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La controverse du rêve et de la réalité par El Yazid Dib

22 septembre 2011

Contributions

Toujours et encore EL Harez. Une complication s’impose à lui. Peut-on se reprocher de commettre une trahison lorsque la somnolence ou la verve romanesque vous fait dire des choses à peine croyables, surtout envers des personnes justes, droites, braves, généreuses ?

El Harez* personnage chimérique, devenu mythique est en fait un peu partout. Derrière chaque écritoire, bureau il y en a un. Mais aussi derrière chaque échelon d’une hiérarchie. Il se confine donc, dans cette somme de prestation de service. Cette main-d’œuvre intellectuelle. Cette maîtrise d’ouvrage. Il est, telle une déclinaison qui s’arc-boute pour accomplir des ouvrages complexes et indéfinis. C’est à peu près un monsieur tout le monde de la fonction publique. Quant à Nour El hakim, voire El Hakem il n’est qu’une unité innommée qui traduit sémantiquement la sagesse et l’hardiesse d’un responsable quel qu’il soit. Avec ses tares et ses vertus. Il est censé être le dépositaire d’une certaine autorité peu importe le niveau où elle s’exerce. Ainsi, si El Harez n’est forcément pas un administrateur, un fonctionnaire ou un quelconque citoyen ; El Hakim, aussi n’est forcément pas un wali. Il se peut qu’il se glisse dans la peau de tout responsable. De tout commis. Ou de tout citoyen. La corrélation qui relie l’un à l’autre est dépouillée pragmatiquement de toute spontanéité sentimentale. Elle n’est en finalité qu’un rapport de graduation non élaboré dans les manuels procéduriers. Ni l’un, ni l’autre n’ont une réalité qui pourrait prêter à équivoque. Le besoin de la trame romanesque a fait que la métaphore utilisée, étant par définition une fiction ; soit plus proche d’une vérité qui dans un sens n’existe que dans l’interprétation, parfois éclopée de certains esprits en mal de sensationnel. L’allégorie, comme la parodie puise justement toute sa puissance de la candeur ou de la crédulité de ceux qui prennent la virtualité pour une réalité.

El Harez ne cessait de s’agiter sous le poids de sa couverture en laine quasi-usée. Dehors il fait très froid. En cette saison la ville où il vit est bien connue pour son hiver rude et rigoureux. Ce matin est un matin comme ceux de tous les vendredis. Il est ce qu’est un dimanche maussade pour un parisien. Le jour ne finit pas, s’allonge, s’étire et se fait dans la grisaille.

Il refuse de voir le jour ; préférant toujours la lumière de ses rêves. Le lit, son matelas poreux c’est tout le règne dont il en a besoin. Le sommeil lui procure, une fois terminé; souci et angoisse ; mais lorsqu’il s’y trouve c’est l’extase et les délires. Un royaume. Il s’aperçoit par ailleurs que parfois ce sommeil devient un gibet de potence, une épreuve ardue pour entretenir les séquences noirâtres et fantomatiques qui vont se dérouler sous ton oreiller sans que tu aies le moindre moyen pour faire des arrêts, pauses ou les éteindre. Il se dit quand bien même que dormir c’est partir et mourir un peu, c’est aussi se rendre rebelle à l’égard des dures réalités qu’il doit affronter de demain. Continuer d’écrire ses vives mémoires.

Réveillé sans façon aucune, il tend sa main vers le paquet de cigarettes, contenant encore quelques unes parmi celles rescapées, la veille. Il en tire une, l’allume et en tire intensément une première bouffée. Il se dit qu’il se sent mieux ainsi.

Le gobelet tenant lieu de cendrier qui est déposé à même le sol semble lui causer des tracas car l’obligeant à faire des efforts pour tendre son bras et finalement y déposer la longue cendre. Il arrive malgré tout à le faire et refaire jusqu’au bout du filtre qui, par une sensation nauséabonde lui rappelle que cette autre cigarette est finie. Les mêmes gestes se répètent tant qu’il se trouve toujours sous les plis disparates et émoustillants de sa couverture. Il aurait bien aimé écrire ses mémoires tout en étant affalé sur son lit.

