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Ingratitude, quand tu nous tiens ! par El Yazid Dib

16 septembre 2011

Contributions

               Toujours El Harez. Ce fonctionnaire des collectivités locales qui connut au cours de sa carrière d’innombrables walis, pour finir ses jours dans un total manque de considération. Évincé de son poste, puis harcelé de partout, il va quérir une assistance presque paternaliste auprès de son dernier protecteur.



L’indifférence et l’ingratitude le tiennent à la gorge.

Les essuie-glaces souffrent à faire éjecter toute cette asse aquatique qui colonise, par grosses ondées le pare-brise de son véhicule. Le débit pluvial étant si fort et dense qu’il le contraint à manager sa vitesse. Un long et prudent ralenti est observé pour le voir se situer dans un élan aérodynamique approprié à la chaussée et à la pluie abondante. La nullité de la visibilité se trouve ainsi soutenue par l’insuffisance de vision que le conducteur accuse dans ces conditions extrêmes de conduite. El Harez est sur l’autoroute le menant à quelques encablures de sa cité vers celle où Nour El hakim exerce ses hautes fonctions. Il croit, qu’aller voir sans rendez-vous, son ancien chef est une façon de soupeser son aura. La préméditation de son acte de faire ce voyage impromptu s’est cogitée la vielle. Il hésitait, cependant craignant d’être frustré par un contretemps auquel il ne s’est pas prémuni. Etre mal reçu. Encore que ce voyage s’est rendu impératif tant que l’objet l’ayant suscité reste lié à cette attaque dont il est l’objet de la part de son nouveau chef : l’expulsion du logement.

Le faste des lieux est loin d’être celui des salons officiels de l’ancienne ville. Nour El hakim, à la stupéfaction de son visiteur ; le fait attendre. El Harez commence, alors dans cette salle d’attente lugubre et taciturne à ronger ses ongles. Voire, il se sent rongé par une contrariété regrettable. Le temps est une éternité. Si ce n’est cette affaire d’habitation et d’imaginer ses enfants sur la chaussée publique qui le tiennent à la happe il n’aurait pas, se dit-il, du venir exposer son calvaire, ignorant tout d’un probable dénouement. La migraine le prend en mal atroce au moment où il est indistinctement convié à pénétrer pour la première fois ce bureau. Paraissant à l’habit, égal à lui même, Nour El Hakim ne s’efforce pas outre mesure, de quitter son fauteuil pour saisir cette allure qu’entreprend El Harez, croyant avec répondre à une invite d’accolade. La main du wali est tendue avec une nonchalance qui, brusquement est prise pour une nette flagellation par le visiteur. Une immense sensation l’envahit avec hardiesse. Il se dit, excès de fierté débordant ; qu’il doit quitter au plus vite cette scène inhabituelle pour lui. Elle est insoutenable. L’indifférence du wali face à son ancien collaborateur n’est pas de nature à rendre l’expression des lieux propice à étayer l’objet de la visite. El Harez ne peut s’abstenir de demander urgemment la permission de quitter ce bureau-mouroir. Il est aussi vite, expédié par une ou deux questions furtives et générales, de type ; – alors ca va ? -Comment va ? S’essayant avec abnégation d’acquiescer à répondre affirmativement, mêlant une frêle parole inaudible à la limite d’un balbutiement à un hochement de tête doué d’un vaporeux sourire à fortiori sarcastique ; El Harez scrute expressément sa montre, pour dire sans le faire, à son interlocuteur de le libérer. Il sortit comme il y est rentré de ce bureau dans lequel il croyait trouver une quelconque résolution à l’objet de sa visite. Navré, frustré et fortement déçu. Le monde semble s’écrouler sur sa frêle silhouette. Sa tête n’arrive plus à se contenir sur ses épaules. Une sorte de fourmillement, semblable aux indicateurs symptomatiques d’une vraisemblable hyper tension. Puis il se rappelle en saisissant d’un coup furtif toutes les scènes qu’il a vécues dans l’intimité des coulisses de ce haut fonctionnaire. Ainsi la pathologie de dédoublement de personnalité présagée chez son ex-patron s’est substantiellement réaffirmée. Il se souvient de l’équivoque dans le langage tenu face à une sommité ou à une autorité et le contrordre intimé en dehors de sa présence.

