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La colombe et la baraque par El Yazid Dib

24 janvier 2012

Chroniques

Il est de ces walis grands rêveurs dans l’action. Ils font du rêve un projet de société. Comme des ménestrels numériques, le jour demeure insuffisamment vaste pour contenir les éléments fondamentaux de leurs rêveries solitaires. 

Le rêve n’est pas une utopie, ni l’espérance une illusion. Pourvu qu’il y ait cette fermeté déterminante de pouvoir, vaille que vaille, y arriver, le rêve finira un jour de 2030 par être vivable par nos enfants, voire nos petits-enfants; c’est ce que semblait déclarer en filigrane un wali en poste, il y a deux années, dans une wilaya où «le projet de la colombe » allait défier l’horizon millénaire. Projet d’une ville futuriste, il portait l’idée fœtale pour harmoniser la mobilité citadine dans un envers de décors astucieux. Le virtuel émasculait la boue et rapetissait le flâneur par-devant les buildings dits IGH (immeubles à grande hauteur). Là, le climat changeait au gré des étages. La supériorité reste astreinte sous des minutes ou bien au vertige que cause le panorama des ascenseurs et autres transports par câblerie. 

La vie allait se vivre à un bonheur horizontal. Le rêve s’est vite estompé au sursaut d’un mouvement dans le corps des walis. Il sera remis dans un linceul documentaire pour aller garnir les étagères poussiéreuses d’une agence foncière en quête encore de promoteur de rêves. Le même wali rêveur poursuivra ses actions ailleurs non sans se déchanter. Dans un empire perdu dans une cité flagellée, là où Massinissa fondait le LSP sous des toits ardoisés, les gens ont toujours, au fil des siècles et des gouverneurs, gardé le vœu impérissable de conquérir un toit, une maisonnette, une chaumière ou un abri. La foule dense et épaisse ne pouvait accéder au rêve du régisseur républicain de l’époque. Il n’avait pas de rêve, il avait des yeux de phares utilisés pour voir défiler les jours et les semaines. 

Lorsque le wali rêveur arriva, la ville est chromatique. Pâteuse et imbriquée, elle offre la sensation nauséabonde d’un grand baraquement à ciel ouvert. L’injection des programmes, des sous, du béton et du mortier n’arrivait point à faire refréner la huée vers l’élévation zincale et oxydable. L’espace urbain s’est écrasé sous la tôle pour donner une forme immense de dépotoir de déchets ferreux et non ferreux. Action contre action, plan suivi de plan, le rôle éradicateur de cet habitat précaire reste gigantesque. La solution radicale requiert un milliard de tonnes de temps. Heureusement que le rêve se substitue parfois à l’impossible. Il se hisse maintenant dans la tête du wali et s’adapte aux contours d’une réalité rabougrie, pour se contenir dans l’anatomie d’un rêve passif. Voir et assister au démantèlement de la dernière baraque. 

La mélancolie de la ville n’affaiblira pas l’ardeur du rêveur. Il tient à dompter le sommeil des uns et recruter la magnanimité des autres. Rêver ensemble est acte de démocratie collective. L’indépendance algérienne ne se contenait-elle pas à l’origine dans les plis soyeux d’un rêve si sûr que seule la lutte armée et amère en procura les instruments de la faisabilité, de l’accomplissement et enfin du recouvrement ? Et dire qu’il y avait aussi beaucoup d’incrédules. Entre miracle et rêve, le mirage est vite levé. Car le rêve ne se pratique pas uniquement dans la noirceur de la nuit ou en ayant les paupières inter-couchées. Il est de ces rêves de jour. De la colombe à la baraque, la réalité est une vérité de bon rêve. 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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