Il se met directement face à ce micro, qui continue à faire apparaître en écran de veille des poissons faisant leur glouglou. La scène vécue, hier au retour d’une visite faite auprès de son ancien saint-patron est toujours omniprésente dans son cerveau mille fois depuis, objet à convulsion. Il vient tout juste de s’apercevoir que tout ce trajet s’est fait en pleine rêverie. La journée passée n’était pas paisible ni sans grande émotion. Tous les relents d’une colère jugée maintenant imméritée commencent par faire surface.il se dit que son instinct d’homme est allé un peu loin. Même dans ses songes. Il s’est éloigné quand bien même d’une réalité pour permettre à l’effroi de l’ire qui le tenait en hameçon de prendre une tangente d’apaisement. Tout simplement il se dit, à ce réveil cauchemardesque ; qu’il aurait dû temporiser pour asseoir définitivement tout jugement. Le courroux aveugle bien des consciences et obstrue tout chemin vers une reconnaissance ou une gratitude. Tout ce qu’il a marmonné hier en plein sommeil n’était en fait que le produit d’un excès imaginatif. L’agitation de la journée, le non respect de ses posologies médicales, l’écart du régime alimentaire ont fait que l’homme, alourdi est devenu balourd. Lourdaud. Le rêve comme le fantasme offre bien des chemins en dents de scie. Il fallait qu’il se rappelle que durant la journée d’hier, il s’est vu dans la peau d’un fonctionnaire aigri. En proie à la perception d’ingratitude dévisagée à l’égard de sa personne par Nour El Hakim, son ego aplati et pestiféré ; il s’est fait la promesse de dévoiler la profonde nature de son ex-parrain. Une complication s’impose à lui. Peut-on se reprocher de commettre une trahison lorsque la somnolence vous fait dire des choses à peine croyables, surtout envers des personnes justes, droites, braves, généreuses ?

Evoquant Nour El Hakim, en qui toutes ces qualités se greffent, il incrustera dans le blanc de sa page word, fraîchement ouverte ; que s’il existe sur terre un être ingrat et oublieux c’est bien l’inconscience individuelle. La myopie de l’âme. Que cet homme-là n’était en fait qu’une immense générosité remplie de bienséance et d’amabilité. A repenser ce que Morphée, ce dieu du sommeil, lui dictait en pleine nuit pluvieuse, comme jugement sur le monsieur, il rougissait et suait à fortes gouttes. Son tempérament est ainsi fait. Il ne peut prendre l’audace pour une description, même dans ses illusions. Seulement le délire peut amener, écrit-il vers l’égarement et l’hallucination. Il ne peut pas donc se garder de croire aux mauvais tours que lui avait joués ce mauvais Dieu de Morphée. El Harez est une personne qui ne conçoit la vie que dans un pragmatisme avéré. Certes, souvent il s’essaye à prendre l’utopie pour un état de présence effectif, mais la réalité, esprit cartésien aidant ; le surprend à plus d’une fois. Ainsi, dans ses aveux, ce fonctionnaire délaissé et s’apprêtant devant les déconvenues à faire valoir ses droits à la retraite, ira jusqu’au bout de son raisonnement. Face à son destin, il fait montre d’une reconnaissance inégalée à son ancien patron. Les actions de ce dernier tellement profuses et inidentifiables, se condensent en série dans sa tête. Il se rappelle de tout. Il ne peut omettre toute l’attention dont sa femme fut couverte lors d’un grave incident de santé qui a failli le rendre aussitôt veuf. Sans le réconfort moral et l’assistanat de Nour el Hakim, écrit-il, j’aurais été estropié, mutilé, abandonné.

