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Ali Bey Abderrahmane PORTRAIT… Par : Hamid Grine

31 juillet 2011

Contributions

Ali Bey Abderrahmane PORTRAIT… Par : Hamid Grine dans Contributions logo_imp
Edition du Dimanche 31 Juillet 2011

Culture

Ali Bey Abderrahmane

PORTRAIT…


Par : Hamid Grine

Ali Bey Abderrahmane. Il a un nom d’agha ou même de bey, ou même de dey, ce qui est encore mieux. Si ça ne  tenait qu’à moi, au nom de notre amitié, je l’aurais fait empereur. Et il le mérite.

Il en a le port de tête, le regard voilé et voluptueux, la moustache soyeuse qui définit l’homme et le rire qui ne l’est pas moins. Et même la démarche, hein la démarche. Vous l’avez vu marcher, Ali Bey? Il ne marche pas, il vogue comme Louis XIV voguait à son époque au milieu des courtisans de la cour dont St Simon, son méchant histrion, n’était pas le moindre. Ali Bey, lui, vogue au milieu des livres et des lecteurs, car il est libraire pour ceux qui ne l’ont pas compris. L’un des plus anciens et, cela va de soi, des plus avertis, car dans cette Algérie, repaire des beggara incultes, avoir un repère comme Ali Bey est réjouissant. Je dirais même jouissif, car on jouit des livres comme un buveur jouirait d’un bon vin, comme un viveur d’une bonne femme, comme un mélomane d’une belle musique. Je l’ai connu au début des années 1980. Il trônait déjà à la librairie du Tiers monde. Toujours en mouvement dans sa librairie, prêtant l’oreille à l’un, répondant à l’autre avec l’œil allumé sur un troisième. Il était multiple en restant le même, un et indivisible, avec tout le monde. Peu lui chaut que vous soyez pauvre ou riche, général ou homme de troupe, fille de famille ou légère, ce qui lui importe c’est votre amour pour le livre. Et cela il le détecte du premier coup d’œil. Ayant remarqué que j’étais un fidèle de la librairie et me voyant feuilleter avec empressement un livre, il me fit cette proposition stupéfiante : “Vous pouvez le lire chez vous tranquillement et me le ramener quand vous l’aurez terminé”. J’ai pensé qu’il s’adressait à quelqu’un d’autre à mes côtés. Je me tourne à gauche, à droite. Non, il n’y avait personne. Que moi. Hé quoi ! Suis-je au mythique Pérou ? Non, Chez Ali Bey 1er dont la générosité n’a d’égale que la gentillesse. Mais une gentillesse vraiment confondante. Me voilà confus. En bon dey, Ali Bey aime tous les lecteurs qui le lui rendent bien. Il y a une semaine je suis passé -pèlerin du livre- en pèlerinage dans la librairie. À peine ai-je échangé un mot avec Ali Bey qu’un auguste vieillard, grand militant si j’ai bien compris, l’avait happé pour lui parler de notre histoire. Je suis resté à quai les bras ballants. J’allais m’incruster, entre deux phrases de celui qui m’avait ôté Ali Bey, pour placer mon mot, que voici deux étudiants du Sud, m’ôtant tout espoir en l’accaparant, mais alors là comme un boxeur chevronné accule dans un coin du ring son pauvre adversaire pour lui porter le coup de grâce. Ah, les cruels ! Ils l’inonderont de questions de toutes sortes tant leur faim de savoir étaient grandes. Un autre que lui se serait esquivé au bout de dix minutes, un autre se serait peut-être suicidé, aurait changé de métier et que sais-je encore, lui non. Il répondra à toutes leurs questions avec un sourire gourmand sur les lèvres, manière de leur dire : “What else, les gars ?”. Il adore faire plaisir, il adore éclairer ceux qui ont besoin de ses lumières. Il connaît tous les lecteurs. Et ceux qu’il ne connaît pas le connaissent et reconnaissent. Les livres qu’on ne trouve pas ailleurs, on les trouve ici chez lui et s’ils ne sont pas disponibles, il les ramène d’ailleurs. C’est un homme d’un autre temps, d’une autre culture, et, pour tout dire, d’une autre Algérie. Celle que nous aimons. Chevalier des arts et des lettres de la République française, il a été consacré depuis longtemps par ses lecteurs. Il a sa statue juste en face de celle de l’émir Abdelkader. Elle n’est visible qu’aux amoureux du livre. Une statue de reconnaissance que chacun porte en lui.

H. G.
hagrine@gmail.com

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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