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Entretien avec l’ancien chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali « Le système a commis une grande erreur en interdisant aux militants de l’ex-FIS de revenir sur la scène politique »

31 janvier 2012

Non classé

Comment expliquez-vous les déclarations du ministre de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, concernant l’agrément de votre parti ? Il a précisé que vous n’aviez déposé aucun dossier…

Il s’agit d’un dossier qui comporte deux volets. Le premier est relatif à l’annonce portant sur notre volonté de créer un parti. Il a été déposé en mai 1999. Le nombre des fondateurs était alors de 135 personnes. On nous avait donné à l’époque l’autorisation nécessaire pour tenir notre congrès constitutif, ce qui a été fait, en présence de 1 100 personnes au lieu des 400 exigées alors par la loi. Puis, on a déposé notre dossier pour l’agrément en mai 2000. De hauts fonctionnaires du département ministériel de l’Intérieur nous ont alors assuré que c’était le meilleur dossier qu’ils aient eu à étudier dans l’histoire de la constitution des partis politiques en Algérie. 

Les déclarations d’Ould Kablia sont donc fausses. Ce sont des mensonges.  Son prédécesseur, interrogé par un député du parlement sur la raison pour laquelle notre parti n’avait toujours pas eu d’agrément, avait dit que le dossier était en cours d’étude et qu’il ne voyait aucun problème. Les dossiers et les lettres que j’ai adressées au ministère sont en sa possession. Ils se contentent de dire, dans chaque déclaration à la presse et en réponse aux députés, que le dossier est en cours d’étude. Alors que la loi stipule que deux mois après le dépôt du dossier, le parti est normalement agréé. Quand un autre député a rappelé au ministre ce que la loi prévoyait dans ce genre de cas, il a répondu que les deux mois ne sont pas suffisants. Cela ne se passe qu’en Algérie.


Que comptez-vous faire après les déclarations d’Ould Kablia ? 

On ne déposera pas de nouveau dossier ! Ould Kablia continue de déclarer que nous n’avons rien demandé. L’État a une mauvaise conception des choses. Il n’y a qu’à analyser le vocabulaire qu’ils [les responsables, NDLR] utilisent : « Demander et donner ». Ils oublient que la loi appartient à tout le monde. Les tergiversations du système ne sont que l’expression renouvelée de l’humiliation des gens, du mensonge et de la manipulation des lois. Je condamne ces comportements qui ne sont en fait que la caractéristique d’un État injuste.

Avez-vous l’intention de déposer une plainte contre le ministère l’Intérieur ?

Premièrement, je vous assure qu’on envoie régulièrement des lettres au ministère depuis douze ans. Des lettres auxquelles il n’a jamais répondu. C’est la nature de notre système politique qui s’obstine à refaire les mêmes erreurs. Deuxièmement, ils ignorent le peuple. Ils sont convaincus que ce peuple ne peut marcher qu’avec des ordres. Mais la politique ne peut se faire qu’avec la participation du peuple ! En tenir compte serait une gouvernance de sagesse. Troisièmement, le système travaille comme s’il n’avait de compte à rendre à personne. C’est sa principale erreur. Avec ce genre de conviction, les responsables ne peuvent prendre que de mauvaises décisions. Ce qui conduit aussi à l’accumulation d’erreurs, puis à l’explosion.


Qui est derrière le refus d’agréer votre parti ?

Le système. Peu importe qui le représente. Le système s’appuie sur des choses en contradiction avec les besoins de la société. Celui qui gouverne doit impérativement respecter le peuple et les lois. Il doit aussi respecter le principe de la responsabilité. Or, le système algérien se comporte comme un dieu. Il n’y a en effet que Dieu qui demande des comptes sans être obligé d’en rendre. Par exemple, le ministre de l’Intérieur n’a pas utilisé le ton d’un homme d’État. Il dit : « ils n’ont pas demandé, donc je ne donne pas ». Le citoyen n’est pas un mendiant. Le gouverneur et le gouverné sont liés par une relation qui permet de régler les problèmes à travers la loi.

Pensez-vous que vous constituez un danger et que c’est pour cette raison que le pouvoir refuse d’agréer votre parti ?

