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Dans le festival, il y a toujours à boire et à manger par El Yazid Dib

21 juillet 2011

Contributions

Dans le festival, il y a toujours à boire et à manger

par El Yazid Dib

Quand la fête se fait au village, tout le monde est censé être invité.
Un esprit de zaouïa est vite installé dans le budget et les subsides publics.

Comme lors d’une zerda, dans un festival il y a toujours à boire et à manger.



En ce moment, toutes les wilayas se précipitent abondamment pour finir à la va-vite leur festival. Ramadhan approche, les congés sont presque épuisés, ce seront les dernières étapes de l’agitation folklorique du premier semestre. Drôle de situation ! Un festival qui doit se tenir ici, on lui fait une conférence de presse ailleurs. Mais qui est cette « commissaire du festival » qui parle d’une région documentaire sans avoir foulé son relief ? En se limitant juste à énumérer une liste d’artistes ou un nombre imprécis de musiciens, on ne se dresse pas comme un vrai manager de festivités. Si la fonction tend à ressembler à celle de tout commissaire, le compte est loin d‘être bon. Un régisseur de gala, un pourvoyeur de fonds, un organisateur de spectacles, un brainstorming festif, un coaching de vedettes… Oui mais quelqu’un que l’on nomme maladroitement commissaire et qui ne sert en fait qu’à recevoir ou attribuer des « commissions », cela amène le tout à changer en tout. Commissionnaire oui. Commissaire à recreuser davantage, à moins qu’il y soit revêtu par commission et non par omission d’un sens aigu de l’inquisition, de la requête, de la recherche et de l’enquête, un plein policier soit !

Pour faire taire la grogne le temps décimal d’une saga musicale, il existe des organes institutionnels pour ça. On joue avec l’argent du peuple soumis aux dépens d’un public provoqué. Les « festi-veaux » sont une aubaine annuelle pour les marchands de sons, de feu et d’artifices. Allez voir, messieurs de l’Inspection générale des finances, dans les entrailles de cet office chargé de « financer » ces représentations sporadiques. A combien s’élèvent le montage d’un plateau et la prise en charge de ceux qui l’agitent ? Quel est le sens gestionnaire que l’on donne aux cahiers de charges et aux dispositions du code des marchés dans ce monde clos et couvert ? Un cachet artistique ne se discute pas, peut-on nous dire, comme une prime de signature d’un grand joueur de foot. Le marché dans ce monde-là n’est pas ficelé selon l’orthodoxie financière et n’obéit à aucune facture pro forma ou devis contradictoires. Il y a un seul Cheb Khaled, un seul Mami. Un certificat administratif serait exigible par le contrôleur financier le cas échéant. Le cachet, mal défini car inégal, serait une tractation venant de toutes parts. De l’intercession au parrainage.

Le prix d’une heure de bruit diffère d’une sono à une autre. Celle de Bekakchi n’est pas identique à celle de Koufi. Celle de Khaled est loin d’être celle de Hamid Belbèche. Mami aurait demandé le paiement préalable en devises. Donc, ces sommes faramineuses qui se dissipent au vent et au rythme de la joie de quelques pontes du sérail d’avoir aidé ou assisté tel ténor devraient connaître une autre issue moins ludique et beaucoup plus pédagogique. De quoi construire quelques centaines de logements en quelques bruyantes nuits.

Quels sont les gens du spectacle qui font dresser les scènes, les jeux de lumières, les fumigènes et autres effets spéciaux ? Toujours les mêmes. Loin du domaine professionnel et formationnel. Du même douar. Regardez un peu dans le profil des additions facturières à la hausse que l’on dresse comme on dresse en hauteur des chapiteaux de cirque. Une seule affiche, pourtant dérisoire et digne d’un travail manuel d’écolier de premier palais, coûte les yeux de la tête. Comme une zerda, dans le festival, il y a toujours à boire et à manger. On offre sur une sous-tasse de bons de commande un bon « café », on distribue sous la même sous-tasse un « pot » de besoins urgents par-ci et par-là. Et que la fête commence !

L’on semble bien voir la tenue de festivals se dérouler entre le paradoxe de l’histoire et l’irréflexion des décisions. Il est presque admis et de notoriété que seules les villes ayant un espace de ruines peuvent s’émouvoir dans les pierres tombales et s’éclater dans les sarcophages éventrés.

Que rapporte un festival tenu sur les ruines d’antiques cités ? Que ce soit à Timgad ou à Djemila, les touristes noctambules ne font pas guichet fermé. Les populations de ces localités n’ont, durant l’année, que ce laps de temps pour voir l’autre monde. Celui venu en cortège officiel ou d’ailleurs. Même les ténors, les stars payées rubis sur ongle viennent tard et quittent tôt le village. Croyez-vous que Mami a pu visiter les allées, les bains, les temples de Timgad ? Croyez-vous que Cheb Khaled s’est rendu dans la journée, en plein jour, sur la grande place de l’empereur Nerva, à Djemila, là où il devait se produire une fois la nuit tombée, ou se faire prendre en photo-souvenir sous l’arc de Caracalla ? Il est venu, escorté, il s’en est allé de même. Une droite ligne. Aéroport-hôtel-scène. Aucun sous reçu ici n’est à dépenser ici. Pas même un p’tit souv en poterie locale que le jeune Timgadi ou Djemili peine à vendre.

