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L’école algérienne forme des universitaires presque illettrés (1ère partie)

21 septembre 2011

Contributions

1.

le 12.09.11 | 01h00

La rentrée universitaire est pour bientôt. Tout le monde retient son souffle et espère éviter des  grèves récurrentes ! Nous nous rappelons encore du feuilleton vaudevillesque de l’année écoulée concernant l’équivalence entre les anciens et les nouveaux diplômes, notamment ceux ayant trait au magister et au master.

Pourtant, nous semble-t-il, la différence principale entre les deux n’est pas justifiable de considérations uniquement pédagogiques (types de modules, horaires…), mais relève surtout de problèmes générationnels. En effet, comment peut-on comparer un étudiant d’avant la «réforme» qui maîtrisait relativement bien les  langues tant l’arabe que le français, avec un étudiant actuel qui a toutes les difficultés à construire une phrase simple et cohérente surtout dans la langue de Molière. En réalité, l’école algérienne s’est tellement détériorée qu’elle produit, aujourd’hui, des étudiants universitaires, dont une part appréciable n’a même pas le niveau du primaire !  Par exemple, à la question : «Quelle méthode puis-je utiliser ?», la réponse prend souvent la tournure suivante : «La méthode puis-je utiliser est…», ou encore cette doléance écrite d’un étudiant de 2e année : «Veuilli me courige la note du module, que j’ai 10 .Mercis».

Dans la même veine, un petit chef-d’œuvre en la matière a été publié par la rubrique Radar de Liberté, à propos d’une épître d’un étudiant électronicien de Bab Ezzouar adressé à son administration. Cela vaut son pesant d’or. Nous ne parlons même pas de la capacité discursive de l’étudiant. Ainsi, sur la question suivante portant sur l’apport et l’originalité de la civilisation grecque, un étudiant en 3e année universitaire, donc  un «licencié» potentiel, après des mois de cours, répond : «Les originalités de la cevelesation grecque (remarquez que la question était écrite ! ) : les grecques sont horigine berbère sont des juifs sont venu après les phénicienons qui ont des syrien et des gordaniens et surtau des libans». Ahurissant ! Tous les fusibles ont sauté.

La phrase est incompréhensible et déstructurée. Si nous examinons les écoliers du niveau du BEF ou même de terminale, c’est la Bérézina  : voici un extrait d’une demande d’emploi reçue au niveau d’un bureau d’études  : «J’ai grand humeur certes avancer vos son excellence le abreuvoir humanité de l’entreprise le … ce diriger sur le travail en qualité d’une assistance comptabilité. Agi de 20, celibataire, déplumée en assistance comptabilité et certificat de métrise professionnel ayant un informatique. je serai d’attend renvoi de plus proche temps.» Non, vous ne rêvez pas et ce n’est pas une blague. Nous pensons immédiatement au livre de Roland Barthes, Le degré zéro de l’écriture (bien qu’écrit dans un autre contexte !).

L’étudiant est au stade de l’enfant qui est incapable de produire une phrase complète : sujet, verbe, complément. Nous ne parlons même pas de la phrase un peu plus complexe, mettant en jeu par exemple des fonctions de relation établies à partir de propositions simples, enchâssées les unes aux autres par des pronoms relatifs (que, quand, parce que…). Comme nous l’a fait remarquer le directeur des ressources humaines, un peu plus et c’est l’asile d’aliénés ! C’est malheureusement un pur produit de notre école d’excellence au niveau mondial reconnu, tel que rapporté à la radio par un de nos représentants du ministère de l’Education nationale, véritable pince-sans-rire.

Alors, comment oser donner la même importance ou même surestimer un étudiant issu du LMD récent qui sèche totalement s’il lui est demandé d’écrire une simple demande d’emploi. D’ailleurs, faut-il encore le souligner, même un ingénieur d’il y a cinq ans n’a plus rien à voir avec celui qui aurait étudié durant les années 1970 par exemple. Leur rapport serait souvent, aujourd’hui, celui du maître à l’élève. Nos propos peuvent paraître choquants, mais ils reflètent malheureusement la triste réalité que tout un chacun a eu le «loisir» et quotidiennement de vérifier. N’importe quel citoyen, un tantinet lettré ou enseignant abondera dans le même sens.

Ahmed Rouadjia et Ali Derbala, entre autres, enseignants universitaires, que l’on salue au passage, l’ont maintes fois souligné à travers la presse nationale. Une partie importante de nos étudiants sait à (grand) peine lire et écrire correctement et partant de là, et c’est le plus grave, à développer une réflexion soutenue. Un ingénieur fraîchement issu et émoulu de l’école algérienne, impliqué dans l’opération du recensement de la population algérienne m’a avoué qu’il a éprouvé les pires difficultés à converser avec les vieilles dames de La Casbah.