Le danger vient des voleurs et des criminels et de ceux qui utilisent la violence. Je me demande pourquoi on punit 10 000 militants qui voudraient bien se réunir dans un parti. Je ne constitue pas un danger par rapport à eux. C’est plutôt un comportement qui résulte du fait que le système croit que celui qui n’est pas avec lui est forcément contre lui. Le gouverneur empreint de sagesse est celui qui ne voit pas dans le point de vue de l’autre une hostilité. Mais nos dirigeants regardent la société algérienne, civile ou militaire, comme étant du bétail qui ne marche qu’avec des ordres. Moi, je dis que l’Algérien a un cerveau et que si vous avez perdu le vôtre, l’Algérien ne l’a pas perdu.

Vous avez décidé de ne pas participer aux élections législatives et avez déclaré que des quotas ont été distribués. À qui donc reviendra la majorité, selon vous ?

On a décidé de ne pas participer aux élections législatives pour ne pas participer à un faux témoignage. Pour ce qui est des quotas, ils ont été distribués aux partis qui se sont agenouillés devant le système.

Pensez-vous que les partis islamistes auront la majorité, à l’image de ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte et au Maroc ?

Premièrement, il faut se demander qui sont ces partis islamistes. Toutes les formations actuelles sont des instruments entre les mains du système. Les islamistes sont déjà au pouvoir maintenant. En fait, il y a une distribution des rôles. Abstraction faite de deux ou trois partis, tous les autres sont des instruments que le système manipule à sa guise. Certains jouent le rôle du nationaliste, d’autres celui du démocrate, de l’islamiste ou encore du trotskiste. Ils ne proposent pas de solutions aux problèmes auxquels est confronté le peuple. Je défie qui que ce soit de montrer un programme meilleur que celui du Front démocratique. Nous n’avons pas fondé un parti pour nous positionner d’emblée dans l’opposition, mais pour proposer un programme ambitieux.

Pensez-vous que les récentes réformes initiées par le gouvernement en soient de véritables ?

Non, je l’ai dit depuis le début. Prenons par exemple le problème du chômage ou celui de la corruption. Ne sont-ils pas le résultat de la faiblesse des mécanismes de lutte prévus par la Constitution ?

Le président a déclaré qu’il allait ouvrir le champ politique et c’est pour cela qu’il voulait modifier la loi sur les partis politique. Mais dans la réalité, l’ouverture politique a été opérée dans le cadre de la Constitution de 1989. Quand on est conscient que les lois existent et qu’elles n’ont pas été respectées, on ne laisse aucune crédibilité aux réformes qu’on annonce. Les partis qui déposent des dossiers font ce qu’on a déjà fait en 1989. Qu’est-ce qui leur garantit aujourd’hui qu’il ne leur arrivera pas ce qui s’est passé avec nous au début des années 1990 ?

Selon vous, ces partis risquent-ils de vivre le scénario du début des années 1990 ?

L’utilisation du terme « réformes » me rappelle un passage du Coran : « Et quand on leur dit : ne semez pas la corruption sur terre, ils disent : au contraire nous ne sommes que des réformateurs ». Quand on leur parle de corruption, ils nous parlent de réformes. C’est ce qui s’est passé dans notre pays depuis vingt ans.

De nombreuses manifestations ont éclaté dans tout le pays au cours de l’année écoulée et en ce début 2012. Croyez-vous que le pays se dirige vers une explosion ou une révolution ?

En réponse à ces manifestations, le système s’appuie sur une politique de colmatage continu. Mais son obstination dans le refus d’un changement ne fait que rapprocher l’échéance de cette explosion. Et cette explosion ne se produira pas forcément au sein de la société mais pourrait se produire aussi au sein du système, ce dernier refusant de voir la réalité en face. Il faut diagnostiquer les maux puis leur trouver des remèdes.


Qu’entendez-vous par « une explosion » qui pourrait se produire au sein du système ?

Le système qui s’implique de cette manière dans la corruption ou le non-respect des lois n’est pas conscient que cette corruption pourrait l’atteindre frontalement et qu’elle pourrait produire des intérêts antagonistes, puis l’explosion. Nous avons la possibilité de choisir la façon avec laquelle on ira vers le changement, qui passe par des réformes sérieuses. Ce que je crains, c’est que le système nous expose et s’expose lui-même à un changement anarchique qui peut venir de l’intérieur du système ou de l’extérieur.


Pensez-vous que le système ait jusqu’à présent réussi à maintenir le statu quo grâce  à l’augmentation des prix du pétrole et donc à l’aisance financière du pays ?