Cette façon d’agir, de vouloir paraitre serviable, à l’écoute, attentif à autrui n’est en fait, se résout-il, qu’un leurre. Une tactique d’envergure nationale. En fait c’est une mauvaise malice dissimulée sous un sourire et une forte amabilité qui se cache derrière ce que les gens ont pris pour une intelligence managériale. Nour El hakim virtuellement déshabillé, est tout nu aux yeux de celui qui sait énormément de choses. Il se dit, que le jour viendra où tout sera déballé.

Le retour s’annonce difficile. La pluie a marqué un répit, mais la mélancolie temporelle le gagne et l’enfonce dans une angoisse indescriptible. L’ingratitude est dans la personne, se disait-il. Il se souvient de cet adage tant de fois rassasié dans les bureaux, que l’administration est ingrate. L’administration la voit-il, comme une impersonnalité. C’est une chose immatérielle. Ce sont en fait les gens qui sont censés la représenter qui seraient à l’origine ou d’une ingratitude ou de son contraire. Là, tout un foisonnement d’adages et de philosophie vient l’envelopper sous une kyrielle de justifications, l’aidant à mieux ingurgiter la désillusion et l’inconsidération dont il présumait avoir fait objet. Denis Diderot se présente à lui, comme un rappel en lui susurrant à l’oreille «Je puis tout pardonner aux hommes, excepté l’ingratitude et l’inhumanité. ». Il aurait aimé trouvé chez son ancien patron, au moins une certaine note de charité. Une mansuétude. L’insensibilité remarquée, quoique obscurément affichée, chez son vis-à-vis d’il y a un moment, ne pouvait le laisser sans émois. Abattu et immensément désappointé, il rentra emportant sur son cœur les ecchymoses exécrables d’une légèreté distraite personnifiée. Comment se fait-il que ce monsieur, qui ne valait au début d’une période qu’un infime personnage n’atteignant même pas la minuscule personnalité d’un administrateur de campagne ou la trompe d’un sous-préfet, puisse-t-il le mettre en sourdine lui et ses immenses déboires et vicissitudes ? Lui qui, durant toute la présence professionnelle de ce wali, n’a pas rechigné un instant à assumer les pires situations qu’aurait provoquées l’agissement malhabile de ce chef d’exécutif. Le logement, ou bien la politique locale le concernant, n’était, au commencement de l’aventure du LSP qu’une idée, utopique même dans l’esprit de son concepteur. El Harez en a fait une réalité. Palpable et remportant trophée après trophée de la part de l’autorité supérieure dans le crédit du wali. De conflit à conflit avec les opérateurs, qualifiés d’instruments d’urbanisme, il s’est, à son corps défendant créé des adversaires, voire des ennemis. Pour la simple raison, qu’il était là ; comme un censeur d’irrégularités. Une isolation thermique et phonique entre le wali et autres appétences malsaines. Il était la réflexion même qui précédait toute décision. Il veillait à tout. Au grain et au moulin. A l’assiette foncière, au béton et au fer à béton. La distribution des quotas, le choix de terrain et la mise en place des dossiers techniques, n’étant pas de son ressort exclusif et attributif, demeuraient tout de même, sous son regard attentif. Il agissait quand bien même au nom du wali. D’où cet étiquetage, qui parfois lisible et semi-légitime encore nourri par l’environnement gravitant par pur intérêt autour de Nour El Hakim ; laissait choir une antipathie sur la personne d’El Harez. Il subissait le pauvre l’effroi et l’ignominie également au nom de son wali. A cette époque se rappelait-il, il n’avait point de vie privée. Il la consumait toute entière dans le silence ténébreux des bureaux de la wilaya. Ses horaires de travail ne furent jamais réglementés. Ils ne sont pas identiques à ce personnel administratif soumis aux dispositions de la durée légale de travail. Lui, c’est une exception. Il est l’ombre pensante du wali. C’est la lumière, éteinte ou en marche du bureau du wali, qui lui servait de signe de départ. Nonobstant cette pesanteur, la vie lui paraissait ainsi faite. Il jubilait à la réalisation d’un projet.

Ce sont tous ces souvenirs, comme des éléments antidépresseurs qui viennent gaillards se bousculer dans le peu d’espace qui lui reste dans ses cavités cérébrales. Elles sont toutes hélas emplies de sanie, de dégout, maintenant qu’il se ravise que tout cela ne valait pas la peine. Le remord le perfore, le brise au moment où le souvenir l’enchaine.