Elles  parlaient un français, d’après lui, un peu trop châtié, bien que n’ayant qu’un niveau d’instruction basique ne dépassant pas le primaire pour la plupart d’entre elles. Qu’on s’entende bien. Le problème n’est plus dans les fautes d’orthographe. Le zéro faute exigé à l’école de nos aïeux ou même à la jeune école indépendante n’a plus cours aujourd’hui. Il est même totalement caduc. Dans les copies d’examens universitaires, la plupart des enseignants, de guerre lasse, ne font même plus attention aux fautes d’orthographe. Le problème est autrement plus grave. L’étudiant, aujourd’hui, a non seulement un niveau quasi nul en français mais n’arrive quasiment plus à établir une phrase structurée, probablement dans les deux langues. La logique et le raisonnement sont claudicants et l’étudiant enchaîne des propositions sans queue ni tête. Totalement incapable d’écrire une phrase et encore moins un document, il n’a d’autres solutions que de  s’adonner à une figure imposée, le «copier-coller».

Les plagiats dans la nouvelle école algérienne sont légion, même dans des universités versées dans les sciences alors qu’ils ne constituaient, de par le passé, qu’un épiphénomène.
L’étudiant, issu de l’école Benbouzid, peut vous aligner deux propositions contradictoires sans s’émouvoir le moins du monde. En fait, il ne s’en rend même pas compte, pour la simple raison qu’il s’est contenté de les recopier sans trop les comprendre, et en réalité sans même les lire, tâche ô combien fastidieuse !  Or, les arabophones des années 1980 arrivaient à s’adapter facilement à l’université et parvenaient à écrire et à parler correctement en fin de cursus. Ils étaient toujours bardés de livres pour rattraper le niveau des francophones.

C’est pourquoi la vraie question aujourd’hui concernant l’université algérienne ne réside même plus dans les choix entre le LMD ou l’ancien système. Elle ne ressort plus des réflexions sur l’avenir de la recherche et la mise à niveau pédagogique. Ce sont de vrais problèmes mais qui restent secondaires devant la question centrale. La vraie question de l’université d’aujourd’hui est beaucoup plus triviale. Il s’agit de savoir quand nous pourrons avoir des étudiants qui savent parfaitement lire et écrire, ce qui est, d’ailleurs, le moins que l’on puisse exiger d’eux. Le devenir de l’université algérienne dépend en grande partie des performances de l’école au niveau du primaire. Il faut impérativement que le cycle primaire se réapproprie les fondamentaux qui étaient les siens, savoir lire, écrire et compter.

L’histoire, la géographie, la musique et que sais-je encore ne sont pas des objectifs premiers au primaire. Le mieux est l’ennemi du bien. Ces matières pourraient être ajoutées si l’écolier était parfaitement apte à décrypter les mots. Or, il ne l’est généralement pas. Le ministère de l’Education, après des errements et des égarements, a enfin compris l’étendue du désastre. Il a décidé, emboîtant le pas comme toujours au ministère de l’Education française, de replacer l’écriture comme matière centrale, décision qui est louable en soi. Mais, cette entreprise n’est pas suffisante, loin s’en faut. Car nos pédagogues es qualités se sont déjà fourvoyés dans des débats d’école traitant des différentes méthodes pédagogiques, notamment sur l’opposition entre la méthode dite «globale de lecture» qu’ils ont adaptée relativement à  la méthode syllabique classique.

Cette méthode globale est une méthode d’apprentissage de la lecture. Elle avait pour ambition de faire acquérir à l’élève une stratégie de déchiffrage des mots, voire des phrases, en tant qu’image visuelle indivisible. Elle est apparue historiquement par opposition à la méthode syllabique, qui s’articule autour de la genèse des sons de la langue par assemblage de syllabes (in wikipedia «Méthode globale»). Très décriée, elle est parfois accusée de provoquer  dyslexie et dysorthographie globale   (Carole Tisset, Apprendre à lire au cycle 2, Hachette Education). Le Figaro accuse cette méthode d’introduire de la confusion dans l’esprit des enfants et 21% de ceux-ci entrent au collège «sans comprendre ce qu’ils lisent  (‘‘B.A.-BA’’ : les instits font de la résistance in Le Figaro, 16 septembre 2006).

