-il, si on attend tout cela on ne fera rien. On risque même d’attendre éternellement. La seule aide que l’on peut espérer des institutions, c’est qu’elles achètent le livre…»
Hocine T.
Achour Cheurfi, Dictionnaire des localités algériennes, Casbah éditions, Alger, octobre 2011, 1218 pages, prix : 2 500 DA.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/02/23/article.php?sid=130675&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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