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LE MONDE COMME JE LE VOIS DE CHEMS EDDINE CHITOUR Plaidoyer contre l’errance identitaire

15 février 2012

1.LECTURE

Mercredi 15 Fevrier 2012

Par Kaddour M’HAMSADJI

Plaidoyer contre l'errance identitaire

Comme l’adversité touche au monde que j’aime, ma mère occupe alors mon esprit.

C’est sans doute aussi l’attitude de Chems Eddine Chitour dont nous lisons régulièrement l’«Analyse» du monde au plus près de nous dans L’Expression. Interrogeant son coeur et sa raison, il a réuni en un volume sous le titre Le Monde comme je le vois (*) des thèmes choisis abordés au cours de ses «contributions» hebdomadaires.
Professeur élevé dans la bonne terre universitaire, scientifique et polytechnique des hautes institutions d’Alger, le professeur Chems Eddine Chitour est à la fois un ingénieur, un formateur et un chercheur de compétence toute algérienne. Ce n’est certes pas peu dire lorsque l’on sait ses nombreuses publications sur des thèmes divers et dont le thème essentiel est l’Algérie, – que ce soit sur l’énergie, le pétrole, la géostratégie, les changements climatiques et, bien entendu, ce qui forme sa pensée algérienne authentique, sur l’histoire de l’Algérie, l’islâm, la mondialisation où le monde civilisé semble devenu une grande mascarade. Et cela est une réalité dont tout le monde parle, tente même d’en exorciser le mal, mais hélas! le penseur exceptionnel, qui détiendrait la solution, souffre de son incapacité évidente à inventer l’action rédemptrice attendue. Les spéculateurs d’argent sont de tous les pays et leur morale est de ne point considérer spécialement la vie humaine. Un autre Chems Eddine – Hafiz, le Persan (1320? – 1389), poète de bon sens -, recommandait déjà à son «semblable»: «N’attends rien de ce que le monde décevant t’a promis. La terre est une courtisane qui fut la maîtresse de milliers d’amants.» Iniquité, irréel, éphémère, comédie, tragédie, le monde, hier comme aujourd’hui comme sans doute demain, est redouté et redoutable; et il reste un leurre pour les uns, un rêve à conquérir pour les autres. Nous voilà au coeur du dilemme. Il faut donc trancher.
Chems Eddine Chitour a depuis longtemps fait connaître son opinion dans ses livres, notamment dans ses articles publiés dans le quotidien L’Expression. Le Monde et ses soubresauts et en particulier les événements qui le gouvernent et qui ont un rapport constant, direct ou indirect, avec l’Algérie, suscitent en lui le devoir de les étudier, de les analyser et de les comprendre. Les vrais enjeux de l’existence et de l’avenir de notre pays y sont inscrits, et ce n’est pas trop de toute la subtile pensée de l’Algérien, de tous les intellectuels algériens, pour les discerner et les penser sérieusement, gravement. S’y fondent toutes les richesses actuelles de notre pays: la jeunesse, les potentialités intellectuelles, les héritages exceptionnels de l’histoire, de la civilisation, de la religion, l’immensité du territoire national et la taille de ses populations, les énergies naturelles, et autres domaines physiques ou humains qui préoccupent, indignent ou enchantent…
Ainsi, sous un intitulé flamboyant «Le Monde comme je le vois», Chems Eddine Chitour nous propose une vision sereine du monde mais soutenue par une plaidoirie constamment vigilante. Il prévient avec une sincérité vraie donc respectable: «La trame principale [de son livre] consiste à militer inlassablement pour ce qui me paraît être juste avec naturellement, un engagement de tous les instants envers mon pays, ce qui me permet certaines fois des colères rentrées et traduites par écrit quand je sens que le train de la cohésion sociale ne prend pas la bonne direction. Il m’arrive aussi et souvent de comparer – comparer n’est pas raison – mon pays à ceux qui sont fascinés par l’avenir et en mettant le doigt sur les dysfonctionnements. L’amour pour le pays n’exclut pas la critique car, comme l’écrit Montesquieu, «il faut être fidèle à la vérité même quand notre propre parti est en cause, il faut mourir pour son pays mais nul n’est tenu de mentir pour lui.» Dans cette série de contributions sur une dizaine d’années, j’ai voulu être un témoin des heurs et malheurs de l’Algérie. Pour tous les grands événements qui ont segmenté l’imaginaire des Algériens, je crois avoir donné mon avis en toute objectivité.»
