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LES MIROIRS AUX ALOUETTES DE BADR’EDDINE MILI Redonner à l’Histoire son exacte histoire

23 novembre 2011

1.LECTURE

Mercredi 23 Novembre 2011

Par Kaddour M’HAMSADJI

Redonner à l'Histoire son exacte histoire

Quand l’histoire est présente, il n’y a rien à inventer, ni à penser à côté.

J’ai toujours pensé que les illusions éteignent les étoiles de rêve. Avec Les Miroirs aux Alouettes (*) de Badr’Eddine Mili, j’en retrouve quelques-unes très éclairantes par leur «réalisme magique», et d’autant que je ne suis pas indifférent aux Cent ans de solitude du Colombien Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature 1982. L’écriture appliquée, l’univers fictionnel de Badr’Eddine Mili et sans doute l’enthousiasme littéraire que l’on peut déceler dans ce roman, fondent l’argument d’une création souveraine. Ailleurs, ce serait du «réalisme au naturel» comme «légumes garnissant le plat du soir», chez nous; par le temps qui court, c’est bel et bien un exercice d’essai personnel de pratiquer «la liberté d’expression». Le choix de l’auteur me paraît clair: dans un lieu perceptible, un contexte historique prouvé, une société définie, il transcende le vécu de son jeune personnage émerveillé par l’avènement d’une Algérie indépendante, en donnant du sens au récit général et, tout spécialement, de l’étoffe aux personnages antagonistes. J’y vois là une audace d’écrivain algérien qui, fort de sa déjà longue expérience dans la pratique de l’audiovisuel, entreprend d’introduire dans son oeuvre un concept où prédomine le fantastique national tous azimuts.
De quoi est-il question? Des souvenirs égrenés dans le chapelet de l’histoire de l’Algérie des années 1960-1970 par le jeune Stopha, venu de Constantine, sa ville natale, étudier à Alger, la ville encore traumatisée par la crise politique et sanglante de l’été 1962. Mais en extérieur, elle est en fête, comme toutes les villes du territoire national; il faut reconstruire le pays. Rappelons l’excellent ouvrage
La Brèche et le Rempart du même auteur racontant un pan de l’histoire de la prestigieuse ville de Constantine et dont le personnage de l’enfant Stopha nous avait enchantés. Une ère nouvelle s’ouvrait pour ce jeune homme: l’indépendance du pays lui permettait de tout espérer d’une vie libre et algérienne. Tout pouvait être créé, inventé, désormais. Tout comme Stopha, nous espérions des réponses apaisantes dans une Algérie renaissante…
Aussi, à peine est-il arrivé dans la capitale libérée que Stopha se sent toujours déterminé «à aller jusqu’au bout de ses rêves d’enfant ivre d’horizons vierges.» Cependant, il ne peut réprimer cette réflexion, à par soi, qui pose la pierre importante de l’édifice de l’histoire qu’il habitera. En effet, «Pour l’instant, dit le narrateur, il ne savait pas exactement si le monde dans lequel il faisait ses premiers pas, allait vraiment être, comme le laissaient entendre les promesses des lendemains postcoloniaux, un monde de liberté, sans maître, ni esclave´´, ou celui de l’imposture et de la confiscation dans lequel il se fourvoierait, sans repères ni balises, ainsi que le prédisaient les pessimistes, déçus par la tournure prise par les événements après le coup de force contre les légalistes et les combats fratricides de l’été 62.» Stopha se donne du courage contre la solitude que lui avait prédite sa mère Zouaki: «À Alger tu seras comme un étranger dans ton propre pays.» Et alors? «Puisqu’il irait, régulièrement chez sa tante à Bachdjarah, afin de se retremper dans l’ambiance familiale»!
Le jeune homme ne sait pas qu’en ce moment-là, il commence à vivre une histoire fantastique, au réalisme fertile en éléments irrationnels; elle lui fera connaître des fulgurances inouïes, et parfois même, faut-il le dire, quelques poètes illusionnistes. Il sera tout le temps sous l’empire d’une double fascination – l’histoire et la politique du pays nouveau à l’ère des deux premiers présidents de la République – et qui, de fait, n’est qu’une seule et même chose. C’est aussi deux parties parfaitement équilibrées: Au pays du Frère Militant (huit chapitres) et Voyage dans les Miroirs du Grand Frère (huit chapitres) et ces deux parties constituent en quelque sorte un piège, tel formé de morceaux de miroir dont les reflets brillants étourdissent la victime (généralement l’alouette dans les champs) qui est aussitôt capturée au filet ou abattue au fusil.
Le destin de Stopha est donc scellé. Alors, les rêves et les désillusions se succèdent par alternance. Il entre dans le mouvement politique dirigé par le Parti du Frère Militant; il est «militant d’avant-garde», fréquente les «stars de l’idéologie». Il est dans le courant fougueux de la politique dominante et pourtant il s’attriste de certaines situations sociales de ses proches, par exemple ceux de Bachdjarah… Mais bientôt le Grand Frère arrive au pouvoir.
La vie politico-sociale prend une voie nouvelle dans les domaines essentiels de la reconstruction nationale. Stopha a un goût effréné pour servir son pays, mais ses missions officielles et ses voyages à l’étranger lui apprennent beaucoup sur le fond de ce qu’il croyait être les vraies valeurs. Son observation devient critique, son esprit s’aiguise; il agit par l’humour, par l’effet de la litote et de l’allusion,… autant de procédés dignes de quelques authentiques penseurs de la nouvelle génération qui ont choisi de dire et d’expliquer le vrai et le faux du système de gouvernance algérien.
Mais, parvenu au gué du cours de l’Aventure, Stopha se suffira-t-il de son «trop plein de lucidité» pour remuer Sirhan, le seul être qui comprendrait ce qu’est «la pression des échecs» et combien est terrible «la bêtise humaine»? Après une longue analyse critique du passé révolutionnaire à travers le monde, il reste encore, nous dit Stopha, cet espoir têtu, radical: «Nous devons revoir notre copie, nous regarder en face et faire notre autocritique, sans complaisance. Un autre monde est en train d’émerger, avec une autre configuration, une autre identité et d’autres repères. Travaillons à nous y adapter en nationalistes progressistes et démocrates convaincus. Il y va de notre survie.»
Des mois sont passés, Sirhan est toujours silencieux. Par contre, Stopha «se rappelle qu’il ne faut jamais insulter l’avenir»… Le combat de l’honneur continue…
Il est bon de signaler que des notes de fin dans l’ouvrage apportent des informations suffisantes sur les noms des personnages et des lieux, ainsi que sur quelques mots ou expressions se trouvant dans le corps du texte… Dar-Errih et Aouinet-El-Foul sont, en fin de compte, «rêve après rêve» bel et bien «l’éternité» aussi de notre histoire… À quand «Le Jardin des Hespérides» de Zouaki, la Mère des mères de nationalistes?

(*) Les Miroirs aux Alouettes de Badr’Eddine Mili, Chihab éditions, Alger, 2011, 227 pages.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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