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MOUKHTAÇAR KHALÎL [CODE MUSULMAN] TRADUIT PAR N. SEIGNETTE Repères pour saisir les nuances du fiqh

1 février 2012

1.LECTURE


Mercredi 01 Fevrier 2012

Par Kaddour M’HAMSADJI

Repères pour saisir les nuances du fiqh

la loi musulmane ou Fiqh gouverne toute la vie privée, publique et religieuse du croyant; elle est tenue pour sacrée par les docteurs ou fouqahâ.

L’ouvrage Moukhtaçar Khalîl, Code musulman (*), traduit de l’arabe vers le français par Napoléon Seignette (édition de 1858, de 1878 ou de 1911?), préfacé par le professeur Mahfoud Smati et publié récemment, à l’intention du lecteur ne lisant pas l’arabe, par le Haut Conseil Islamique (Alger), me semble une pertinente initiative éditoriale pour l’instant et par le temps qui court. Pourquoi? D’une part, parce que le «Moukhtaçar» (l’«abrégé» ou le «précis») de la loi musulmane du jurisconsulte égyptien Khalîl ibn Is-hâq (mort en1365) – qui est plus connu sous le nom de Sîdî Khalîl et qui a mis vingt-cinq ans pour l’écrire -, se réfère au mad-hab (c’est-à-dire «voie» ou «rite» ou «école») de l’imâm Mâlek ibn Anas (715-795), appelé «Imâm de Médine». Ce rite, qualifié du nom de son fondateur, est essentiellement «occidental» du fait d’être suivi par les musulmans dits «mâlikiyya», les «mâlékites» de la Haute Égypte, de la Libye, du Maghreb, du Soudan et, autrefois, de l’Espagne musulmane. D’autre part, parce que cet ouvrage (texte arabe et sa traduction en français, placés côte à côte) est disponible en librairie et pourrait donc être lu, analysé et apprécié à tête reposée, en toute liberté, en attendant que d’autres approfondissements soient proposés par une traduction nouvelle du texte arabe. Ce serait une traduction de plus, pourrait-on dire, mais, à la lumière de la pensée moderne et de l’évolution des esprits ouverts aux récentes technologies dans la recherche linguistique et du commentaire liturgique, on verrait plus clair dans la langue de Khalîl ibn Is-hâq dont le nom complet est: Khalîl ibn Is-hâq ibn Moussa ibn Chouayb, Dhiyâ Eddine («Splendeur de la religion»), Aboû el-Mawadda, el-Misrî. Il est également connu sous le surnom
el-Djoundî (le soldat), car, d’après l’orientaliste néerlandais Reinhart Dozy, il a porté une tenue militaire, en tant que garde du corps du souverain mamelouk de l’époque, tout en professant à la grande médersa ech-Chaykhouniya du Caire.
Or, selon certains spécialistes orientalistes ou non – parmi les plus fiables pour leur juste liberté intellectuelle -, le Moukhtaçar Khalîl serait peu original, assez confus pour le profane et difficile à explorer et à exploiter sans des commentaires spécifiques et subtils. Cette oeuvre manquerait d’originalité dans la méthodologie et le caractère scientifique de l’exposé par rapport à d’autres, par exemple la Mouqaddima d’Ibn Khaldoûn ou les Bidayât el-Moudjtahid du philosophe andalou Ibnou Rochd qui, elles, supporteraient aisément la double critique interne et externe et surprendraient positivement encore aujourd’hui les scientifiques de tous ordres. Quoi qu’il en soit, le texte du Moukhtaçar Khalîl, datant de la fin du quatorzième siècle, a été commenté par divers grands fouqahâ (El Kharchi, Ed-Dessoûqi,…) et a été traduit, tout ou partie, dans plusieurs langues et tout particulièrement dans celle des pays qui étaient engagés dans la colonisation des territoires d’obédience malékite. Citons les traductions en français par le docteur Perron (de 1848 à 1887), N.Seignette (en 1858 et en 1878) né à Londres en 1834, mort à Alger en 1884 et qui était français et interprète de l’Armée d’Afrique et par E.Fagnan (en 1909), belge naturalisé français, professeur à l’École des lettres d’Alger,… Il faut citer aussi G.-H. Bousquet, ancien professeur de sociologie Nord-Africaine à la Faculté de Droit d’Alger qui a achevé, avant son départ définitif pour la France en 1962, la traduction du Moukhtaçar de Khalîl, publiée en 4 volumes, à Alger et Paris, A. Maisonneuve, de 1956 à 1962, 227, 146, 164 et 112 pages. N’omettons surtout pas de mentionner la version italienne du Moukhtaçar parue en 1919; elle est due aux deux traducteurs Ignazio Guidi et David Santillana dont «la technicité de la langue» a fait que beaucoup estiment leur traduction «inégalable». Quoi qu’il en soit, le texte arabe du Moukhtaçar Khalîl compte de très nombreuses rééditions et commentaires et continue de faire autorité dans l’enseignement du droit musulman en pays malékite ainsi qu’en Algérie. Le professeur Mahfoud Smati, préfacier de la présente réédition bilingue de Moukhtaçar Khalîl, Code musulman, nous fait part de son évidente observation: «Il ne faut peut-être pas oublier l’effort immense fourni par le traducteur N. Seignette. Il a procédé à une totale révision de l’ancienne traduction, corrigé, clarifié les concepts dont le sens est peu clair et surtout la mise en articles de toute cette matière juridique qui rend le texte plus léger, plus aéré à lire; je dirai même qu’on y adhère avec amour.»
