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Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE Grande Mosquée : un mensonge «à» Dieu Par Boubakeur Hamidechi

23 juillet 2011

Contributions

hamidechiboubakeur@yahoo.fr
En attendant qu’il devienne un prochain scandale financier, le projet de la mosquée d’Alger n’est-il pas déjà l’illustration de l’inclination mysticomégalomaniaque d’un chef d’Etat dont les pouvoirs régaliens n’ont plus de limites ?


Au moment où, dans les terres qu’il régente depuis 12 années, la misère prospère et la détresse se manifeste chaque jour que Dieu fait justement, est-il moral de sa part de puiser dans l’argent public les fonds destinés à une gigantesque maison divine alors que la grogne des chaumières enfle ? Certains diront que l’on mélange et confond tout et le reste. Et que se référer au caractère «moral» sur le sujet est inapproprié si tant est que la morale est d’abord connotée par la religion. Soit, mais alors qualifions simplement cette dépense disproportionnée d’indécente dès lors qu’elle prive l’existence profane de la population de moyens pour l’améliorer. En somme, un luxe de croyants qui lèvent les yeux au ciel et ne voient pas la mendicité à son palier. A travers donc ce projet, que l’on s’apprête à entériner, l’on ne peut, hélas, s’empêcher d’y voir un déplorable mimétisme avec le supposé «grand œuvre» de feu le monarque voisin. Un délire religieux d’un certain Hassan II lequel à son époque n’a pourtant pas puisé directement dans les caisses de l’Etat en instaurant, d’autorité certes, un impôt de la foi dont l’inspiration rappelle les deniers du culte. Comme quoi, dirait le sage, la foi n’a point besoin de cette sordide compétition voire qu’elle insulte la grandeur d’une religion, lorsqu’en son nom, l’on cultive la magnificence dans les océans de la misère. C’est ainsi que l’on vient d’apprendre que trois consortiums sont en lice parmi lesquels seul le chef de l’Etat aura le privilège discrétionnaire de désigner le lauréat. Voilà encore un autre signe de césarisme du pouvoir. Celui du «goût sûr» du chef ! Non seulement son avis est prépondérant dans les arbitrages, mais bien plus encore, le lieu du culte devra être sa «chose», c’est-à-dire sa révérence, cette fois modeste, aux décrets du divin. Cela dit, il nous faudra revenir sur la question centrale de la facture. En effet, quand bien même cette glorification architecturale sera-telle destinée à sauver collectivement nos âmes, l’on ne peut s’autoriser le silence sur l’orthodoxie d’un pareil investissement sans retour de plus-value concrète sinon une hypothétique clémence céleste. Qui a, par conséquent, donné le feu vert de la dépense ? Autrement dit le gouvernement et le Parlement ont-ils endossé le projet ou au contraire le président de la République le considère-t-il comme son «œuvre» personnelle de même qu’il ne veut pas être contraint de justifier la procédure financière de sa réalisation ? Ce sont là des questions qui devront être posées. Ce que nous savons par contre sur la monumentale «Maison» est qu’elle va coûter à la spiritualité collective entre 2 et 3 milliards de dollars. Des chiffres vertigineux que la sagacité des petites gens ont déjà converti en monnaie nationale et même imaginé les possibilités qu’ils offriraient. Le parallèle est sidérant puisqu’avec une telle somme l’Algérie pouvait réaliser 8 universités capables de recevoir chacune 50 000 étudiants et de surcroit financerait 20 années de recherche scientifique. L’on peut à satiété s’amuser à affecter virtuellement cette «donation» à la religion dans les projets du bien-être terrestre. Elle sera toujours plus convaincante à l’authentique vertu de la foi que tous les minarets taquinant les nuages. Dire les choses ainsi n’est ni blessant pour le croyant ni blasphématoire de la foi. Il n’y a que la tartuferie des courtisans et les bondieuseries crépusculaires de leurs maîtres pour s’en offusquer. Anticiper sur l’histoire qui s’écrira autour de cette mosquée «capitale» n’est plus un exercice difficile dès l’instant où l’on sait que l’affairisme et la corruption sont les constantes de cette République. Depuis quatre années hégiriennes (Ramadan 2007), date de la «révélation» du grand œuvre, jamais le chef de l’Etat n’y a apporté la moindre clarification publique sur les procédures légales et moins encore sur le fonctionnement de la nébuleuse qui pilote son rêve céleste. Une agence est certes créée (ANARGEMA) mais ne se manifeste que lorsqu’elle est actionnée. Econome dans sa communication, comme elle vient de le faire cette semaine, elle cultive l’opacité comme il s’agissait d’un secret d’Etat. Une paradoxale discrétion honteuse alors que son travail vise à la glorification de notre Islam. Oserons-nous, à notre tour, conclure, d’une manière lyrico-religieuse, que la foi tourmentée des princes qui nous gouvernent n’a trouvé de meilleur rachat à leur conscience que le recours aux pierres ? Tuteurs d’un peuple en permanence maltraité, ils achètent une grâce divine au supermarché des rituels. Sauf qu’ils commettent l’irréparable «mensonge à Dieu» !(1)
B. H.
(1) Un clin d’œil au roman de Benchicou : Le mensonge de Dieu auquel nous avons substitué le «à» qui grammaticalement exprime le rapport au «de» qui lui désigne l’appartenance.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/07/23/article.php?sid=120401&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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