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Chérif Hamia PORTRAIT… Par : Hamid Grine

14 août 2011

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Edition du Dimanche 14 Août 2011

Culture

Chérif Hamia

PORTRAIT…


Par : Hamid Grine

J’ai longtemps rêvé de rencontrer Chérif Hamia, boxeur mythique qui s’est effondré en 1957 au Veld’hiv à Paris devant le Nigérian  Hogan Kid Bassey qui ne lui arrivait pas à la cheville. L’enjeu ? La couronne mondiale. Et Hamia était alors champion d’Europe et la terreur des rings. Nul ne lui résistait jusqu’à la fin du temps réglementaire. Et celui qui tenait sur ses jambes durant tout le combat était emmené à la fin à l’hôpital complètement sonné. Puncheur, styliste hors pair, on l’appelait alors baby face. La jet-set

parisienne des années cinquante était folle de lui. Les femmes de la haute se pâmaient sur son passage oubliant l’Algérien pour le champion qui leur donnait de si délicieux frissons.  Et même la jeune Juliette Gréco, brune à séduire le diable lui-même, aurait bien aimé lui chanter en tête-à-tête une romance qui finira en, en? On ne dira pas plus pour ne pas effaroucher les jeûneurs que le moindre mot rappelant l’amour pourrait choquer. Ne parlons pas de Gilbert Bécaud, faux dur, fasciné par un vrai de vrai. Et même Belmondo qui avait le nez épaté était épaté par Chérif. Le voici donc en ce 24 juin devant Hogan Kid Bassey. Toute la presse française et mondiale le donnait vainqueur. Baby face ne va faire qu’une bouchée de son adversaire. Mais patatras ! Si au deuxième round Hogan est envoyé deux fois au tapis, frôlant le KO, à partir du huitième, il va faire la danse du scalp autour de Hamia soudainement absent pour obliger l’arbitre à arrêter le combat au dixième. Stupéfaction dans le monde entier. Goliath vaincu par David. Mais quoi, comment expliquer l’inexplicable? La presse de l’époque se perd en conjectures de toutes sortes : sorcellerie, syphilis, envoûtement… Autant donner sa langue au chat. C’est ce mystère que je voulais comprendre. J’ai vainement cherché à contacter Hamia, en pure perte. 30 ans plus tard, en 1987, par un bel après-midi d’un été algérois lumineux, Hamia lui-même me donne l’explication : “J’ai perdu car le FLN de France me l’avait demandé pour ne pas hisser le drapeau français.” Et il laissa couler quelques larmes qui détonnaient sur ce visage dur marqué par les coups du sort plus que ceux des boxeurs. Il ne restait du fameux baby face qu’un petit vieux ratatiné. La gloire en boxe est une chrysalide qui ne se transforme en joli papillon que pour mourir. Il me parlera de son fils assassiné à la rue Tanger, de ses infortunes, de sa descente aux enfers, de sa dépression nerveuse après sa chute devant Bassey. Il en voulait aux hommes de ce pays de l’avoir laissé tomber, lui qui n’a jamais trahi, lui qui a défendu haut la main l’honneur des indigènes. À la fin de l’entretien, à ma grande stupéfaction, il me demanda de lui payer l’interview. J’en restais sans voix. J’en parlais à mon red chef de l’époque, Kheiredine Ameyar, qui fut d’autant plus sonné qu’il avait une admiration sans limite pour le boxeur. Il était aussi peiné que moi de cet horrible  décalage de Hamia avec la réalité. L’ex-champion croyait qu’il était au fait de sa gloire en France et que sa parole valait encore son pesant d’or ! La mort dans l’âme, je dis à Hamia que notre journal ne paie pas les interviews. Visage fermé, il me répondit : “Alors pas un mot de moi dans ton journal !” Je ne publiais donc son interview qu’après son décès trois ans plus tard. Mais j’avais son explication sur sa déroutante défaite. Quelques jours plus tard, un ex-responsable du FLN de France me donnera l’antithèse : “À ma connaissance, personne ne lui a donné pareille instruction. Bien au contraire, on lui aurait demandé de gagner et de hisser le drapeau algérien.”  Fabulateur Hamia ? Le responsable nuancera ses propos : “Cependant, il est du domaine du possible que Chérif ait pu être abusé par des personnes se réclamant du front” Un pas en avant avec Hamia, un pas en arrière avec ce responsable.
Le mystère Hamia demeure. Il me reste de ce grand champion au cœur tendre l’image d’un homme fracassé qui est passé à côté de sa vie. Il aurait aimé être cet homme qui passe, anonyme parmi les passants. Et non ce champion qui ne gagne sur les rings que pour perdre dans la vie.

H. G.
hagrine@gmail.com

http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=160918&titre=Ch%E9rif%20Hamia&

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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3 Réponses à “Chérif Hamia PORTRAIT… Par : Hamid Grine”

  1. alain Dit :

    bonjour,
    j’ai vu, il y a quelques années un film dont le titre était
     » la parole est au témoin »
    d’ après mes souvenirs, mr Hamia tenait un rôle de boxeur bien sûr.
    je ne connais pas la date de sortie de ce film, a t’il était tourner avant ou après ce fameux combat de boxe?
    sincères salutations.

  2. Nasser Dit :

    Bonjour

    quel beau reportage de Hamid Grine, plein de sensibilité..

    le film la parole fut tourné en 1962 ,il est disponible chez armor film
    http://www.armor-films.com/fiche-film.php?id=172

    j’aime bien ce film car non seulement on peut voir Cherif Hamia dans le film mais quelques comédiens algériens dans des premiers rôles , ce qui n’était ps courant ..

    on y voit également des quartiers comme la gare de pantin et autres coin de la banlieue en 1962…que des endroits que j’ai bien connu etant enfant

    c’est un film qui me plonge dans la nostalgie , meme si j’avais 3 ans à l’époque..

  3. Takoucht Dit :

    Bonjour,
    J’ai connu cherif pour l’avoir coutoyé pendant 35 ans, un homme chaleureux, généreux, humain, respectueux, il avait tout le gratin parisien qui voulait l’inviter à sa table, il à fréquenter toutes les actrices de l’époque, sa relation la plus sérieuse était avec la fille ( pétrole schell )un homme désintéressé, humble et loyale.
    Son championnat du monde qu’il à disputé, si c’était dans d’autres circonstances, il l’aurait remporté haut la main, à un journaliste qui suivait tout ses combats, il à donné cette réplique, jusqu’à la 5éme reprise, c’était moi, aprés la 5éme ça appartient à l’histoire d’algerie, en effet les gens du fln lui ont dit que ce titre n’etait pas une bonne chose pour l’algerie, car c’est la france qui en bénéficie, et comme lui même avait ses convictions, il à accépté de se faire massacré,pour la libérté de milliers d’algériens.
    Repose en paix mon ami, peut-être que l’algerie te rendra un jour ce que tu lui à donné, une plaque commémorative à ton nom, dans une rue, ou un boulevard.ma yevgha rebbi , in challah.

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