XXVI. Photis vint me dire que le patron me demandait. Moi, bien au fait des habitudes d’abstinence de la maison, je fis une excuse polie: je n’étais que fatigué du voyage, et j’avais moins besoin de nourriture que de repos. Mais il ne s’en contenta pas, il vint en personne; et m’appréhendant au corps avec une douce violence, il tâche de m’entraîner. Je résistais, je faisais des façons: Je ne sors pas d’ici sans vous,
dit-il, en appuyant cette protestation d’un serment. Il fallut se rendre, et le suivre, bon gré, mal gré, jusqu’à son méchant lit, où il me fit asseoir. Comment va notre cher Déméas, me dit-il? Et sa femme? et ses enfants? et toute la maisonnée? À chaque question, une réponse. Il s’informe ensuite avec détail des motifs de mon voyage. Je les déduis tout au long. Puis le voilà qui s’enquiert par le menu de tout ce qui concerne ma ville natale, ses notables habitants, son premier magistrat, etc., etc.; tant qu’enfin il s’aperçut qu’épuisé d’un si rude voyage, et non moins harassé de cette enfilade de questions, je tombais de sommeil avant la fin de chaque phrase, ne pouvant plus même franchir certaines articulations. Il me permit alors de gagner mon lit. Je m’échappai ainsi du famélique souper de ce vieux ladre; lourd de tête, mais léger d’estomac; ayant tâté de son babil pour tout potage. Et, rentré dans ma chambre, je goûtai enfin le repos si ardemment souhaité.

































11 août 2011
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