C’est sous la fièvre estivale que toutes nos villes semblent frémir pour s’ériger en des podiums dignes d’abriter des festivals. Certes, ils ont tous leurs effets aléatoirement bénéfiques : secouer un tant soit peu l’habitude, remplir une mission d’animation agitatrice et créer du remous et du mouvement.

Mais en fait de festivals, tous se ressemblent. Du festival de la chanson oranaise à Oran, à celui de la chanson actuelle à BBA ou celui du raï à Sidi Bel-Abbès, en passant par Timgad, Guelma ou Tlemcen, une seule et unique expression commune : dépenser en croyant divertir. Si le pourquoi est connu, le comment et le pour qui demeureront toujours une affaire de contrôle de la finance publique.

Selon la définition usuelle et universelle, un festival est censé être une manifestation à caractère festif, organisée à époque fixe (annuellement, le plus souvent) autour d’une activité liée au spectacle, aux arts, aux loisirs, etc., et susceptible de durer plusieurs jours.

Il est souvent l’occasion tant attendue de la remise de trophées, de prix et de récompenses diverses. Jusqu’ici, ces normes structurelles sont aléatoirement respectées. Mais il vise aussi une exportation d’images à l’usage du monde entier. L’Algérie a besoin de s’internationaliser. Plus d’ouverture.

Nos festivals ont été les précurseurs à pas mal de stars arabes. Ils se sont faits sur nos scènes. Mais, si jamais l’on ramène de grosses pointures, même à coup de milliards, le talent en question serait une tare, bonne voie de transmission et de communication. Au festival de Djemila, nulle ombre d’un journaliste étranger, voire arabe, pourtant consacré à eux !

L’Office chargé, avec contrefaçon et gaucherie, disons-le, de la culture et de ces festivals, avec un responsable indéboulonnable et très courtisé, allant jusqu’à inféoder certains walis, devrait penser plus à affiner les objectifs qu’à affûter son absolutisme, sa supériorité et son irresponsabilité organisationnelle. On ne sait plus à quoi vise financièrement, outre le divertissement présumé, cette manifestation. A rentrer ou sortir des fonds ?

Cette septième édition de juillet 2011 à Djemila, qualifiée subitement et improprement « d’arabe », prouve une fois encore la recherche d’un repère pérenne. La culture dans la ville n’est qu’un programme officiel tracé, comme l’est par ailleurs la liste des premiers convives : sur commande, à la pipe et à la hâte. Les sponsors, venus comme l’on vient dans une réunion de LSP, sont aux premières loges. Cette vision culturelle n’est en somme qu’un protocole d’occasions et de circonstances. Elle vise plus une cible de pouvoir remplir une case de service fait que d’opter pour distraire une population.

Ici, dans cette lointaine localité, la population, grandement juvénile, toute acquise à ce déroulement de tapis rouges aux voitures rutilantes, ne garde de ce festival que le rinçage des yeux. Une fois l’événement passé, rebonjour l’isolement, la marginalisation et l’oisiveté étouffante. Elle aurait besoin, cette jeunesse, non pas d’une auberge de jeunes mais d’une maison où l’industrie crée de l’emploi et suscite une valeur ajoutée. Des usines, de l’investissement local employeur et source de richesse. Pourtant, certains locaux sont devenus, par le miracle de la promotion immobilière et de l’entreprise publique du bâtiment, de grands potentats. Mais pas ici. Dans le chef-lieu, ils sont devenus, après des années de dénuement, des personnalités adulées. La cause, cette fois-ci, est loin du festival. Elle est dans un autre cadre. Le ciment, le fer et le béton.

Les jeunes là jeûnent d’emploi et de loisirs. A Djemila, le temps ne se compte que pour une dizaine de jours. Le restant n’est qu’une consommation chronologique ordinaire. En fait, le festival n’apporte rien de nouveau aux autochtones. Même les taches de surveillance et de garde du site, des entrées, sorties, espaces et autres attributions déléguées seraient troquées ailleurs qu’ici. Elles seraient importées à l’aide de conventions, dit-on, avec des firmes maintenant florissantes de gardiennage. Toujours les mêmes. Ne laissant aux résidents que l’abrupte fonction de garder les automobiles de quelques visiteurs ou s’affairer dans la vente de menus coupe-faim.

L’on aurait voulu que nos festivals ne soient pas uniquement un contenu hybride d’un lot de spectacles à mettre au-dedans d’un amphithéâtre romain ou une manière dérisoire de rétribuer les artistes. L’art du spectacle, ou le spectacle vivant comme l’on dit, se devait de dépasser le cloisonnement du seul but de divertir. Certes, faire oublier la morosité journalière serait, entre autres, l’un des soucis de cette production de joie instantanée lors d’une représentation en public. La joie est partagée et trop vite consommée. Le retour au jour pénible et contraignant ferait subitement omettre sur la scène le spectacle, l’enthousiasme et les décibels. A Djemila, les lendemains de Sétif sont difficiles. La région est figée.

A l’arrêt. Un grand « Stop » semble lui obstruer le chemin de la continuité du développement enregistré à ce jour. Le monde attend l’hypothétique et itératif prochain mouvement.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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