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« L’ÉTRANGE HISTOIRE DU DJEBEL NAGA » DE SADIA AZZOUG-TALBI Dans un village où la vie se mérite…

6 octobre 2011

1.LECTURE

Le sens de la précision est troublant dans ce roman envoûtant. L’auteure emprunte les chemins sinueux de l’histoire et y mêle poésie et merveilleux. Elle s’inspire de la légende pour construire une fiction riche en enseignements.

Tout comme la rumeur, la légende porte une part de vérité. Déformée, maquillée ou travestie par les récits, l’histoire devient une légende qui alimente l’imaginaire et offre une certaine forme d’évasion des turpitudes de la vie quotidienne. À quoi sert la légende sinon à nous rappeler qu’il n’y a pas de frontières, pas de limites à l’imagination, aux fantasmes et aux rêves.
Et aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de cette part de féérie et de fantastique. L’Étrange histoire du Djebel Naga, le dernier roman de Sadia Azzoug-Talbi (préfacé par Youssef Nacib), rassemble tous les ingrédients pour fertiliser l’imagination du lecteur.


Dans son roman aux chassés-croisés narratifs, Sadia Azzoug-Talbi raconte avec art et adresse l’histoire du saint Sidi Aïssa et de ses descendants, les Aïssaoua. L’auteure installe d’abord son lecteur, en l’an 1492, à la chute de Grenade et la fin de la Reconquista. C’est une nouvelle ère qui commence pour les musulmans d’Espagne, qui ont été contraints de prendre la route pour le Maghreb. Parmi ces “réfugiés”, se trouvait la famille de Sidi M’hamed Ben Aïssa, surnommé cheikh El-Kamel, qui trouva refuge à Meknès. Mais à sa mort, ses descendants furent chassés, une nouvelle fois, et “se réfugièrent en Algérie, dans la région du Titteri et sur le plateau des Ouled Sidi Aïssa”. Sidi Aïssa Ben Mohamed est un de ses descendants au troisième degré. L’intrigue commence effectivement avec l’arrivée de messagers, envoyés par Sidi Cheikh des Abiod, de la région Ouest, dans la tribu des Aïssaoua. Sidi Cheikh, surnommé “le miracle des miracles”, souhaiterait signer un pacte de paix avec Sidi Aïssa. Une rencontre, devenue légendaire, aura lieu entre Sidi Cheikh et le chef des Aïssaoua, à Taouiala, “un lieu d’une beauté fascinante, niché au cœur du djebel Amour qui ravissait les sens”. En signe d’amitié et de bonne volonté, Sidi Cheikh des Abiod offrit une chamelle prénommée Naga à Sidi Aïssa. Naga avait le don de la parole et ne parlait qu’à Sidi Aïssa.
Un jour, peu avant la mort du chef des Aïssaoua, elle a disparu dans la montagne qu’on appelle Djebel Naga, en référence à son étrange disparition. La fin des deux mystiques est également développée dans le roman, avec un troublant sens de la précision, à telle enseigne que le lecteur a du mal à distinguer entre la réalité et la fiction, la vérité et la légende, le vrai du faux.

Un roman dans le roman
Dans ce qu’on pourrait considérer comme une deuxième partie du roman, l’auteure de le Maître de Tala plante le décor dans le village de Sidi Aïssa, près de quatre siècles plus tard. Et précisément à l’année 1946, durant l’occupation française. L’auteure met tous ses talents de conteuse au service d’une deuxième fiction, où les habitants du village Sidi Aïssa sont les héros, et où on retrouve le maître de Tala (personnage central de son précédent roman) comme instituteur.
Mais, outre ce focus sur les habitants d’un village algérien durant la colonisation et toutes les frictions et autres malentendus qui existaient entre les communautés, la romancière s’intéresse à la jeune Aïssaouia, Keltoum, qui entend la voix de Naga et de son ancêtre Sidi Aïssa qui finit par l’appeler à lui. La malheureuse Keltoum vit une succession d’échecs (son amour avec Brahim, le chauffeur d’autobus, son mariage forcé, son incapacité à se lier d’amitié avec ses camarades de classe), mais finit par trouver sa voie en cédant totalement à l’appel des voix. L’Étrange histoire du Djebel Naga est un magnifique roman, où plusieurs histoires se croisent, de telle sorte que chacun des neuf chapitres peut faire l’objet d’un roman à lui tout seul. Sadia Azzoug-Talbi raconte également le pouvoir et l’emprise des saints sur les populations, et suggère une réflexion sur les prédispositions que nous avons, en tant qu’individus imprégnés par cette culture orale, à croire…
La foi est ce qui permet aux populations de surmonter les difficultés et de supporter un quotidien harassant où tout se mérite. Il est également question de déchirures, car l’histoire se joue du destin des personnages, en les entraînant dans son tourbillon incontrôlable. Il ne reste aux hommes, donc, que la prière…
L’Étrange histoire du Djebel Naga de
Sadia Azzoug-Talbi. Roman, 224 pages,
éditions Dahlab. 400 DA.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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