En France, le ministre de l’Education,  Gilles de Robien, a déclaré en 2005 qu’il fallait «abandonner une fois pour toutes la méthode globale, même si dans la pratique elle n’était guère plus utilisée dans les écoles.» Toujours en France, Fanny Capel, cofondatrice du collectif et agrégée de lettres classiques, affirme que «la méthode globale donne de mauvais réflexes aux enfants. Certains sont même dégoûtés de la lecture. D’ailleurs, les chiffres sont parlants : en 2002, 17,5% des élèves de 6e étaient illettrés» (Halte à la faillite du système scolaire, Femme Actuelle, 27 septembre 2004 in Wikipedia). André Inizan, inspecteur de l’Education nationale en France, un des promoteurs de la méthode globale, dite aussi méthode naturelle (sic !) de lecture, finit par reconnaître que c’est une «pratique en dépit du bon sens !»  

Mais l’effet néfaste de cette méthode serait peut-être  surestimé. Le grand problème tant chez les jeunes Occidentaux que chez les Algériens, c’est l’absence de lecture, toutes proportions gardées évidemment. Les nouvelles technologies, comme l’ordinateur avec ses propriétés multimédias et ses «chats» endiablés et le mobile phone avec ses SMS, sont passés par là et ont eu des répercussions désastreuses. Il faut évidemment relativiser, car le niveau des étudiants français est globalement sans commune mesure avec celui des Algériens. Pourquoi ? Les écoliers français étudient une langue qui est la leur et surtout ils ont les moyens pédagogiques idoines.

Car l’acquisition d’une langue se fait par deux propriétés qui ont des effets  complémentaires.  Le mimétisme de l’enfant vis-à-vis de ses parents qui implique que si les parents lisent beaucoup, les enfants ont tendance à leur emboîter le pas. Plus important, il est indispensable qu’il y ait un environnement favorable et des ouvrages didactiques qui accompagnent l’enfant dans son désir de lecture. Il est absolument essentiel que l’enfant éprouve le besoin, l’amour et par conséquent le réflexe de la lecture. Tout se joue dès l’enfance. Si un enfant aime la lecture et lit beaucoup dès son jeune âge, c’est un gage de réussite pour l’avenir, car il aura une base. Même s’il ne sera pas universitaire, il aura une assise  pour réussir dans une école professionnelle. Si, par contre, un enfant ne s’est pas accoutumé à la lecture, son avenir est fortement hypothéqué.

Quand bien même serait-il le meilleur de sa classe, il arrivera claudicant à l’université sans aucune culture, sachant à peine s’exprimer correctement et ce, en dépit, certainement, d’une vive intelligence. Les Algériens de l’ancienne école vous diront souvent qu’ils ont appris à lire avec les bandes dessinées, aujourd’hui introuvables, Pif, Mickey Mouse, Astérix, Tintin, Lucky Luck… édités évidemment en langue française. Quel plaisir charnel de tenir une bande dessinée si bien soignée et attrayante entre ses mains. Ensuite viennent les livres de la bibliothèque verte et rose parsemés d’illustrations pour accéder enfin à des lectures plus académiques tels les romans classiques où l’iconographie disparaît. C’est tout bête, mais nos spécialistes qui ont lancé l’arabisation semblent l’avoir simplement oublié.

Parler de bandes dessinées, pour de telles pointures, c’est vraiment insultant, un crime de lèse-majesté. Ce n’est pas par hasard que le plus grand groupe français, Hachette, est un spécialiste, entre autres, de l’édition de manuels scolaires. Son chiffre d’affaires dépasse les 2 milliards d’euros et les nouveautés dépassaient, en 2009, les 16 000 titres. En 2007, le marché de la bande dessinée en France représentait 33,6 millions d’albums pour 320 millions d’euros, soit 6,5% du chiffre d’affaire de l’édition.

Qu’en est il des livres pour enfants  en  langue arabe ? Rien ou presque, surtout dans le domaine tout à fait fondamental de la bande dessinée, ou livres pour enfants, car c’est l’antichambre de la lecture. Il existe de jeunes maisons d’édition en Algérie qui se sont lancées dans le créneau difficile des livres pour enfants, mais leur impact est encore très faible, et surtout leur offre sans commune mesure avec des mastodontes mondiaux au professionnalisme avéré comme Hachette. Mais bien entendu, il existera toujours des démagogues professionnels pour soutenir le contraire, alors que l’on a sacrifié toute une génération sur l’autel de la démagogie d’une arabisation, certes nécessaire, mais encore trop prématurée. L’histoire nous a pourtant appris que les civilisations européennes ont, à l’apogée de la civilisation musulmane, appris l’arabe sans aucun complexe.