Les gouvernements qui se sont succédé avaient tous exposé leurs programmes. Le gouvernement actuel dit qu’il concrétise le programme du président. L’inexistence d’un projet nous a obligés à nous appuyer sur le pétrole. Or, c’est une fortune qui n’a pas été produite par la société, et qui n’est donc pas éternelle. Cela constitue un danger qui menace cette société. Au début des années 1980, on a vécu une période similaire à celle-ci. Le prix du pétrole a augmenté, donc il y a eu une augmentation des revenus. On est arrivé par la suite à la faillite à la fin des années 1980 après la baisse des prix du pétrole. On a été obligé d’acheter le blé via des prêts et des crédits qui sont allés jusqu’à 70 %. C’est ce qui a provoqué les événements d’octobre. Le scénario pourrait très bien se reproduire mais ce sera pire cette fois-ci avec le développement de la démographie et l’accumulation des problèmes. L’augmentation des salaires, aujourd’hui possible grâce à l’aisance financière du pays et la baisse des prix des produits de consommation, entrent dans le cadre de la politique de colmatage.

Soutenez-vous le retour des cadres de l’ex-FIS, exclus par la nouvelle loi sur les partis politiques ?

Je pense que le système a commis une grande erreur en interdisant aux militants de l’ex-FIS de revenir sur la scène politique. La majorité des militants du FIS ne sont pas impliqués dans des actes de violence et n’ont pas été condamnés. De quel droit leur interdit-on donc de faire de la politique ? Surtout qu’ils assurent avoir joué le jeu de la réconciliation nationale. Il faut que tout le monde s’implique dans la politique.

Certains ministres et responsables ont été accusés directement de corruption, à l’image de Chakib Khelil. Mais ils n’ont pas été jugés. Qu’en pensez-vous ?

Les exemples que vous venez de citer démontrent simplement l’irresponsabilité du système. Quand un responsable est à la tête d’un secteur précis pendant dix ans et assure qu’il ne savait rien de la corruption et que l’information lui est parvenue à travers la presse, cela démontre que les responsables ne le sont pas vraiment. Ils sont convaincus qu’ils n’ont de comptes à rendre à personne. Le président, par exemple, a dit qu’on a échoué après dix ans de gouvernance mais dit aussi qu’il n’accuse personne.


Des cadres de l’ex-FIS ont entrepris quelques actions pour que soit jugé le général à la retraite Khaled Nezzar. Que pensez-vous de cette action ? 

Je ne connais pas la réalité de ces actions. Est-ce qu’elles sont sincères ou s’agit-il de simples manœuvres politiques ? Je ne saurais dire ce qu’il y a derrière…


Êtes-vous prêt à être jugé puisque vous avez fait partie du gouvernement à l’époque ? 

Je suis prêt à être jugé dans mon pays et non en Suisse ou dans un autre pays. Je pense c’est une rumeur qui vient du système pour qu’il puisse s’innocenter et coller ses erreurs aux responsables de cette époque. Ces actions ne permettent pas de trouver une solution aux problèmes. C’est une fuite en avant. La situation actuelle est le produit d’un système politique qui est aux commandes depuis vingt ans. S’il y a besoin de remettre en cause l’arrêt du processus électoral, il faut aussi étudier toutes les raisons qui étaient à l’origine de cette prise de décision.  La raison principale est que le système tenait au pouvoir et a abandonné ses responsabilités et les problèmes des gens.

Quand j’ai présenté mon programme en tant que chef du gouvernement à l’époque, j’ai dit que le problème que nous vivions était dû au fait que les gouvernements qui se sont  succédé, dont le mien, n’ont pas eu le consentement du peuple. Le gouverneur qui n’a pas le consentement du peuple se retrouve handicapé dès le début. Et je pense que le FIS n’est pas la seule force, ni la première, qui a utilisé la violence. Le peuple était entre le marteau et l’enclume, entre un système qui tenait à rester au pouvoir et a négligé les problèmes du peuple. Le FIS a profité de la situation pour arriver au pouvoir. Tous les gouvernements et les institutions qui se sont succédé ne sont pas arrivés au pouvoir grâce au peuple mais ils se sont imposés comme Boumediene. Mais Boumediene s’est attelé à travailler pour l’Algérie et le peuple.

29/01/2012 à 13:59 |

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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