Préfacés par Noureddine Nait Mazi, ancien directeur du journal El Moudjahid, les articles du professeur Chitour sont classés en sept grands thèmes qu’il faut indispensablement noter, car leurs titres sont significatifs de l’intention de l’auteur: 1. L’Algérie: Pesanteurs actuelles et conditions d’un saut qualitatif. 2. Le Monde arabe après une interminable agonie d’un siècle: un renouveau par sa jeunesse? 3. L’Afrique à la croisée des chemins après les indépendances bâclées.
4. Le choc des cultures et des ignorances. 5. Science et religion en face de la destinée. 6. Les grandes mutations du monde au XXIe siècle. 7. Les Hommes de science et de culture qui ont servi l’Algérie.
Chems Eddine Chitour, en pédagogue perspicace, propose au lecteur son analyse des «événements importants à l’échelle planétaire», en tout cas ceux qui l’ont particulièrement incité à les «décrypter», notamment ceux livrés par «la presse occidentale «mainstream» dont le moins que l’on puisse dire est partiale et partielle». L’intérêt de ce travail est que l’auteur analyse «l’acte événementiel» et explique «l’effet» qu’il produit. Par quels moyens? Ils sont divers et changent avec les systèmes ou les régimes des pays qui entrent en jeu, et tous sous les prétextes sempiternels et évidents: les intérêts supérieurs et les fonctions vitales de chaque pays. Aussi, la réflexion de l’auteur n’est-elle pas du tout hésitante. «L’un des responsables, à mon avis, écrit-il, c’est cette mondialisation-laminoir qui laisse des millions de personnes sur le bord de la route. Une mondialisation adossée à un libéralisme sauvage dont les matières premières, toujours en de plus grandes quantités comme c’est le cas de l’énergie, désorganisent le monde, les cultures, les religions et, depuis quelque temps, refaçonne les frontières des États-nations pour de nouvelles configurations qui lui sont favorables.»
Comment voit-il le monde? Chems Eddine Chitour observe, cherche ses références dans l’évolution du monde mais aussi évidemment dans l’évolution de notre pays. Il n’y a pas de parallèle obligé à établir pour comprendre; il y a des vérités que nous nous devons faire, oui entre nous: l’Algérie est et doit se construire sa personnalité entière et unique dans le monde. En observant le monde, on constate l’allure infernale qu’il emprunte nécessairement pour continuer sa vie, sa propre vie. L’Algérie aussi a cette ambition naturelle, légitime, urgente. Toute notre Vérité est dans la mise en oeuvre de nos idées par référence à nos richesses multiples et infinies. Faut-il les énumérer? Ce sont: notre héritage historique, l’étendue et la situation géographique de notre territoire, la qualité de nos terres, le trésor de notre sous-sol, notre culture et nos convictions, la volonté d’écrire l’histoire et d’aller de l’avant, nos hommes de science et de culture ceux qui ont servi le pays et ceux qui se donnent l’honneur de le faire progresser, ceux qui voient le monde où l’Algérie authentique doit occuper sa belle place.
La libre réflexion du professeur Chems Eddine Chitour mérite méditation: après tout, ce qu’il voit, peut-être le voyons-nous également. Cela va sans dire, sans doute, mais cela va mieux en le disant. Et d’autant qu’il y a une différence d’attitude entre «Le monde comme je le vois» et «Comment je vois le monde». Si l’on veut vivre algérien, il faut lire cet ouvrage de Chems Eddine Chitour; il est écrit avec intelligence; c’est un plaidoyer patient et méthodique où foisonnent des thèmes forts, des interrogations pertinentes et des humeurs politiques brillantes. Faut-il conclure? A vrai dire, il n’y a pas de conclusion valable dans un travail de ce genre si le souvenir de la Mère n’est pas présent, si l’Algérie n’est pas totalement dans l’esprit de nous-mêmes et surtout dans celui de notre jeunesse. C’est là, à mon sens, le beau message qu’il faut décrypter dans Le Monde comme je le vois de Chems Eddine Chitour.

(*) Le Monde comme je le vois de Chems Eddine Chitour, Casbah-Éditions et L’Expression-Le Quotidien, Alger, 2012, 407 pages.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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