En plus, il se rappelle dans un état de haute vivacité d’esprit, cette fois-ci il n’est plus sous ses draps ; que La ville sous le règne de Nour El Hakim a pris des allures d’une métropole. Une grande métropole. Des milliers de logements y sont construits, tous segments confondus. Du participatif au locatif passant par le promotionnel et le personnel, le logement semble devenir le couplet le plus entonné dans la cité. Le projet «la colombe» véritable cosmos de civilisation, un cadre de vie, allait confondre la ville et la mouler dans un type architectonique semblable aux normes du «Manhattan». Le tramway, les buildings, les débarcadères, les chemins de promenade devaient, tous être érigés sur cet espace désagricolisé qu’El Harez, y voit maintenant se faire des show-rooms et autres garages bidon et hideux. El Hakim détient tous les records des applaudissements qui se font dans un silence général. Il est le titulaire des droits d’auteur de la formule LSP dans le pays. Ce wali ne cultive pas les feux de la rampe, ni se complait à se placer sous l’éclairage public. Il agit dans la douceur et la mesure paisible. L’on voyait en lui, écrit El Harez ; un nouvel élan-moteur dans le développement économique régional. Les projets sous Nour El Hakim sont des entités vivantes. Tout est presque fini. Le complexe sportif, le centre anticancéreux, la méga-zone à activités multiples, le pôle universitaire, les campus, les périphériques, les contournements ; sont venus d’un seul coup revivifier la mémoire de ce fonctionnaire. C’est justement tout ça, de peur que ces efforts s’en aillent au gré de l’humeur et des desiderata intuitu-personae de certains, qui fait grincer les dents au pauvre témoin. Il a peur aussi le pauvre, de voir cette concentration réflexive et effective dans les réalisations gigantesques sous le sceau de ce chef partir dans les petites envies d’un autre.

Toute une masse d’inspiration spontanée vient l’encombrer dans son style de narration. Les informations sur Nour El Hakim regorgent dans sa mémoire. Il est comme un bruit percutant. Il force sans arrêt les gens à s’en rappeler, une fois ses œuvres sont visibles. Ce fut un cadre d’une rectitude irréprochable vis-à-vis de son entourage. Respectueux, bon apprenant et bel enseignant. El Harez se souvient de tout. Il sait que c’est grâce au travail presque de fourmi que ce chef ait pu arriver à faire, enfin ôter la laideur qui balafrait le ciel de la ville. Cette laideur se trouvait confinée dans l’immense bâtiment, faisant face au siège de la wilaya sous forme de tours que le gris bétonnier et les alvéoles défiguraient tout l’environnement. Il en fit une bataille, qu’il gagna en deux tours et une opération. Il sut à merveille mettre son cran et sa pugnacité pour finir avec brio, là où tous ses prédécesseurs ont pratiquement échoué. Le sourire naturel, le charme discourant et la passion persuasive du métier ont fait le reste. Cet immeuble à grande hauteur qu’El Harez dénomme pompeusement IGH, est maintenant opérationnel. Un hôtel de grand label international y a élu domicile. Un centre commercial, des bureaux d’affaires, un musée d’art contemporain, des galeries de peinture, des officines et autres espaces de convivialité en font également partie. Il ne cesse de le contempler jour et nuit. Il est l’endroit idéal du décor.

