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Littérature. Le dernier roman de Philip Roth Actes d’écriture

13 janvier 2012

LITTERATURE


le 17.12.11 | 01h00

 Les scènes de théâtre sont faites de bois, comme les feuilles de roman…

Philip Roth est un auteur américain de premier plan dont la régularité étonne. Chaque rentrée littéraire nous apporte une de ses fresques dont le succès ne se démonte pas. Il a  obtenu des dizaines de prix prestigieux dont notamment le National Book Award et le National Book Critics Circle Award. Dans son nouveau roman, intitulé «Le Rabaissement», on retrouve les thèmes qui lui sont chers depuis plusieurs années comme la solitude, la mort et le vieillissement. Mais tout cela est traité avec une main de maître et une manière de mener l’intrigue particulièrement captivante.

«Le Rabaissement» se déroule dans l’univers du théâtre et il emprunte même à cet art sa charpente en se divisant en trois parties, comme les actes d’une pièce. Ce roman rappelle «Paradoxe sur le comédien» de Denis Diderot. La comparaison peut s’arrêter ici, mais en suivant Simon Axler, le personnage central, il apparaît que l’on n’est pas loin de ce paradoxe dont parlait Diderot, c’est à dire le fait que le comédien doit pouvoir exprimer des émotions qu’il ne ressent pas. Ainsi, dès l’incipit, on découvre que Simon Axler, grand acteur de théâtre ayant joué et triomphé sur les plus grandes scènes du monde, est incapable d’incarner le moindre rôle ou de transmettre aux spectateurs la moindre émotion.

Il a perdu son jeu subitement sans que personne ne sache comment et pourquoi. La preuve est donnée par ses dernières prestations qui furent des échecs retentissants et qu’il résume ainsi : «Je suis arrivé à dire cette phrase-là, ouf, cette phrase là je l’ai dite. J’essayais de me dire: “c’était moins mauvais qu’hier soir” alors qu’en fait c’était pire. Tout ce que je faisais était braillard. J’entendais ce ton affreux dans ma voix, et pourtant rien ne pouvait m’empêcher de me planter. Atroce. Atroce. Je n’ai pas donné une seule bonne représentation, pas une».

Son imprésario essaye de le consoler en lui assurant que personne n’est sorti indemne de l’interprétation du «Macbeth» de Shakespeare, cette pièce bizarre qui se passe au Moyen-âge et où le roi oublie de lever l’impôt chez ses sujets, n’est pas faite pour arranger les acteurs modernes. Fort de cette argumentation que l’on peut trouver dans n’importe quel manuel traitant du théâtre classique, il lui propose de remonter sur les planches rapidement avec un coach pour que ses doutes disparaissent et que son talent revienne. N’en croyant pas un mot, le comédien choisit d’oublier ses déboires dramaturgiques et conjugaux en allant se requinquer dans une maison de repos éloignée de New York qui fait de l’art-thérapie. Une sorte de centre où se retrouvent des stars et des gens très riches sujet à des problèmes existentiels.

Dans cette structure, il passe son temps à écouter les histoires des autres pour se défaire de la hantise de l’échec qui l’habite depuis quelques temps. Vite, il va s’attacher à une jeune femme, Sybil Van Buren, qui le trouve sympathique et veut partager certains de ses secrets avec lui. Autour d’un dîner convivial, il comprendra comment une jeune femme apparemment sans problèmes est arrivée au suicide. Elle va rapidement l’édifier en lui racontant sa tragédie où se mêlent l’inceste, la cruauté et la trahison, en un mot toute une thématique chère au théâtre depuis l’Antiquité.

En effet, Sybil qui était mariée à un riche médecin, a découvert qu’elle vivait avec un monstre. Un jour, de retour du supermarché sans avertir quiconque car ayant oublié de prendre son portefeuille, elle surprend, dans le salon de leur grande villa, son mari commettant des actes répréhensibles sur sa petite fille de huit ans, issue d’un premier mariage. Devant ce spectacle d’une grande horreur, elle perd toute consistance et sent le monde s’écrouler autour d’elle, tandis que son mari, avec une décontraction nonchalante, lui dit qu’il était en train d’examiner les boutons qui démangeaient la petite. Ne croyant pas un mot de cet effronté mensonge, elle a le courage de repartir avant de s’effondrer au retour en tentant de mettre fin à ses jours.

A partir de ce moment, le comédien relativise sa souffrance. Comparativement à ce qu’il venait d’entendre, son drame est bénin. Sa convalescence se fera dans sa maison de campagne où il verra débarquer Pegeen, une jeune universitaire dont les parents sont des amis d’ancienne date. Dans une sorte d’huis-clos bergmanien, elle va lui redonner espoir en l’aimant. Il trouvera dans la jouvence de Pegeen l’antidote à tous ses doutes et un espoir de plus en plus présent de remonter sur les planches. D’ailleurs, il se préparer à jouer «Long voyage vers la nuit» de Eugène O’Neill, écrite en 1941. Il soit assurer le rôle principal et incarner le personnage de James Tyrone qui lui ressemble à s’y méprendre car il est vieux et au crépuscule de sa carrière d’acteur.

Dans cette harmonie retrouvée, Louise, l’ancienne amie de Pegeen, tente de perturber leur sérénité par ses incursions inopportunes dans leur vie. Mais cet amour entre Simon Axler et Pegeen ne va pas résister longtemps aux différents assauts extérieurs malgré le projet d’avoir un enfant. La différence d’âge va être fatale au couple atypique. La déception va le démobiliser et lui ôter toute envie de continuer à exister.

L’acte final est digne des grandes tragédies et le lecteur féru de théâtre classique pourra aisément imaginer la scène finale. Dans ce roman qui réfléchit sur le théâtre, Philip Roth a réussi à créer une proximité générique heureuse entre les arts du théâtre et ceux du roman avec une écriture et un style qui sont sa marque d’excellence.
Slimane Aït Sidhoum

Philip Roth, «Le Rabaissement», Ed. Gallimard, Paris, 2011.       

© El Watan

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “Littérature. Le dernier roman de Philip Roth Actes d’écriture”

  1. alexisbrunet Dit :

    Bonjour.

    Merci pour cette présentation de cet ouvrage.
    Pour ma part j’ai lu « Un homme », « Portnoy et son complexe », et « La Contrevie ». Et j’ai surtout aimé le dernier.
    J’irai jeter un coup d’oeil à celui-ci pour voir ce qu’il vaut.
    Et je repasserai jeter un coup d’oeil à votre blog à l’occasion, également.

    Bien à vous,

    Alexis.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Merci pour votre visite

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