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Alger, une civilisation et un dernier carré sur le champ de la défaite La chronique de Abdelhakim Meziani

13 août 2011

Contributions

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Edition du Samedi 13 Août 2011

Culture

Alger, une civilisation et un dernier carré sur le champ de la défaite

La chronique de Abdelhakim Meziani


Par : Abdelhakim Meziani

Dans ma chronique de la semaine dernière, je ne faisais que témoigner une profonde reconnaissance à une capitale qui fut, à l’évidence, le réceptacle et le socle des luttes et des aspirations de tout un peuple. En cela, je n’innove point. Mahfoud Kaddache avait déjà mis en exergue la poussée nationaliste autant que le désir inextinguible de révolution de la cité chère à l’émir Khaled.

La référence que je fais ici à cette personnalité est loin d’être fortuite. Elle procède, bien au contraire, d’une volonté délibérée de prouver que la  résistance algérienne s’était manifestée tout d’abord sur le terrain de la culture où le petit-fils de l’émir Abdelkader se distingua singulièrement par la création de nombreuses associations dont les objectifs légalement dédiés à l’éducation sportive, à la formation morale et à la défense des intérêts de musulmans, n’eurent pas raison de la vigilance de l’administration coloniale. Ne serait-ce qu’à travers le fait que ces associations ne regroupaient que les autochtones, dissimulant mal leur dimension politique. Les Algériens, dès leur prise de conscience, n’ont cessé de rechercher une expression adéquate à l’étape historique qu’ils vivaient confusément et dont ils sentaient vaguement l’irréductible nouveauté. Si c’est toujours au nom du dépassement postulé ou du retard sublimé qu’à chaque étape on ait refusé ou accepté la pratique artistique, il reste que c’est dans sa confrontation avec l’idéologie coloniale dominante que la culture nationale s’est ranimée, vivifiée, enrichie de signification. Pour le journaliste Ferhat Cherkit, les Algériens ressentirent plus que jamais, à la veille de la célébration du centenaire, le désir profond d’exprimer leur attachement à leur spécificité. Nadi et-Taraqi (ou Cercle du progrès) sera, dès sa création en 1927 par la bourgeoisie citadine algéroise et non par l’Association des Oulémas, le creuset de toutes les généreuses actions du mouvement associatif allant dans le sens de l’éclosion salutaire des forces vives et de la libération des capacités créatives. Et ce n’est pas par un pur hasard si les nombreuses associations y voient le jour et comptent rapidement sur le soutien inconditionnel d’une organisation politique comme l’Étoile nord-africaine (ENA). Pourtant, rien ne laissait présager une telle levée de boucliers citadine a fortiori, comme le souligne à juste titre d’ailleurs l’intellectuel algérien Mostefa Lacheraf, lorsque les contradictions et impossibilités objectives y étaient beaucoup moindres, comparées à celles imposées à la campagne : “Évoquer l’Alger de ces années-là à travers sa vie traditionnelle c’est, avant tout, suggérer une esthétique, une façon d’être sinon de penser. Une civilisation entière, cantonnée sur les hauts de la cité résistait comme un dernier carré sur le champ de la défaite.”  Après la création de l’Association des Oulémas en 1931 au Nadi et-Taraqi et l’émergence de quelques relents d’intolérance, les associations culturelles ont été contraintes d’élire domicile ailleurs, parfois dans des conditions difficiles quand elles ne survivaient pas dans des caves et des bars rachetés aux colons pour être transformés en cafés maures, grâce aux sacrifices et au mécénat de certains commerçants proches du Mouloudia. Cette intolérance porta atteinte aussi au mysticisme algérois. L’avoir évoqué dans ma dernière chronique avait suscité une réaction de mon ami Nacer Eddine Bousalah dont la famille, à travers Abdeslem et Mohammed-Seghir, avait tant donné à Tlemcen aux réformistes musulmans. Dans cette offensive considérée par les uns, comme une atteinte au droit à la différence et par les autres comme une légitime lutte contre le maraboutisme et l’obscurantisme, les Oulémas algériens semblaient confondre tactique et stratégie tant ils ne savaient point faire la distinction entre ce qui est secondaire et ce qui est fondamental, entre une tradition spirituelle authentique, sacralisée par des soulèvements contre les forces ottomanes (la confrérie des Derkaouas) et françaises, et les tenants du charlatanisme, appendice s’il en est de la caste coloniale.

A. M.
zianide2@gmail.com

http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=160889

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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