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Un récit autobiographique poignant “ÉCLATS DE VIE” DE MALIKA ARABI (*) Par : M. A. Boumendil

24 juillet 2011

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Edition du Lundi 25 Juillet 2011

Culture

Un récit autobiographique poignant

“ÉCLATS DE VIE” DE MALIKA ARABI (*)


Par : M. A. Boumendil


Le long du livre et par petites touches, on découvrira le portrait d’une femme rebelle, déterminée, qui ne craint pas l’adversité, et dont l’honnêteté n’a d’égal que l’amour fusionnel qu’elle voue à ses parents aujourd’hui disparus.

Née au début des années 1950 à Tarsift, l’un des petits villages incrustés dans le massif forestier de Mizrana, Malika était l’une des toutes premières filles à avoir fréquenté l’école dans cette région du littoral kabyle. Elle le doit à la clairvoyance de son frère aîné, jeune moudjahid à peine sorti de l’adolescence, dont la perte au maquis quelques mois seulement avant l’indépendance laissera la famille inconsolable. Sa mère ne s’en remettra jamais et elle mourut précocement, sans jamais avoir vraiment fait le deuil de son fils aîné dont on ne retrouvera ni le corps ni la tombe, si tant est que le malheureux ait eu droit à une sépulture. Le père en exil forcé alors que la guerre de Libération battait son plein, son jeune frère restait le seul mâle de la famille et toute l’attention se reportait sur lui.
Malika s’est alors érigée en protecteur de ce bambin quelque peu gâté et elle n’hésitait pas à faire le coup de poing avec des garçons qui s’avisaient de l’enquiquiner. Rebelle, elle ne faisait rien comme les autres filles du village, ce qui lui a valu brimades et insinuations assassines, mais qui contribuera aussi à la doter du caractère bien trempé qui est le sien aujourd’hui. La condition faite aux femmes, elle ne l’a jamais acceptée depuis sa plus tendre enfance. La problématique est au centre de son livre. Mais elle ne traite pas la question d’un point de vue militant convenu. C’est à travers son vécu et celui de son entourage, dans lesquels la plus captivante des tendresses côtoie naturellement la violence la plus inouïe, que Malika tire les raisons de sa révolte, avec des traits d’humour parfois féroces. La preuve qu’elle ne livre pas un message insipide et stéréotypé ? Elle le dit sans ambages : elle n’aime pas les femmes de notre société car, assure-t-elle, le pire ennemi de la femme c’est une autre femme. L’on ne s’étonnera pas non plus si l’on retrouve au cœur de l’ouvrage, en filigrane, un autre dossier tout aussi important : celui de l’éducation nationale. C’est que, après ses études, pour respecter une promesse faite à son père, elle y consacrera sa vie comme professeur des collèges, même si le métier n’exerce pas d’attrait particulier pour elle. Là aussi elle n’a cédé ni à l’académisme ni au discours savant.
À travers des exemples simples et des anecdotes parfois cocasses, parfois dramatiques, elle met à nu la faillite de notre système scolaire et la régression en marche de notre société. Sans tomber dans le travers du réquisitoire, l’auteure touche du doigt à des sujets tabous : l’incompétence crasse des dirigeants, des “moudjahidine” qui n’ont contribué ni de près ni de loin à la libération du pays et qui se sont transformés en prédateurs jamais assouvis, le déni de justice à l’intérieur des maquis de la guerre de Libération, qui ont conduit à la destruction de destins comme celui de sa grande sœur, la corruption et le népotisme, et d’autres joyeusetés encore.
Son village en particulier et la Kabylie en général sont omniprésents dans le livre. L’auteure dit son attachement et son amour à cette terre qui l’a vue naître. Elle en décrit la beauté, en dit les odeurs et les senteurs et en rend l’atmosphère avec une authenticité rare. La région est belle, certes ; mais la misère et le dénuement qui y sévissaient pendant la guerre de libération et bien plus tard, s’ils ont engendré de belles solidarités, n’ont pas manqué, non plus, de drainer leur lot de traîtrises, de lâchetés et de comportements mesquins. Malika le dit sans détour, au risque de rompre un consensus hypocrite : le mythe qui voudrait que les Kabyles sont à l’avant-garde du progrès, elle le fait voler en éclats.
Non pas parce qu’elle n’aime pas les siens, mais parce qu’elle est persuadée qu’en détournant les yeux de ses propres tares, un peuple ne s’améliore pas. Les Kabyles, raconte-t-elle, sont racistes, voire régionalistes et claniques. Elle l’a découvert à ses dépens. Dès sa plus tendre enfance, elle a entendu des voisins les traiter, elle et sa famille, de déracinés, d’étrangers et d’intrus, avec une méchanceté et une haine inexplicables à ses yeux. Très jeune, elle a voulu connaître les raisons de cet acharnement en interrogeant sa mère. Visiblement gênée, cette dernière trouvait des échappatoires pour esquiver la question. Quel était donc ce lourd secret qui pesait sur sa famille et qui leur valait l’hostilité ouverte et les propos malveillants de l’entourage ? Ce n’est que plus tard et après des assauts répétés, que sa mère lui donnera des bribes de réponses. De retour d’exil, son père finira par éclairer un peu mieux sa lanterne. Tarsift n’est pas le village de ses aïeux et Arabi n’est pas le vrai patronyme de sa famille ! Mais personne ne put lui dire pourquoi, il y a plusieurs générations, sa famille avait quitté le village ancestral. Y avait-il derrière cet exil quelque sordide histoire qui pouvait jeter l’opprobre sur son patronyme d’origine ? Pourquoi les gens de son village ignoraient-ils son vrai nom puisque jamais personne ne le lui avait lancé à la figure ? Et pourquoi en avait-on si jalousement gardé le secret depuis au moins trois générations ? Autant de questions lancinantes qui la pousseront à entreprendre une quête identitaire qui tourne à l’obsession. Et, grâce à une recherche sur Internet, elle fait une découverte sensationnelle qui bouleverse sa vie. Et qui bouleversera peut-être celle de dizaines d’autres familles, qui découvriront, stupéfaites, qu’on leur a caché leur véritable identité et qu’elles ignorent tout de leur ascendance réelle. Le long du livre et par petites touches, on découvrira le portrait d’une femme rebelle, déterminée, qui ne craint pas l’adversité, et dont l’honnêteté n’a d’égal que l’amour fusionnel qu’elle voue à ses parents aujourd’hui disparus. Un témoignage authentique, poignant et très courageux par nombre de ses aspects. Il révèle aussi, ce qui n’est pas pour déplaire, un vrai talent d’écrivain.

(*) Après sa sortie en France, le livre est publié en Algérie par Tiwizi Production. Disponible en librairie.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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