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LE MYTHE EN HÉRITAGEDE MOHAMMED ABBOU Lorsqu’on lâche la proie pour l’ombre LE MYTHE EN HÉRITAGEDE MOHAMMED ABBOU Lorsqu’on lâche la proie pour l’ombre

18 février 2012

1.LECTURE

Culture : 

Mohammed Abbou, ancien ministre de la Communication, ancien recteur, actuellement membre du Conseil constitutionnel et membre du CEPS (Centre d’étude et de prospective stratégique) vient de publier un nouveau livre. Le mythe en héritage est un recueil de textes parus sous forme de chronique hebdomadaire dans le journal Le Quotidien d’Oran. 
«Au commencement était la Blague. Et en effet, toutes les histoires s’approfondissent en fables», disait l’écrivain Paul Valéry. En l’occurrence, l’ouvrage de Mohammed Abbou va au-delà d’une histoire de mythes, il transcende les fables symboliques, simples et frappantes qui contiennent plus d’un enseignement. Son recueil, plus que des apologues (ces petits récits alégoriques visant à moraliser ou à instruire), contient en effet quelque chose de plus élevé, de plus sublime : l’humour libérateur. Un humour qui puise sa verve de la sagesse populaire et de l’humilité des gens de raison. Les 22 textes qui composent Le mythe en héritage sont donc autant d’annales humaines riches de matière, de leçons et de pédagogie. Et si l’auteur a opté pour cette technique, cette forme d’écriture bien servie par un style aéré et par une grande liberté de ton, c’est dans le souci de mettre à l’aise le lecteur. Ici point de discours moralisateur ni pédant, mais plutôt un texte interactif pour une lecture agréable et utile. C’est ce qu’il appelle, dans son introduction, «prendre un détour plus ludique, plus léger pour interpeller la conscience de mes semblables sur des questions communes». Car Le mythe en héritagese nourrit de la réalité algérienne. Une radioscopie de la société où le quotidien est mis en scène, comme au théâtre. Mais il y a là le vrai théâtre, c’est-à-dire le grand théâtre comique par lequel Mohammed Abbou se livre à la satire des tares et des travers humains, voire même l’étude des mœurs et la peinture des caractères. Dans ces récits fictionnels où l’auteur emprunte au genre romanesque, différents personnages sont mis en situation (si ce n’est placés en situation inconfortable) pour délivrer, à la fin, des questionnements et plus que des aphorismes, et donc poser certaines problématiques bien précises, notamment celles de la rente, de la corruption, de la cohésion sociale, de la citoyenneté, de la désacralisation du savoir, etc. Précisément, ces textes s’apparentent à des contes philosophiques et satiriques pour mieux décortiquer les maux qui rongent la société algérienne et son système politique. Ou comment le mythe, l’utopie et toutes ces images simplifiées, souvent illusoires, que des groupes humains élaborent et leur font jouer un rôle déterminant freinent ou annihilent carrément le développement d’une société moderne. Hélas, nous dit Mohammed Abbou, dans cette «société du hasard» où personne n’est à sa place, les valeurs sont renversées, la conscience est égarée et la bêtise humaine a fini par obstruer la voie qui mène au savoir et à l’épanouissement de l’individu. «Oui, de la hiérarchie du hasard ne peut naître qu’une société par défaut», écrit-il. La légende, l’irrationnel et la superstition ont bel et bien pris le train. Et dans ce train fantôme, «la municipe du mirage ne peut laisser que le mythe en héritage». Le convoi est donc entré en gare, mais à reculons, hypothéquant l’avenir des Algériens. L’heureux voyageur, lui, celui arrivé à destination, «installe de nouvelles pratiques qui se moquent de toutes les valeurs qui fondent la vie en société et érige l’incompétence, la gabegie, l’ignorance et la concussion comme seul moyen de faire son chemin dans la vie de la cité». D’autant plus que «la raison est soluble dans la rente». Ah ! la rente. «La société de la rente, poursuit Mohammed Abbou, fonctionne sur l’entretien du mythe du passé, glorifié et sans cesse recomposé pour faire office de présent et même d’avenir. Elle manipule les conflits sociaux, linguistiques ou religieux sans s’y impliquer, elle y met au moment voulu son énergie monétaire.» Mieux encore, la rente a tout perverti, au point que «le moyen d’acquérir une solution toute faite a mis l’esprit à la retraite et a exclu la raison du champ politique et social». Résultat, ajoute l’auteur, «la société désincarnée, désemparée, sans horizon, ne rassure plus personne et fournit à l’irrationnel des matériaux à profusion». Le reflux de la morale et des vertus sociales, le profit immoral, le vampirisme des nouveaux riches ont comme pendants «la foi feinte et la dévotion excessive (qui) suffisent souvent à couvrir toutes les inconduites». C’est ce que Mohammed Abbou appelle «la foi buissonnière». Aujourd’hui, nous dit-il, «la société algérienne est prise d’une bigoterie frénétique. Elle sacrifie avec ostentation au rituel confessionnel en guise de conscience nationale. Les dirigeants flattent cette tendance qui les dispense de prouver leur intégrité et leur compétence». Dans ce pays qui «refait son histoire en salle et ne retrouve pas le chemin de sa conscience égarée», la violence comme affirmation de soi est alors reine. Quant à la corruption, elle «peut s’inviter dans tous les rapports humains» et, pire, «dans la malfaisance, elle peut développer du génie». En passant le corps social au scalpel, Mohammed Abbou continue en même temps de s’interroger et d’interpeller le lecteur : «Mais pourquoi, ici, la sueur est stérile ?» Tout simplement parce que «notre pays, nous ne le gérons pas, nous nous le distribuons ». Et c’est ainsi que l’espoir ayant été enterré, l’école en échec et la jeunesse frustrée, l’auteur peut affirmer que «ce n’est pas le venin qui tue, c’est l’ignorance». A la lecture de cet ouvrage digeste et instructif, on comprend alors mieux comment a été privatisé l’héritage du sacrifice de tout un peuple pour sa libération nationale.
Hocine T.

Mohammed Abbou, Le mythe en héritage, Editions Hikma 2012, 238 pages.


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/02/18/article.php?sid=130424&cid=16

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À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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