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AMIN ZAOUI (ÉCRIVAIN) Poids de plume: premier livre, premier amour!

14 septembre 2011

1.LECTURE

premier livre, premier amour!

Je suis né au pied d’un petit rayon de livres. Et je demeure au pied de ce rayon qui, livre sur livre, jour après jour, accroît. Le rêve aussi!
Dans la vie, on adore les premières choses. On ne les oublie jamais. Les premières expériences sont toujours belles et resteront tatouées sur l’âme. Ancrées dans la mémoire. La première bêtise commise en l’absence des parents: jeter une tête d’allumette sur un amas de foin. Le premier grand succès: arriver à monter le dos d’âne des voisins qui se termine par une chute et une dent cassée. L’image de la première fille embrassée à la hâte au coucher du soleil, pas loin du seuil de la grande maison parentale. La première peur, celle de la circoncision! Les ciseaux! Voir la mer pour la première fois:

hallucination! Le premier bus monté pour un premier voyage vers une ville ogresse. Le premier pipi chaud fait dans le pantalon par peur de sortir la nuit jusqu’au pissoir! La première cigarette sifflée, plutôt le premier mégot ramassé d’un sol mouillé. Et le premier livre lu. Lu de bout en bout! Des mots et des phrases qui font une histoire intégrale! Je me souviens de tout cela, certes, vous aussi! Ces choses avec leurs détails sont mon miroir, moi! Je ne suis rien sans ces choses qui vivent en perpétuité en moi. La première lecture du premier livre fut un miracle pour moi! Je ne savais pas que les livres parlent. Comme nous les êtres humains, ils ont une langue magique. Et ils parlent beaucoup de langues! Le livre parle pour nous dire cette vie qui resserre. Des vies en mots et en encre. Le premier livre que j’ai lu, m’a appris que ce monde réel qui nous entoure a ses prolongements sur les pages. La vie a d’autres vies. La vie n’a pas de bords! Elle est continuelle et ouverte!
De près, en renardeau, je suivais mon père dans ses lectures coraniques. Fantastique. Il lisait de droite à gauche. Une lecture musulmane, me disait ma mère! Quant à moi, l’index sur la ligne, le premier livre que j’ai lu c’était un livre qui se lisait de gauche à droite! Choc! Deux sens et une lecture. Je me dis: tous les livres doivent-ils être lus de la même façon que le Coran? Et je me dis: tous les lecteurs doivent-ils lire comme mon père? Je suis le fils de mon père! Mon père lisait son Coran Livre d’Allah dans un état second, assis à ses côtés, je tenais mon premier livre que j’ai eu comme prix à l’école et je lisais comme dans un état second! Mon père avait entre les mains son livre religieux et moi j’avais «La chèvre de Monsieur Seguin» d’Alphonse Daudet. Lire un livre pour la première fois, de bout en bout, est un voyage qui ressemble à celui d’un fou marin aventurier appelé Christophe Colomb embarqué vers nulle part! Le rien des Amériques. Le vertige des géographies en eaux. La lecture du premier livre est une aventure. Une découverte d’une autre Amérique! La première lecture d’un premier livre!…
Mon père avec son adoration pour le Livre d’Allah, le Coran, m’a appris que l’écrit est sacré. La lecture aussi. Et ma première lecture sacrée fut «La chèvre de Monsieur Seguin»! Dans une spiritualité débordante, mon père lisait quotidiennement, à voix haute, à l’heure d’el assr, avant le coucher du soleil, le Coran. Je prenais place à ses côtés et je faisais comme lui en lisant tantôt «la chèvre de Monsieur Seguin» tantôt «le Petit Prince» de Saint-Exupéry. Comme lui, je balançais ma tête de droite à gauche et de gauche à droite en lisant mes livres à moi. Je suis venu à la lecture de la littérature par cette habitude de mon père. Lui lisait le Coran et la Sira et moi je lisais le roman et la poésie. Sous sa voix magnifique récitant le Coran, j’ai lu «Madame Bovary» de Flaubert, «La mère» de Gorki et «Le vieil homme et la mer» de Hemingway, «Miramar» de Naguib Mahfouz, «Ana Ahya» de l’écrivaine libanaise Leïla Baalabakki, «Ana Hourra» de Ihssan Abdelkaddous, «Ousfouroune mina Achark» de Tawfik El Hakim et d’autres belles créatures en papier.
Ma mère avec ses gestes doux, ses caresses sensibles et son regard religieux et passionné sur les rayons des livres de mon père, m’a beaucoup appris. Elle m’a appris que le livre est un être vivant. Il est comme nous! Il attend de nous amour et affection. Le prendre dans nos bras. Comme la femme aimée, il faut le serrer contre sa poitrine. Comme le bébé, il faut l’avoir, en permanence, sous nos yeux. Ma mère était analphabète mais elle dorlotait les livres.
Tous les livres, ceux écrits de droite à gauche ou ceux de gauche à droite. Ange. Toujours habillée en blanc.
De cette mère, j’ai appris l’amour des livres. Elle m’a inculqué comment entretenir cet amour.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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