2.

le 14.09.11 | 01h00

Certains des plus grands philosophes juifs ont écrit en arabe, tels Ibn El Maïmoun, plus connu sous le vocable de Maïmonide et Salomon Ibn Gabirol, «Avicebron».

Ils l’ont fait pendant très longtemps, se donnant le temps de bien maîtriser la langue et la science arabes. Ensuite, ils ont commencé à la traduire dans leur langue d’origine afin de diffuser leur savoir.
Or, nous étions bien partis, juste après l’indépendance, en formant des étudiants de classe mondiale, bilingues, pour nous permettre de nous développer et construire une nation moderne. La concurrence entre les filières arabophone et francophone créaient une émulation certaine et permettaient l’existence de passerelles entre les deux langues. Une nation moderne est une nation qui maîtrise la science et dont l’école est performante.

Aujourd’hui, la plupart des pays dans le monde utilisent deux langues, l’une autochtone pour les affaires administratives, et l’autre étrangère souvent utilisée dans le domaine de la science. L’exemple suprême chez nous pouvait être l’école franco-musulmane du temps de la colonisation, qui a généré des érudits de très grande classe. Une fois le pays développé, nous pouvions alors nous pencher sérieusement sur la question de la langue, en commençant d’abord par un effort de traduction et d’édition conséquents. Pour situer le débat, l’Index translationum, cumulant les ouvrages traduits depuis 1979 par l’Unesco, montre que le premier pays dans ce sens est l’Allemagne avec près de 240 000 titres, suivie de l’Espagne avec 210 000 titres, chiffre prévisible vu que c’est la langue de presque toute l’Amérique latine et enfin la France qui en traduit près de 164 000.

Une parenthèse pour rappeler que malgré l’effort de traduction qu’ils réalisent au profit de leur langue, les jeunes Allemands d’aujourd’hui, malgré tout le poids de l’histoire, parlent un parfait anglais ! Et notre secrétaire général de l’Education nationale, lui-même excellent francophone, qui insistait dans une radio  dans une allocution sur le fait que le français était une langue étrangère. Algériens, abrutissez vous !

Concernant la traduction toujours, le premier pays arabe arrive en 42e position avec 4000 titres, alors qu’Israël atteint 10 000 titres et l’Iran 11 000. Si on étudie les langues les plus traduites, l’anglais est bien sûr la première langue avec plus d’un million de titres, suivie du français avec près de 190 000 titres.La langue arabe est la 16e langue la plus traduite avec 10 000 titres derrière le latin, le grec ancien et le hongrois ! Si nous nous intéressons au nombre d’ouvrages traduits en arabe, nous atteignons le chiffre de 10 339, un peu moins que le farsi (persan) et pratiquement autant que l’hébreu à comparer avec les 271 000 ouvrages traduits en allemand, suivi de l’espagnol avec 207 000 et du français (203 000).

Quant au monde de l’édition, les statistiques de l’Unesco montrent qu’en 1996, le monde arabe avait grosso modo publié 6000 titres, dont probablement, soyons larges, 3000 titres en langue arabe, à peu près autant qu’Israël ! Le premier pays au monde, la Grande-Bretagne publiait, en 1995, dans les1 000 000 ouvrages /an, la France 35 000 ouvrages /an.

En 2005, les publications de ces pays doublent et si on regroupe les autres pays anglo-saxons, souvent des puissances mondiales, on arriverait, en 2005,  à 400 000 titres/an, soit 150 fois plus de titres qu’en langue arabe ! Il faudrait un siècle et demi pour que le monde arabe produise autant de livres que le monde anglo-saxon en un an ! Pour le français, rien que pour la France, la production est de
70 000 titres, ce qui donnerait pour l’espace francophone 100 000 titres. Il est donc clair que s’aliéner une langue étrangère vu le gouffre qui existe entre la langue arabe et les langues dominantes du monde (anglais, français, espagnol, allemand) relève du suicide.

Plus que jamais, le français ou tout autre langue étrangère sont un véritable «butin de guerre» pour paraphraser Kateb Yacine.
Au lieu de quoi on a opposé l’arabe au français en générant un débat aussi passionné que stérile. On a décidé d’arabiser prématurément la société et mis, comme d’habitude, la charrue avant les bœufs. C’est inhérent au mode de fonctionnement des sociétés autocratiques et idéologiques, donc dogmatiques, dont l’idée d’un débat et d’une prise de décision concertée et consensuelle est tout bonnement exclue.