Au moment où cette hideuse bâtisse, l’envers du décor ; était en état de carcasse, on l’appelait «El aâli», désormais, les citadins préfèrent en dire «la tour Nour El Hakim» estime El Harez de transcrire, tout heureux de son témoignage. Il se lève, en quittant ce micro, juste pour aller encore approvisionner sa tasse de café, en ce nectar enivrant lui procurant davantage d’égérie. La caféine. De la cuisine donnant sur la rue, des voix se font entendre. Curieux par nature, il balance son torse à moitié nu, pour s’enquérir de la provenance sonore, il constate que ceci est l’émanation de groupes de supporters. Des fans de leur club. L’entente. Là, sa muse augmente en densité. L’ardeur le tient et l’efforce à regagner rapidement son déversoir d’écriture. Il y note qu’entre cette équipe légendaire et Nour El Hakim ; il y a presque une histoire d’amour. Ce dernier sera à toutes les occasions le treizième joueur. A vrai dire il est l’équipe toute entière, il est également le condensé des supporters tant son encouragement et son suivi régulier ont permis à ce club phare national, de décrocher les plus prestigieux titres dans le giron continental et arabe. Il ne peut s’empêcher de ne pas transcrire les intenses moments, vécus juste avant le départ de ce monsieur, lors de la dernière coupe. Ce fut une euphorie indescriptible. Le monde local pleurait, le wali aussi. La joie venait de dire à son tour, combien la cité reste redevable à un Nour El Hakim inégalable. Là, El Harez, voit à son corps défendant, son cœur meurtri quand il sait que cette équipe, hélas se débat dans des conjectures de basse altitude et voilà toutes les gloires, les exploits, les prouesses, les records qui s’avachissent au fur et à mesure de l’indifférence du chef en poste et de son inaction lentement meurtrière. L’entente, croit-il est maintenant orpheline. La mélancolie le gagne. Le sanglot lent, aphasique et itératif semble inhabituellement l’étrangler.

A ce moment de pieuse méditation d’un passé suave et agréable, la sonnerie de son domicile qui s’est confondue bruyamment avec les cris extérieurs des fans, retentit et le fait brusquement tressauter. Un vendredi matin, qui peut, ose-t-il dire, venir le déranger ? Debout comme un magistrat prussien, l’huissier lui notifie une citation directe. Une procédure d’expulsion lui est actionnée, une seconde fois. Et par un vendredi ? Acquiesçant à la demande de l’auxiliaire de justice, il scrute attentivement le libellé, soupire, halète, transpire et regagne son micro.

Note :

*El Harez dans le contexte de la quacida El marrakouchia (de El Hadj Houcine Toulali né en 1924 à Hay Toulal, une localité de Meknès, ville populaire rivale de l’aristocratie fassie. – décédé le 7 décembre 1998 à Rabat) était un chanteur, un oudiste et un pédagogue marocain) poésie unique au milieu de 72 quassidas ou poésie du «Herraz) se réfère au gardien, cela peut être perçu dans le texte, aussi en Afrique du Nord on trouve cette tradition d’allez chez un Wali (plus qu’un marabout, homme éclairé et donc pas un préfet au sens napoléonien) pour se procurer un «herz» qui est une lettre ou ce wali écrit quelque chose. Cette lettre est pliée au point d’en faire une surface de trois centimètre sur deux, approximativement qui est mise sur une pochette de même taille qu’on suspend au coup. Autre traduction peut être le cerbère. Un gardien, vigile, un surveillant général. Dans la quacida qui a fait la renommée d’El Harez ; le prisonnier on peut l’imaginer est l’amoureux et non pas son amour. Cette qacida est chantée par une dizaine de ténors du malouf. El Hadj Gerouabi compris. (source : www.bladi.net/forum.traduction-el-harraz)

NB/ En fait l’histoire d’El Harez dans son rôle imagé de fonctionnaire fait la trame du héros dans l’une des parties d’un roman en cours d’écriture. «Le quai des fonctionnaires».Tout le fil narratif est puisé dans cette richesse qu’offre la culture populaire dans toutes ses facettes. Il est question aussi de drames, de rêves et de désillusions effroyables vécus alternativement par les personnages, de surcroît cadres et fonctionnaires; acteurs des récits que contiendra ce roman. La présomption de ressemblance avec des personnes ou entités reprises, actant les péripéties de l’itinéraire littéraire n’est pas incidemment dénuée de lien effectif. Toute similitude ne sera donc pas en toute évidence une pure coïncidence. La fiction comme la réalité tiennent lieu de canevas de travail. Le reste n’est que le produit de l’expression d’une sensation, d’un sentiment ou d’une inspiration.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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