RSS

Sur les autoroutes du jeûne et de la piété Par Ahmed Halli

15 août 2011

Contributions

Sur les autoroutes du jeûne et de la piété  Par Ahmed Halli dans Contributions logo3

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE

halliahmed@hotmail.com
Batailles entre bandes rivales, algarades, accrochages et bagarres autour des étals, vigiles à l’affût des infractions aux règles de l’abstinence : ce Ramadan-là ne diffère guère de ceux qui l’ont précédé. A en juger par le spectacle donné quotidiennement, en journée, par nos concitoyens, les choses ne sont pas près de changer.


Elles auraient même tendance à empirer avec la croissance du parc automobile et la généralisation du permis à poings, je dis bien à poings, et non-pas à points. Avant le traditionnel combat de boxe entre deux automobilistes, en prélude au constat amiable, obligatoire pour être remboursé par les assurances, essayons d’être lucides. Un Algérien qui jeûne à pied est déjà un concentré d’irritabilité et d’irascibilité, surtout en période ce canicule, les pires à ce niveau étant ceux qui font semblant de jeûner, et ont donc plus d’énergie à dépenser. Prenez cet Algérien, déjà mauvais conducteur en temps normal, mettez-le au volant et vous aurez des effets et des résultats encore plus dévastateurs. Un Algérien pieux, ou qui en a tout l’air, ce n’est déjà pas commode, mais un Algérien qui conduit (mal), avec la certitude qu’il est du bon côté, celui des promis au paradis, bonjour les dégâts ! Avec la disponibilité des voitures, le froissement des tôles et l’enfoncement des pare-chocs ne sont plus que broutilles, comparés à l’énorme satisfaction d’avoir donné libre cours à ses pulsions vengeresses. On s’en sort généralement avec quelques dégâts matériels pour le véhicule, et plus rarement pour les conducteurs vite séparés par d’autres jeûneurs plus accommodants( 1). Sur la route et les autoroutes, les conséquences doivent être encore plus dramatiques, surtout lorsque le véhicule et son chauffeur sont mus par la même ferveur religieuse. Depuis quelques années, en effet, les automobiles de tous types arborent de la piété à grande vitesse (PGV)(2). Théoriquement, les véhicules qui arborent, à l’avant et à l’arrière, des proclamations comme «Tawakalna ala Allah» (nous nous en remettons à Dieu), ou «Hadha mine fadhli rabbi» (ceci est un don de mon Dieu), devraient relever de la même chapelle. Mais sur la route, et à grande vitesse, les bonnes intentions sont vite oubliées, et servent souvent de pavement au chemin qui conduit à l’hécatombe. Supposons qu’un Algérien normal et sans distinctions apparentes en dehors des stigmates de la faim et de la soif, roule à 110km/h sur une autoroute où la vitesse est limitée à 80km/h. A un moment donné, et donc incontournable, ledit conducteur rattrape un véhicule de type minibus, chargé de voyageurs et roulant à 100km/h(3). Il doit donc le doubler, pour ne pas former un convoi semblable à un cortège nuptial conduisant la mariée vers son destin(4). Or, au moment où notre automobiliste amorce la manœuvre, le conducteur du minibus déboîte brusquement, tout en actionnant son clignotant, comme le fait tout bon Algérien. Soudain, la voiture doubleuse se retrouve nez à lunette arrière avec cette inscription comminatoire : «Ma Cha Allah» (C’est Dieu qui l’a voulu !). A 110km/h, on ne peut se permettre d’emboutir de telles proclamations sans risque de comparution immédiate, quoique différée, devant la juridiction suprême. On freine donc à mort, et on réussit à éviter le choc de justesse, le minibus a donné aussi un coup d’accélérateur salutaire, pour lui et ses passagers, mais le 4/4, muni de buffles, qui suivait n’a pas freiné pile. Il n’avait que des feux de stop sous les yeux, et aucun avertissement de type «La tanssa Bismillah» (N’oublie pas «Au nom de Dieu»), en guise de rappel à l’ordre divin. Et encore, notre conducteur sans signal de reconnaissance a eu