Napoléon Seignette précise lui-même dans son Avant-propos (4 pages) comment il a procédé pour donner à l’oeuvre monumentale de Khalîl ibn Is-hâq en langue arabe sa vraie valeur et sa vraie fonction de Code musulman, conforme au rite malékite ce en quoi il est «le statut réel». Il justifie donc le titre qu’il donne à sa traduction. «Le livre de Khalil, écrit-il, est un code [...] c’est-à-dire un Recueil de lois promulguées par une autorité souveraine à laquelle on est tenu d’obéir. [...] Le livre de Khalil est un code dont l’autorité est la plus haute qu’une loi puisse avoir.» Seignette s’en explique avec un franc enthousiasme et en donne des exemples d’application dans les pays musulmans à tendance malékite. Il prévient les questions et y répond quant au «style concis et conventionnel adopté par l’auteur». Sur ce point, sa conclusion est rationnelle: «En résumé, notre opinion sur l’autorité de ce Code est motivée sur ce que le Coran est une loi promulguée, que son interprétation par l’Imam Malek est la seule admise par les Malékites, et que son exposé concis par Khalil en est la formule juridique, sanctionnée par le pouvoir souverain et par un long usage.»
Dans son Introduction (37 pages), le traducteur Seignette donne un aperçu nécessaire et suffisant du contenu du Moukhtaçar de Khalîl, développant les considérations historiques, philosophiques, économiques et juridiques qu’il sous-tend évidemment. C’est un voeu pieux, dirais-je, de Seignette, qui consiste, déjà en 1858 et en 1878, à «seulement, déclare-t-il, aider le lecteur, non encore initié aux choses de l’Orient; à se former une opinion conforme à la vérité sur cette législation.» Voilà une réalité qui n’avait pas trouvé la faveur des gouvernants coloniaux, notamment ceux qui avaient établi le système de peuplement en Algérie et dont le corps expéditionnaire s’est vite converti en armée de conquête puis en armée de pacification brisant une civilisation autochtone au bénéfice d’«une douteuse civilisation de conquérants barbares». Extraits du Moukhtaçar, Seignette traduit et commente bien des points importants d’une vie musulmane malékite; on comprend aujourd’hui pour quel usage: Historique de la conquête musulmane et ses apports religieux ou simplement humanitaires; les conditions essentielles à toutes les activités du croyant; toutes les formes de droit en matière de vie privée, de vie civile et de vie religieuse; d »autres considérations toutes aussi importantes sont à découvrir dans le Moukhtaçar. Le lecteur appréciera la traduction de N. Seignette; elle est alerte, sans dérapage, honnête au possible, soignée par un scrupule de bon aloi. Une notice à la fin de l’ouvrage tend à confirmer la sincérité de Seignette à vouloir faire comprendre le sens du mouvement de la langue arabe et le secret exquis qui semble se lover au coeur même de ce Moukhtaçar sublime et de ce savant impeccable qu’il reste toujours pour l’Islâm et qui se nomme Khalîl ibn Is-hâq el-Djoundî à toute épreuve. De plus, le soin réservé à la maquette, à l’impression et au façonnage font de l’ouvrage Moukhtaçar Khalil, Code musulman, traduit par Napoléon Seignette, un document agréable à lire.

(*) Moukhtaçar Khalîl / Code musulman Texte arabe traduit par N. Seignette, Haut Conseil Islamique, Alger, 2011, 543 pages.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “MOUKHTAÇAR KHALÎL [CODE MUSULMAN] TRADUIT PAR N. SEIGNETTE Repères pour saisir les nuances du fiqh”

  1. LAFI Dit :

    Masha Allah, c’est du bon travail, baraka Allah ficom, c’est comme sa les bons projets qui servent les chercheurs bilingues, et au même temps de faire montrer notre héritage aux autres malgré qu’il est traduit par des orientaliste, qui ont l’initiative pour servir leurs intérêts mais au même temps servir l’humanité en général.
    avec mes sincères salutations et bon courage.
    Dr. Mohamed Fadhel LAFI
    Pr. Université de Taïba – Médina Mounawara
    Dep. études islamiques
    14-12-2012

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