Développer une langue passe par une maîtrise technique, car le monde de l’édition est un monde de professionnels qui nécessite un grand savoir-faire et non des slogans creux.Il suffit pour s’en convaincre de comparer la qualité esthétique de nos manuels scolaires avec ceux des Occidentaux. Ne parlant pas de l’aspect technique, un ami enseignant du primaire m’a confié que pratiquement chaque année les manuels scolaires étaient corrigés, car réalisés dans la précipitation.

En outre, plus un pays est développé, plus il édite de livres et plus, par ricochet, sa langue se vivifie et s’enrichit. Un pays sous-développé comme l’Algérie en est évidemment incapable. Arabiser dans l’état d’arriération qui nous caractérisait était un échec programmé. D’ailleurs, de Gaulle et Debré le savaient bien, car juste avant l’indépendance, ils avaient décidé d’arabiser l’école en Algérie. En réalité, il suffisait d’être pragmatique, en se concentrant d’abord sur l’essentiel, c’est-à-dire développer d’abord notre pays, pour ensuite penser à l’arabisation en entamant l’effort préalable et gigantesque de la traduction, aboutissant in fine à rétablir progressivement la langue arabe dans ses droits.

Le but ultime serait alors que la langue arabe rejoigne le panthéon des principales langues civilisatrices. Au lieu de quoi, on s’est empressé d’arabiser à la hussarde d’une façon approximative, sans même procéder à l’examen de l’état des lieux, ce qui a conduit à la ruine de l’école algérienne. Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Le résultat est là, implacable, 90% des étudiants qui arrivent à l’université n’ont jamais lu un livre (complet) de leur vie ! Nous avons «réussi l’échec !» Or, les promoteurs de l’arabisation, que nous ne remettons évidemment pas en cause, car c’est avec l’amazigh le ferment de l’identité nationale et la langue du Livre Saint, ont simplement oublié la place absolument fondamentale que joue le livre dans le processus pédagogique.

La décision prématurée de l’arabisation entraîna la disparition tout aussi prématurée des coopérants étrangers par le souci de l’algérianisation du corps enseignant.Il s’ensuit une longue descente aux enfers, car les décideurs algériens ont toujours négligé un facteur important, le déterminisme historique.De même que pour l’industrie, on ne crée pas une université ex nihilo pour la rendre performante en quelques années. Le processus de maturation prend beaucoup plus de temps, et il faut des générations d’étudiants et d’enseignants pour arriver à construire une université de qualité avec, comme préalable, le maintien de coopérants de haut niveau comme référents afin que le corps universitaire puisse se situer.

Le livre aurait pu jouer un  rôle absolument décisif en limitant les dégâts. Car, les auteurs d’un ouvrage scientifique ne sont-ils pas des autorités en la matière, le nec plus ultra dans le
domaine ? Le livre scientifique a joué et aurait pu continuer à jouer un rôle décisif pour pallier, quelque peu, les faiblesses structurelles de l’université algérienne. L’expérience nous a appris que la qualité d’un enseignant est directement proportionnelle à la quantité de livres «ingurgitée».

Aujourd’hui, les meilleurs étudiants universitaires sont ceux qui maîtrisent bien le français. Ce sont souvent des étudiants africains.  Quelquefois, ils sont de culture anglo-saxonne mais en venant chez nous, ils apprennent le français en cours accélérés et ils finissent par le parler et l’écrire mieux que les Algériens, car ils sont structurés mentalement et ont cette aptitude à la lecture, inexistante chez nos enfants. Parmi les plus brillants, on citera également des Algériens issus de parents francophones, pour la plupart lettrés, ou des enfants scolarisés dans des écoles privées ou étrangères, dont on retrouve d’ailleurs une bonne part des rejetons de la nomenklatura.

Ceux-là mêmes qui préconisaient et soutenaient mordicus l’arabisation. On se retrouve avec un résultat exactement opposé aux aspirations des caciques du FLN. Les universitaires francophones plus que jamais sont aux avant-postes et l’égalité des chances entre les étudiants vole en éclats. Ceux de l’intérieur du pays sont particulièrement défavorisés. Les cacochymes pharisiens qui nous dirigent jouent avec l’avenir du pays. Par leur impéritie qu’ils tentent de dissimuler par des discours cauteleux et faussement nationalistes, ils ont dilapidé la richesse la plus précieuse de ce pays : sa jeunesse. Dans un prochain article, nous proposerons des pistes pour éventuellement sortir de l’ornière. Rendons hommage néanmoins à ces apprentis sorciers, alchimistes d’un genre nouveau, car, à leur manière, tout ce qu’ils touchent, serait-ce de l’or, se transforme en plomb  ! 

Hirche R., Ouchène R., Tighersine A., Chetmi T.

 

 

© El Watan

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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