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Les femmes d’antan, il y en a encore ! Par Ahmed Halli

6 février 2012

Chroniques

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE

halliahmed@hotmail.com
Pendant plus de deux décennies, nous avons servi d’exemple à ne pas suivre pour nos voisins tunisiens. Ils nous regardaient même avec un rien de condescendance, et l’air de nous dire que ce n’est pas en Tunisie que ces choses arriveraient. Ils en sont aujourd’hui à se poser les mêmes questions qui nous assaillaient il y a vingt ans, et à se demander de quoi l’avenir sera fait. Et nous voilà, chers amis tunisiens, à tenter de décrypter notre avenir très proche en lisant dans le marc de votre café et dans les lignes de vos mains levées au ciel en signe d’impuissance. 
Certes, vous ne vous avouez pas vaincus, pas encore, il y a même du défi dans vos propos sur les plateaux de télévision et dans les textes que ceux d’entre vous publient ça et là. Mais, j’ai l’impression que cette «société civile», qu’on présentait comme un modèle de modernité et de laïcité, se réduit à vue d’œil et ressemble à un «Concordia» qui aurait été abandonné par tous ses passagers avant le fatal échouement. Comme nous ne sommes pas rancuniers, nous ne vous ferons pas l’affront de vous dire que ce qui arrive actuellement en Tunisie ne risque pas de se produire chez nous. Contrairement à ce que vous croyez voir, l’islamisme a déjà triomphé chez nous, et en faisant l’économie d’une révolution, à défaut de nous épargner l’effusion de sang. Pourquoi les islamistes feraient-ils la révolution, avec l’aide de Sarkozy ou du Qatar, puisqu’ils n’ont même pas eu besoin de se pencher pour ramasser le pouvoir. Le pouvoir est venu à eux en se prosternant et en quémandant leur intercession en prévision du jugement dernier. Nous ne craignons pas les Frères musulmans puisqu’ils ont acquis le contrôle du FLN et de ses satellites créés pour quelques occasions électorales, celles qui profitent aux larrons. Les dirigeants du FIS dissous ? Pourquoi revendiqueraient-ils l’alternance puisque leur programme est appliqué avec rigueur et constance ? Quant aux salafistes, ils sont là pour jouer les épouvantails et pour donner de la couleur dans les nuances du vert et du noir à notre paysage. On a même l’impression que les salafistes se sont déconnectés, au propre et au figuré, de la maison-mère, de «La Mecque» du wahhabisme. L’exemple le plus frappant nous a été offert cette semaine, avec deux fatwas, l’une émanant du domaine royal et l’autre des protectorats et officines ancillaires que l’Arabie saoudite entretient de par le monde. Côté disciple, nous avons donc cette fatwa de l’inénarrable Cheikh Ferkous, notre fondamentaliste maison qui veut nous interdire de fêter le Mouloud. Selon la sempiternelle argumentation, les fêtards du Mouloud ne seraient que de dangereux innovateurs, promis à la damnation éternelle, et au mieux pâles imitateurs des chrétiens et de leur Noël. Ce qui n’a pas manqué de provoquer du pétard chez les importateurs de matériels pyrotechniques et autres joyeusetés explosives, qui se jouent des scanners et des frontières et ignorent de tels scrupules religieux. Les défenseurs du bruit et du fracas ont fait monter au créneau leurs théologiens attitrés qui ont défendu la célébration, sans proscrire clairement l’usage des pétards. On ne se met pas à dos l’establishment des importateurs et autres affairistes lorsqu’on veut convaincre les Algériens de se rallier au rigorisme religieux, ce qu’ils feraient volontiers dans d’autres circonstances. Voilà pourquoi les salafistes algériens n’iront pas très loin, sauf dans le jeu de rôles qui leur a été assigné par les maîtres du genre. Toutefois, la Tunisie actuelle nous rappelle aussi notre période héroïque, celle où des femmes et des hommes élevaient la voix sans craintes et exprimaient leurs opinions en dépit des menaces de représailles. Sur ce point, c’est avec nostalgie, et une pointe d’envie qu’on regarde des femmes tunisiennes et arabes monter au créneau pour défendre leur liberté et celle des autres. Le 27 novembre dernier, l’universitaire Amel Grami publiait sur le site Al-Hiwar almoutamadine (Dialogue moderniste – http://www.ahewar.org/debat/nr.a sp), un article sur la violence postrévolutionnaire en Tunisie. Le lendemain, et sans lien apparent avec l’article en question, des salafistes ont investi la Faculté des lettres de Manouba (banlieue nord-ouest de Tunis) où enseigne Amel Grami. Objectif déclaré de l’action : imposer les étudiantes en «niqab» dans les salles d’examens et interdire la mixité. La même revendication des barbus lors d’opérations similaires dans d’autres universités du pays. Contrainte de quitter la faculté, l’universitaire a été accompagnée jusqu’à sa voiture par une troupe d’étudiantes en niqab aux cris de «notre « niqab », c’est notre chasteté, espèce de prostituée». Un étudiant barbu a même menacé de la violer, raconte encore Amel Grami en ajoutant : «Si c’est cela votre définition de la prostitution, alors je suis une prostituée.» Ilhem Manaa, la Yéménite, va encore plus loin en remettant en cause la référence fondamentale des intégristes, à savoir les Hadiths. Elle estime que si le Prophète lui-même revenait, il ne se reconnaîtrait pas dans nombre de ces Hadiths, compilés deux cents ans après sa mort. «Et si malgré tout, il continuait à ne pas s’y reconnaître, les musulmans d’aujourd’hui le traiteraient d’apostat», affirme-t-elle dans une série d’articles sur Middle East Transparency. Plus près de nous, l’écrivaine évoque le cas du livre de Brahim Fawzi La compilation de la Sunna, interdit dans certains pays arabes. «Pourquoi interdisent-ils un livre s’ils sont si confiants en eux-mêmes ? L’Église catholique agissait ainsi au moyen-âge, mais nous agissons de la même manière aujourd’hui, au XXIe siècle», écrit-elle. Elle cite encore l’exemple du Soudanais Hassan Tourabi, pourtant intégriste jusqu’au bout des ongles, et qui a été excommunié par ses pairs. Simplement parce qu’il a osé dire que la femme pouvait prier côte à côte avec l’homme, et que certaines coutumes avaient fini par devenir sacrées à l’usage. «Oui, ils ont excommunié Tourabi, alors qu’il n’a pas renié Dieu ni son Prophète, mais ils l’ont excommunié parce qu’il remettait en question leur vision de l’Islam. Une vision qu’ils ont érigée en objet de culte. Ils n’adorent pas Dieu, mais cet objet», souligne Ilhem Manaa.
A. H.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/02/06/article.php?sid=129867&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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