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DANS L’ANTRE DU COLONIALISME, DE KAMEL BERKANE Un «policier musulman» raconte

5 janvier 2012

1.LECTURE

 En librairie

Dans ce livre court et sans prétention, mais à valeur de témoignage, Kamel Berkane nous donne à lire une intéressante biographie historique sur la vie d’un moussebel.
L’ouvrage apporte un certain éclairage sur la résistance menée dans l’ombre, notamment par les militants qui étaient dans la gueule du loup durant les années de feu. En l’occurrence, Kamel Berkane se trouvait, lui, dans «l’antre» du colonialisme. Il était un «indigène» dans la police ou, si on préfère, un «policier musulman». En plus, il exerçait à Batna et Khenchela, une région qui s’était distinguée par une adhésion populaire décisive au combat libérateur. L’intérêt de son livre c’est justement de quitter les rivages connus des récits traditionnels (où les actes héroïques et de bravoure sont tellement ressassés) pour aborder une terre souvent méconnue, voire ignorée des Algériens : l’engagement à la cause nationale par ceux-là mêmes qui étaient censés travailler aux côtés de l’ennemi. Il ne s’agit pas, ici, de porter une nouvelle mémoire de la guerre, mais, tout simplement, de rapporter des choses qui n’ont pas été dites. Surtout, se donner la parole loin de toute entrave idéologique et de contraintes de pouvoir. En cela, le récit de Kamel Berkane n’est pas une nouvelle écriture de l’histoire, pourrait s’inscrire plutôt dans le corpus des valeurs universelles. La personnalité humaine (celle de l’auteur) est bien là, essentiellement comme témoin, parfois aussi comme acteur durant les événements qui se succèdent (mais alors, il a un rôle fort modeste, disant les choses avec pudeur et retenue). Résultat, un livre pédagogique, un outil de réflexion qui s’en tient à l’observation stricte des faits, loin de la diatribe et des images oratoires qui nourrissent la vision manichéenne de l’écriture de l’histoire. Le natif de Khenchela raconte les affres du colonialisme subis par sa famille, surtout comment lui a pu réussir, par sa seule volonté et son courage, à se faire une petite place sociale. Kamel Berkane souligne dans son préambule : «Mon autobiographie porte sur l’enfance, l’adolescence, la jeunesse et, enfin, sur mon activité en tant qu’homme de l’époque. Celle-ci est définie par l’appel sous les drapeaux français et, ensuite, l’occupation de la fonction de policier, après concours et stages en France. La vie sera jalonnée par des événements de la guerre d’Algérie de façon générale, et de faits précis sur cette guerre, qui s’étaient produits à Batna et à Khenchela, lieux précurseurs de la Révolution du 1er Novembre 1954. Batna surtout, appelée Batna la rebelle, avait connu la torture, les disparitions qui ne sont pas toujours rapportées par les historiens. Les policiers algériens de cette ville, eux aussi, avaient subi la torture de leurs propres collègues français.» Tout est dit dans ce préambule, le reste du livre étant un témoignage précieux sur ce que fut «l’antre du colonialisme », avec moult détails pimentés d’anecdotes savoureuses ou de faits cruels et tragiques. Ces chroniques qui couvrent la période 1938-1962 sont une agréable narration, car écrites dans un style simple et direct parfois teinté d’humour. Au cours de toutes ses années de service comme sous-officier dans la police, pendant que la guerre faisait rage, Kamel Berkane nous décrit ce véritable travail de fourmi effectué au quotidien, à l’intérieur même de la machine coloniale. Il avait fait sien le proverbe arabe : «Si le moment t’est défavorable, danse devant le singe s’il a le pouvoir.» Il fallait ruser et user de stratagèmes pour sauver des vies, fournir des renseignements, des médicaments aux maquisards… Le livre nous renseigne utilement sur ce combat de l’ombre si vital à la réussite de la guerre d’indépendance. A ce titre, d’autres témoignages dans cette veine, c’est-à-dire de militants qui ont appartenu à l’OCFLN (Organisation civile du Front de libération nationale), mériteraient de voir le jour. De tels ouvrages aideront les historiens à mieux faire la lumière sur le passé proche de l’Algérie et que l’historiographie officielle continue de maquiller. Mais l’émergence de ces nouveaux témoignages devrait être encouragée par une réelle prise en charge éditoriale, par des professionnels. Le cas de Kamel Berkane, animé de sa seule conscience et de sa bonne volonté pour écrire ce livre, renvoie malheureusement à la bien triste réalité actuelle.
Hocine T. Kamel Berkane, Dans l’antre du colonialisme. Chroniques algériennes1938-1962, année 2011, 154 pages


À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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