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… PORTRAIT… Mohamed Seghir Babès Par : Hamid GRINE

19 décembre 2011

Contributions

Dimanche, 20 Novembre 2011 

Il a fait le tour de l’Algérie, la joue appuyée sur la main, écoutant les uns et les autres, avec la même moue d’ennui qu’un potache mis au piquet. De temps en temps, on voit son visage s’éclairer. Sûr que ce n’est pas tel intervenant dont le cri de colère ou de désespoir est le même que le précédent qui l’a sorti de sa torpeur, mais une pensée, mais un souvenir, mais une anecdote. Il est ici et sa tête est ailleurs ? Comme un harraga. Et à sa manière, toute feutrée, il est aussi un harraga. De l’esprit. Avec cette nuance. Lui ne pense pas quitter l’Algérie, mais ces innombrables salles pleines de sueur, de vociférations, de doléances et toujours de désespoirs. Les sceptiques se sont dit : “Perte de temps que toutes ces séances de mesmérisme où il ne manque que quelques hystériques que Babès, en grand ordonnateur de ces messes, guérira par le magnétisme de sa voix douce et onctueuse, comme celle d’un cardinal qui a longtemps fréquenté les allées du pouvoir.” Vraiment vaines ces séances où la parole se libère ? On ne croit pas. Toute psychothérapie de groupe est bonne. Même si on ne sait pas sur quoi elle va déboucher. Elle fait lever l’espoir, elle comble quelques attentes, ce qui n’est déjà pas si mal. Et puis, et puis quoi ? On verra. Mais si on se fie à Babès, on a tout compris. Voyons voir. Son regard sceptique et blasé est celui de l’intellectuel brillant qui a tout vu, tout compris, mais fait comme si de rien n’était. Bien sûr qu’il organise ces grandes messes, en commis froid et lucide, mais n’attendez rien d’autre de lui. Y croit-il, n’y croit-il pas ? On le croit trop averti pour y croire tout à fait. Les gens comme lui n’y croient qu’à moitié. L’autre est toujours en réserve. Comme tous les intellectuels qui s’enrhument au moindre coup de froid, il est pour la confrontation des idées et les débats policés. Les manifestations, les contestations bruyantes, les occupations de place ? Ce n’est pas son genre. Préfère-t-il une injustice à un désordre ? Possible. Il est sans doute de ceux qui croient que la stabilité du pays est encore fragile. Et que le moindre trouble pourrait troubler cet équilibre. Conservateur le président du Cnes ? Du tout. Prudent, oui prudent. Ce n’est pas à 68 ans que son sang va bouillir d’un coup pour l’entraîner sur les chemins de traverse. La passion ? Oui, mais accueilli avec froideur et distance. Même si sa houppe grise et sa dégaine d’artiste avec, en sus, un regard qui sait être égrillard disent assez que le séducteur n’est pas mort en lui. Il est même très présent quand il veut convaincre son interlocuteur qu’il enrobe de son éloquence cicéronienne. On disait donc qu’il n’était pas un réac. Il est pour le changement, alors va pour un changement de velours, à pas de loups, faits par les loups eux-mêmes, ce qui est en soi un vrai paradoxe qui contredit les lois de la nature. Est-ce possible ? Ceux qui connaissent les loups pensent que non. On n’a pas encore vu un loup se réformer au point d’abandonner la chasse délicieuse des troupeaux de chair fraîche. Peut-être que Mohamed Seghir Babès, qui a pratiqué toutes sortes d’hommes de pouvoir, a rencontré cette sorte de loups gentils au point de se faire hara-kiri pour réformer le système. Le connaissant intègre et probe, on le croira même si on pensera que sa vision est idéaliste et digne d’un film indien où un serpent se transforme en prince charmant. Oui, il faut le croire sinon en qui croirait-on ? Il faut le croire quand il nous dit que, de toutes ces paroles libérées, on créerait un nouveau modèle de gouvernance. La question est la suivante au profit de qui ? De ceux qui parlent ou de ceux qui écoutent ? La psychologie affirme que la parole est un exutoire juste bon à conjurer l’action… Babès n’est pas d’accord. Et il a raison. Chaque vérité a un pied dans le camp d’en face, a dit le philosophe. Et la philosophie nous permet de comprendre le stoïcisme des Algériens… 
H. G.
hagrine@gmail.com

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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