Nour El Hakim, savait la compétence avérée de son conseiller. Pour lui, El Harez se confinait dans une belle plume, une infaillible mémoire et une prévision qui ne se trompe jamais. Une montre supra électronique. Mais que pouvait-il faire pour lui voilà qu’il n’exerce plus sous son autorité ? Il savait en détail le motif génésiaque de la visite qu’avait entreprise chez lui El Harez. Intercéder en sa faveur auprès de son remplaçant pour lui offrir, non pas une quelconque gratification, mais juste la paix et la tranquillité. Surtout qu’il vient d’être déféré par-devant la justice, par procédure d’urgence pour cette histoire inouïe de logement de fonction. Il savait avec sérénité et en toute cause qu’il ne s’agissait pas là d’un logement obéissant aux règles en usage pour ce type d’attribution. A son tour, El Hakim gérant au peigne fin les contours de sa carrière préfectorale, il s’abstient volontairement de vouloir prendre la moindre initiative pour apporter à son quémandeur le moindre appui. Un coup de fil, serait, se dit-il, pris en considération pour sa note d’évaluation. Car s’assimilant à une interférence dans une gestion qui n’est plus sienne. Il ne veut point se mettre aussi, sur le dos un wali houleux et trop loquace. Tout cela, croit-il serait vu d’un mauvais angle de la part de la hiérarchie.

El Harez soupçonnait ceci. Il n’en soufflait mot. En fin connaisseur du mécanisme de fonctionnement des cadres supérieurs de l’Etat, leur trouille, leur désengagement vis-à-vis de leurs alliances jugées inutiles, leur subite volte-face, le retournement de veste ; il sait imperturbablement qu’en agissant de la sorte ils assurent leur survie et leur longévité dans le poste occupé. Cette mythique obligation de réserve, brandie à chaque évasion est toujours servie comme échappatoire. Seuls certains walis ou autres responsables en savaient apprécier à juste titre la valeur intrinsèque des hommes qui les ont côtoyés. Il ne cesse d’évoquer dans ce p’tit café «le p’tit prince » des noms qui résonnent encore dans les tympans des citadins. Il cite Khelifa, Mohamed Cherif, Abdelkader, Abdelwaheb et ferme sèchement la liste. Il ne compte pas mettre sur le livre d’or que détient la postérité locale, le nom de ce Nour El Hakim. L’indignité l’aurait frappé.

Qu’à cela ne tienne. En attendant de se confronter à la barre pour cette instance judicaire à propos de son gite personnel intentée par le wali en exercice, il prépare l’écriture de ses souvenances et se fait la promesse qu’il dira tout un jour, dans un procès qui s’ouvrira bientôt en public. Il se fera pour ce faire assisté, aidé, corroboré, appuyé et étayé par beaucoup de «témoins obscurs ». Il y narrera ce qu’il a vu et entendu dans l’ombre et le silence des cabinets. Ce qu’il a accompli par délégation et sans conviction comme actes rédhibitoires dans l’opacité des lois et règlements. Il y sera question des liaisons douteuses, des visites nocturnes, des préséances indéfinies, des avantages octroyés aux uns et pas aux autres, la fusion d’intérêts occultes, les cadeaux faramineux de fin de missions, les offrandes couteuses et exceptionnelles à des occasions banales, bac, sixième de la progéniture etc. Il relatera également les ordres, la personnalité, l’ossature et «l’hommerie » (rodjla) des uns et des autres.

Arrivé à domicile éreinté, non pas par la route, mais par cette terrible audience, il stationne son véhicule et se rappelle avoir lu dans une chronique du jeudi ceci : «Que de cadres éteints au crépuscule d’une vie professionnelle houleuse et atteints de traumatismes psycho-administratifs n’ont pu tenir l’équilibre aux barres parallèles du système. Sans le savoir ou feignant de l’être, les tenants du pouvoir n’auront été à une certaine finalité qu’un minuscule rouage d’un mécanisme complexe. Chacun à sa tablette, chacun prépare un morceau du dispositif qui se trame hors portée de vue et qui en bout de chaîne finirait inévitablement par broyer ceux là mêmes qui l’ont conçu ! Voyez-vous messieurs, la fonction publique peut paraitre comme une révolution arabe, elle vous emmène, avec votre titre de potentat dans les méandres nauséabonds la postérité ».

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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