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L’EXIL FÉCOND DE KAMEL BOUCHAMA Dialogue avec ma Mouche…

20 novembre 2011

Non classé

Mercredi 16 Novembre 2011

Par Kaddour M’HAMSADJI

Dialogue avec ma Mouche...

sous l’extase d’une Algérie libre et indépendante, de nombreuses espèces d’animaux pullulent dans la forêt profonde et frissonnante.

Voici donc que la fable, de même qu’en d’autres temps, devient dans le livre L’Exil fécond (*) de Kamel Bouchama, nécessairement une esthétique littéraire spécifique, faits et gestes, parole et réflexion, afin que «la réalité vécue» transparaisse dans sa toute vraisemblance. Il faut que je recommande encore à mes lecteurs de lire la préface des livres. Car elle est souvent (je dis simplement «souvent») ingénieuse; et ici celle de Bouchama est assez spirituelle pour nous révéler, sans doute à son corps défendant, l’intimité de l’auteur qui prévient: «J’ai choisi cette forme d’écriture, celle du conteur de la Perse radieuse, Ibn El Mûqafaâ, pour dénoncer un monde fait d’hypocrisie, de corruption, de népotisme et de déception…, un monde dans lequel nous avons perdu notre capacité à donner un sens à notre vie…. Je l’ai choisie à dessein pour heurter les opinions convenues et leur faire admettre qu’il est temps de changer de système et de gouvernance, pour être au diapason de la civilisation moderne universelle.»
C’est courageux; la pensée est juste, mais une question se pose en conséquence de ce qui se passe autour de nous, ici et dans le monde, – qu’est-ce que «la civilisation moderne universelle»? Cela tire l’oeil et la lèvre inférieure, en même temps, forts signes de doute.
Quoi qu’il en soit, délicat et scrupuleux, Bouchama indique ses sources d’inspiration, ses devanciers, pêle-mêle, et mêlant les genres. La Fontaine ne lui a certes pas échappé, ni Buffon, ni l’ancien des anciens le Brahmane Bidpay, ni Stendhal, ni probablement le célébrissime El Djâhidh, auteur de Kitâb el hayawân, Le livre des animaux, dans lequel il a abordé des domaines importants de la vie des espèces animales, notamment celle des insectes (les mouches et les moustiques), expliquant par des anecdotes leurs comportements.
Aussi, cet essai (plus qu’un roman et, peut-être, plus qu’une histoire personnelle vécue) est le fruit d’une impeccable imagination, débordante et morbide, reproduisant une vie d’animaux dans une jungle totale. C’est clair «Les animaux de notre jungle, écrit l’auteur, sont les humains prédateurs». La diatribe est édulcorée par le caractère franc et le fort sentiment de déception exprimés, par le style, la verve et surtout par la volonté de l’auteur de ne nuire à qui que ce soit, puisqu’il affirme s’exprimer «d’une manière allégorique, en substituant des animaux aux êtres humains. [...] Je reconstruis l’espace-temps de mon pays tourmenté par une dégénérescence profonde à travers le voyage d’une mouche…, avec laquelle j’ai voulu partager notre quotidien qui, souvent, est triste, affligeant, douloureux. [...] Cette mouche qui est l’héroïne de mon roman, revient dans sa jungle et c’est là la moralité et la raison du titre L’Exil fécond. Pourquoi fécond, tout simplement parce qu’elle a eu le temps d’apprendre et de profiter des circonstances favorables qu’elle a su saisir pour s’imprégner des réflexes qui n’existent pas dans la jungle. De là a surgi ce déclic du retour chez elle pour venir participer au développement de sa jungle, tout en essayant de l’améliorer, avec d’autres animaux qui se mobiliseront pour la soutenir dans ses idées et son programme». La boucle est bouclée.
Cette «Mouche», compagne, confidente ou conscience du narrateur-auteur, récitante ou conteuse inlassable pour nous lecteurs, est le fil de soie essentiel de l’intention de Kamel Bouchama. Suivons «la mouche dans son odyssée». La voici de retour, «Elle est là…, et elle tourne en rond.» Nous pouvons l’imaginer: «Elle vient sur la table. Elle reprend son vol. Elle pirouette et s’arrête. Elle agace et distrait en même temps. Parce qu’elle est là, marquant sa présence par la volonté, l’entêtement et la persistance.» Page après page, la Mouche occupe l’espace et le temps. Le narrateur, un haut fonctionnaire au regard aiguisé, tandis qu’il travaille sur un dossier, prend la Mouche, dialogue avec elle. L’aventure est commencée. Les animaux, des légions d’animaux, toute sorte d’animaux, vont nous apparaître dans la jungle: la gazelle, le roi des animaux, le tigre, l’éléphanteau, le chacal, les vautours, les hyènes, l’agneau, les serpents,… Ils tiennent des rôles à la mesure des travers et des misères de notre société. L’énigme de la Mouche incite à parler vrai. L’auteur supplante le narrateur qui est en lui. Il reprend, lâchant sa Mouche vagabonde, le fil de son discours. Désormais, le bon sens est le souci de rétablir le droit; la démarche est déjà annoncée… Elle sera longue, mais le programme est clair «C’est de remettre au travail les animaux pour édifier cette nouvelle jungle à laquelle nous aspirons.» Entreprise difficile? Compliquée? «L’essentiel [pour l'auteur] est de livrer le message à travers des animaux pour ne gêner personne.» L’expression «notre jungle» ne sera enfin plus prononcée, ce sera «Notre Pays».
Mais le livre L’Exil fécond est-il une fable? Est-il un roman? Un genre particulier à Kamel Bouchama? Tout y dérange: l’écriture, le code d’écriture, la forme, la langue et ses principes, et surtout nos habitudes prises (ou apprises) du constant B.A.-BA. et aussi la crainte de perdre nos sommeils de gens paisibles. Toutefois que de thèmes sociaux et politiques, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, sont abordés avec une pensée juste et engageante! Croyez-le si vous voulez, chers lecteurs, mais l’auteur vous aura quand même avertis dès son «Il était une fois…, une gazelle» par sa toute première phrase: «Commençons comme on commence le récit d’une véritable fable.» Quelle véritable fable? Quelle fable véritable?… La réalité des faits court sur toutes les pages et sur toutes les pages, plus fort que les ailes de la Mouche, vibre la voix ample, sûre et vindicative de l’auteur qui, à aucun moment, ne manque d’arguments!… Dans un passé peu éloigné, s’adressant à sa canne, le célèbre Tawfiq Al-Hakim, auteur de Dialogue du sage avec sa canne, a tenu ce propos incisif: «Aujourd’hui, notre époque ne connaît que deux alternatives: un État victorieux et un État vaincu; un homme connaissant les succès et un autre subissant l’échec. C’est le retour à l’époque de la jungle.»
J’espère de tout coeur que personne ne sera indisposé par la Mouche du récit de Kamel Bouchama, car, en vérité, comme on dit: «Edhabbâna mâ taqtalch, etteghawwachch el khâtar»… Et c’est à l’homme d’esprit de comprendre et à l’homme de coeur d’être généreux!

(*) L’Exil fécond de Kamel Bouchama, Éditions Juba, Alger, 2011, 241 pages.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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