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LA SINGERIE DE SIDI FREDJ DE ASSIA SADOUN CHAÏB-DRAÂ La cage aux brûlés

18 août 2011

1.LECTURE

Par

La cage aux brûlés

Dans les
cages réservées jadis aux singes capturés dans les massifs des
alentours de la forêt de Sidi Fredj, en 1957, les paras de Bigeard
torturent des Algériens.

«C´est horrible, j´en ai la chair de poule, pourquoi mon
Dieu tant de malheur, tant de souffrances! Mon papa est là couché à même
le sol, je ne le reconnais plus, il est torse nu, très diminué,
amaigri, les épaules et le dos brûlés, le visage complètement
Suite...déformé,
il est allongé sur le côté, les genoux repliés, tremblant de tous ses
membres. Nous entrons dans la cage, maman et Odile [son amie] essaient
de lui venir en aide, mais un militaire les en empêche, papa ne peut pas
parler, il nous regarde, il est à demi-éteint, il ferme les yeux. [...]
Le temps de visite est terminé, on nous ordonne de partir. [...] Le
coeur serré, je regarde papa une dernière fois, il ne me voit pas, mais
qu´importe, les militaires de Bigeard ont eu raison de lui, par chance,
il est encore vivant!
»
La lecture de ces lignes, extraites du
récit La Singerie de Sidi Fredj (*) de Assia Sadoun Chaïb-Draâ, nous
mène au coeur du drame. L´auteur retrace, souvent avec les yeux d´une
fillette de huit ans, sa propre vie, celle de l´enfance face à la
torture des siens, dans le cas présent son père Abderezak, par les
services spéciaux de la République française en Algérie de 1955 à 1957.
Parlant de cette époque, le général Paul Aussaresse (Services spéciaux,
Algérie, 1955-1957, éd. Perrin, 2001) affirme «qu´il est impossible
que cette armée [l´armée française] n´ait pas recours à des moyens
extrêmes. Moi qui ne juge personne et surtout pas mes ennemis
d´autrefois, je me demande souvent ce qui se passerait aujourd´hui dans
une ville française où, chaque jour, des attentats aveugles faucheraient
des innocents. N´entendrait-on pas, au bout de quelques semaines, les
plus hautes autorités de l´État exiger qu´on y mette fin par tous les
moyens?
»
Cependant, pour nous faire arriver au «malheur» et «aux souffrances», Assia Sadoun Chaib-Draa nous raconte ses souvenirs d´enfance; elle est née «Un 12 juillet 1946, le mois le plus agréable de l´année.» Son grand-père Sid-Ali déclare l´appeler «Assia, pour qu´elle soit grande et forte comme l´Asie.» Elle commence par nous faire connaître ses origines, remontant loin dans le passé. Elle est «issue
d´une famille, victime de l´Inquisition espagnole de 1492, à la suite
de la chute du royaume de Grenade et de son dernier roi Bouabdil.
L´Histoire garde la phrase de la reine mère, déçue par le revers amer de
l´Infortune, s´adressant à son fils: « O mon fils! pleure comme une
femme un royaume que tu n´as su tenir comme un homme! »
» Elle raconte
l´arrivée et l´installation difficile, mais cocasse, notamment de
l´ancêtre et trop jaloux Mohamed El-Kébir, à Cherchell. Des aventures
multiples, pleines de surprises joyeuses ou tristes, font suivre à sa
famille et ses proches un cours maîtrisé par le seul destin qu´il est
impossible de prévoir. Nous découvrons ce que veut dire «l´esprit de famille»,
l´éducation, la valeur du travail, le respect des ancêtres, le devoir
de mémoire, le devoir de solidarité, l´amitié (symbolisée par Odile)
dans les moments durs, l´enseignement des grands-parents (l´inénarrable
Mao), la bonté des parents (Abderezak, l´agent de police, et Baya, la
douce infirmière), les études scolaires entachées de ségrégation, la vie
algéroise à Belcourt, à la Casbah. «Mon esprit, dit-elle, un jour, est à la Casbah, chez mes grands-parents, chez eux, j´existe».
Et puis c´est le Premier novembre 1954, Les paras, La clandestinité,
Les fusillés, La bataille d´Alger, La clandestinité, La singerie de Sidi
Fredj, L´exil,…La France et ses grandes villes, et la route du
destin: des rencontres, des amitiés françaises, et des déceptions de
tous ordres. Enfin, le retour d´exil, la paix chez soi, et
l´indépendance avec toute la triomphale dignité retrouvée.
Voilà une
chute de récit qui ne manque pas d´humour: Un jour, notre ancien voisin,
gendre de Mme G., sonne à la porte, il demande à voir mon père. «Monsieur,
je viens vous faire la proposition de prendre en location la villa de
ma belle-mère qui a quitté le pays l´année dernière.
» [...] Quelques
jours plus tard, papa et maman sont sur le balcon, elle le prend par le
bras, ils regardent ensemble la baie d´Alger. «Baya, tu te souviens
de ce que je te disais? Un jour j´habiterai en face, dans la villa de
Mme G.Eh bien, c´est fait, nous déménageons. Tu vois, il suffit juste
d´y croire!
»
Le livre La Singerie de Sidi Fredj de Assia Sadoun
Chaïb-Draâ dégage un charme émouvant par sa sincérité, la clarté de son
écriture et l´humilité de l´auteur: «J´avais envie, confie-t-elle,
que tous les enfants sachent à travers le langage d´une gamine ce que
fut la guerre de libération. Je n´ai pas fait de la recherche de mots
savants. J´use parfois de langage d´enfant.
» Bravo, Madame Assia
Sadoun Chaïb-Draâ, avec cette première oeuvre et en pédagogue avisée -
puisque vous avez été professeur d´espagnol -, vous apportez de la
fraîcheur à notre jeune littérature, tout en éloignant de nous, nous
lecteurs sobres et quand même avertis, le vocabulaire aride du
dictionnaire et incontestablement la phrase amphigourique dont se
piquent quelques esprits prétentieux.

(*) LA SINGERIE DE SIDI FREDJ
de Assia Sadoun Chaïb-Draâ
Éditions Alpha, Alger, 2008, 170 pages.

http://www.lexpressiondz.com/culture/le_temps_de_lire/63657-La-cage-aux-br%C3%BBl%C3%A9s.html

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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