de la chance en quelque sorte : il aurait pu tomber sur le genre égoïste et individualiste forcené. Cette engeance refuse tout net de s’intégrer dans une profession de foi collective. Il ne dit pas «Tawakalna ala Allah» (nous nous en remettons à Dieu), mais il affirme qu’il est le seul, l’unique qui s’en remette à Dieu (Tawkaltou ala Allah)(5). Une fois que la providence divine l’aura suffisamment récompensé de sa confiance, en faisant aboutir ses projets d’enrichissement à l’enseigne de «Tidjara Sunna», le «Tawkaltou ala Allah» pourra être remplacé par un «Hadha mine fadhli Rabbi», plus seyant. Heureusement que ces heurts et tracas de la circulation automobile ne parviennent pas à troubler la sérénité de notre jeûne, et notre certitude inébranlable en la justesse de tous nos rites quotidiens. Nos journaux, braves vigiles toujours attentifs à la préservation de nos traditions et de notre identité, nous rassurent : les autorités veillent avec nous sur le caractère sacré de ce mois. On nous apprend que des briseurs de jeûne auraient déjà été localisés, identifiés, et même mis hors d’état de nuire à la quiétude des Algériens. Il se pourrait même qu’on nous fasse l’agréable surprise d’exhiber quelques-uns de ces marginaux traînés devant les tribunaux pour non-respect des obligations religieuses. Ceci, en attendant que la prochaine Constitution amendée introduise des alinéas à l’article 2 (l’Islam religion de l’État) stipulant que la non-observance de l’un des cinq canons de l’Islam rend passible de poursuites pénales. L’autre bonne nouvelle nous vient du quotidien Al- Khabar qui nous annonce que la police britannique, Scotland Yard en l’occurrence, a exprimé sa satisfaction devant la discipline des Algériens durant les émeutes de Londres. Voilà une nouvelle qui pourrait donner des raisons d’espérer à notre gouvernement, régulièrement confronté à des émeutes, et à des mouvements de colère sporadiques. Puisque l’air de Londres semble si bien réussir aux Algériens, au point de leur faire observer une certaine retenue devant les évènements, pourquoi ne pas y envoyer les bandes rivales qui s’affrontent à Bab-el-Oued, et à Sidi Bel Abbès ? Si tel n’est pas l’objectif caché de ces batailles rangées, bien sûr.
A. H.
(1) Il faut se méfier des raccommodeurs qui interviennent trop vite, et avec un certain doigté. Comme dirait mon voisin, le fumeur de thé, il se pourrait bien qu’ils ne se soient pas contentés d’un seul petit déjeuner copieux et d’une seule cigarette après.
(2) Ne pas confondre avec l’autre PGV (Prière à grande vitesse), pratiquée par cet imam de Bab-el-Oued, supporter de l’USMA, qui écourtait la prière du vendredi pour ne pas rater le match de son équipe.
(3) Toutes ces vitesses vous mettent théoriquement en infraction, et elles sont là à titre indicatif seulement, les Algériens respectant scrupuleusement les limitations de vitesse comme nous le savons tous.
(4) Il y a des familles qui innovent sur l’autoroute avec un cortège de voitures réparties sur toute la largeur de la voie. Aux autres automobilistes de se résigner devant ces «noces d’escargot» ou d’essayer de se frayer rageusement un bout de voie, au risque de froisser quelques tôles et des orgueils arrivistes.
(5) J’ai eu personnellement affaire à un «Ma cha Allah», une berline en l’occurrence avec femme et enfants, et sur le coin gauche de la lunette arrière cet avertissement «Bébé à bord». On peut se demander si le bébé est bien à sa place dans ce genre d’automobile.


Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/08/15/article.php?sid=121506&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

Voir tous les articles de Artisan de l'ombre

S'abonner

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Les commentaires sont fermés.

Académie Renée Vivien |
faffoo |
little voice |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | alacroiseedesarts
| Sud
| éditer livre, agent littéra...