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«JEAN PÉLÉGRI L’ALGÉRIEN OU LE SCRIBE DU CAILLOU» PAR DOMINIQUE LE BOUCHER

11 août 2011

Contributions

LE TEMPS DE LIRE
«JEAN PÉLÉGRI L’ALGÉRIEN OU LE SCRIBE DU CAILLOU» PAR DOMINIQUE LE BOUCHER

Des cailloux lisses et usés

Par

«Dans le caillou de l’oued, tout vient de l’usure: forme, grain, couleur, apparence et réalité…Relater chez un homme la même usure – La lente usure de l’érosion coloniale.»

Les nombreux lecteurs du roman Le Maboul de Jean Pélégri, l´auront compris, «il s´agit, en effet, d´un caillou ALGERIEN».
Dans cette oeuvre d´une exceptionnelle originalité – et ainsi que le veut notre auteur-, le kateb, l´écrivain public s´efface devant son personnage Slimane. «Assis à l´ombre d´un mur, devant ses plumes et son écritoire, il rédige sous la dictée de ceux qui ne savent pas écrire. Il sèche l´encre ensuite, avec un peu de sable…» Dans ces lignes extraites de ses notes sur Le Maboul, Jean Pélégri aurait pu encore préciser: «Il sèche le soummâq», cette encre préparée artisanalement avec de la laine non lavée carbonisée.
De ce vocable arabe est tirée l´appellation «sumac», cette plante des corroyeurs ou certaines substances diverses, telles que la noix de galle ou l´écorce de châtaignier, qui sont indispensables dans le tannage et dans la fabrication des teintures, et qui fournissent aussi des encres.
En réalité, toute l´oeuvre de Jean Pélégri est fondée sur le caillou, sur «la géologie», sur la terre féconde et fécondable, et qui s´appelle Algérie, celle de l´oued, celle de la montagne, celle de la plaine, celle de l´olivier, celle de la rose aussi, et encore et surtout celle du Haouch el-Kateb, la Ferme de l´Ecrivain, «située entre l´Arba, Sidi Moussa et Boughara (l´ancien Rovigo)». Au reste, Dominique Le Boucher, dans son volumineux et très solide ouvrage intitulé Jean Pélégri l´Algérien ou Le Scribe du Caillou(*), nous propose, pour le démontrer avec talent, ses commentaires s´appuyant sur des documents importants et sur des textes inédits de l´auteur.
Son étude emballe, excite, non pas seulement la simple curiosité, mais l´esprit épris de tout ce qui est juste, de tout ce qui est libre, de tout ce qui est vérité et qui vient avec «le soleil (qui) se lève» et se retire avec «le soleil-blessure (qui) montait. Un peu rouge.»

Le devoir de dire

En lisant cette «biographie-entretien», je respecte le devoir de dire, ainsi que je l´ai toujours senti, cet «homme-caillou», alias Jean Pélégri, a aimé mon pays comme j´aurais voulu l´aimer. Mieux que beaucoup d´entre nous, encore aujourd´hui, ne sauraient!
Je crois que je suis l´un des premiers, sinon le premier, à faire découvrir ou redécouvrir Jean Pélégri aux lecteurs algériens de l´Indépendance. J´étais chroniqueur littéraire au quotidien national Le Peuple, et il venait -après L´Embarquement du Lundi (1952) et Les Oliviers de la Justice (1960) – de publier son roman Le Maboul (fin 1963). Il me l´a fait parvenir, en mars 1964, en me demandant de «bien vouloir consacrer un article à ce livre où j´ai essayé, m´écrit-il, de mettre tout ce que je savais, de longue mémoire, sur l´Algérie.»
Sa lettre était longue, fraternelle et splendide. En écrivain « aux entrailles algériennes » (il est né en 1920 dans une ferme de la Mitidja, a vécu en Algérie jusqu´en 1960, a participé au mouvement des Libéraux et a gardé foi et amour en sa Mère l´Algérie), il me confiait avec sincérité et m´expliquait sans complexe, par parabole, et je le comprenais comme se comprenaient au seul signe les Andalous: «Ce personnage du Maboul a d´abord commencé par me parler – avec sa voix propre et son langage. Ensuite, je me suis rendu compte que je ne faisais que prendre au pied de la lettre ce que Fanon avait dit de l´aliénation coloniale – ce que Slimane, mon héros, appelle «la maladie». Il est vrai que Slimane, sur un autre plan (et presque malgré moi) est bien plus qu´un simple aliéné, au sens médical ou sociologique du terme. Il est aussi «el-mâhbul», c´est-à-dire un peu le Voyant (au sens où l´entendait Rimbaud). Rural, il obéit à une espèce de logique végétale, tellurique; établit des correspondances entre le Symbole et le Concret; nous donne du monde une image qui, par moments, peut sembler énigmatique. Mais cette image, partiellement déchiffrée doit (souligné par J. P.) nous rappeler vaguement, par cette sorte de remémoration souterraine, quelque chose qui subsiste au fond de nous.
Il a donc de son pays, de l´Algérie, une connaissance profonde, intime, quasi géologique. Et s´il parle un français mutilé, il pense (souligné par J. P.) selon une syntaxe proprement algérienne (…) c´est un homme de la terre. «La terre qu´on surveille, il semble (souligné par J. P.) qu´on la possède». C´est là son erreur essentielle…

Une poésie rauque

De fait, Jean Pélégri pensait qu´«il est possible, peut-être, de faire une littérature à la fois populaire et savante», et «que l´on pouvait traduire cette oeuvre littéraire (Le Maboul) directement, sans aucune adaptation (la syntaxe y est, et le vocabulaire est minime) en algérien parlé».
Comme je l´approuvais, puisque j´écris moi-même en français mais en pensant algérien, d´où certains aménagements dans «ma syntaxe», il me fait part de son enthousiasme: «J´aime beaucoup votre idée que l´algérien parlé est déjà (souligné par J. P.) de l´arabe littéraire.»
Lettre après lettre, une belle amitié était née et s´était renforcée, d´autant que Jean Pélégri nous avait rejoints, par son adhésion effective, à l´Union des Ecrivains Algériens, quelques mois seulement après la création de celle-ci le 28 octobre 1963.
Puis, sans pouvoir l´expliquer moi-même aujourd´hui, c´est le silence… Peut-être, est-ce après la «désunion», à partir de 1966, avec la démission de Sénac dont on sait la raison, le manque de moyens, le découragement, l´indifférence générale des adhérents, le renoncement de Mouloud Mammeri président, enfin la remise des clés réclamées par l´Autorité de tutelle de l´époque, ont consacré la dissolution de la première Union des Ecrivains Algériens, créée le 28 octobre 1963.
On voit qu´en évoquant Jean Pélégri, en lisant le beau travail de Dominique Le Boucher, on ne peut rester indifférent à son oeuvre emplie d´une poésie rauque mais sereine comme lui-même n´a pas cessé de penser à l´Algérie et de la dire en témoin de son peuple et d´une voix dont la langue n´a pas besoin d´être traduite ou adaptée pour être comprise par tous.
Oui, et en lisant ses écrits et surtout en regardant une photo de lui, car je ne l´ai jamais rencontré pour lui serrer la main, Jean Pélégri -c´est-à-dire «Yahia El Hadj», si on interprète le prénom et le nom – c´est, je crois, un peu aussi notre «Saint-Ex.»…

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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