II. J’allais et venais, frappé de stupeur, torturé par l’attente; sans apercevoir même un commencement de réalisation de toute cette fantasmagorie. Enfin, tout en errant de porte en porte, me dandinant comme un désoeuvré et marchant en zigzag comme un homme ivre, je me trouvai insensiblement au milieu du marché. Une dame passait, avec un nombreux cortège de domestiques. Je hâtai le pas pour la joindre. Le luxe de ses pierreries, et l’or qui brillait sur ses vêtements, ici en tissu, là en broderie, annonçaient une dame de haut parage. Elle avait à ses côtés un homme d’âge avancé, qui s’écria en m’apercevant: Eh! oui, c’est bien Lucius!
Là-dessus, il m’embrasse; et marmottant je ne sais quoi à l’oreille de la dame: Approchez donc, me dit-il, et saluez votre mère. – Qui? moi? répondis- je; je ne connais pas cette dame. Et, le rouge me montant au visage, je rejetai la tête en arrière, et reculai de quelques pas. La dame fixe alors son regard sur moi: Il tient de famille, dit-elle; voici des traits où la belle âme de sa vertueuse mère Salvia respire tout entière. Et puis, quelles merveilleuses proportions dans toute sa personne! Taille raisonnable, élancée sans être frêle, teint légèrement rosé, cheveux blonds, naturellement bouclés; oeil bleu, mais vif; regard d’aigle, adouci par une expression toujours heureuse; maintien charmant, démarche aisée.

































11 août 2011
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