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RENCONTRE AVEC ABDELKRIM TAZAROUTE «El-Hachemi Guerrouabi, un immense artiste au parcours atypique»

20 juillet 2011

Non classé

Culture : RENCONTRE AVEC ABDELKRIM TAZAROUTE
«El-Hachemi Guerrouabi, un immense artiste au parcours atypique»

Il y a cinq ans, le 16 juillet 2006, s’éteignait le cheikh El-Hachemi Guerrouabi, un monument de la chanson chaâbi. L’établissement Arts et Culture n’a pas manqué de lui rendre hommage et d’honorer la mémoire de l’artiste en organisant une rencontre littéraire au Centre des loisirs scientifiques, à Alger.


C’est Abdelkrim Tazaroute, écrivain et journaliste d’ El Moudjahid, qui a eu l’honneur d’animer la rencontre en ce jour commémoratif de la disparition du grand maître. Son beau livre Guerrouabi ou le triomphe du chaâbi a été surtout prétexte à débattre avec l’assistance sur l’homme et son œuvre aujourd’hui passée à la postérité. Il a donc suggéré quelques pistes de discussion car, a-t-il souligné, «on ne découvre la grande dimension d’un artiste que lorsqu’on se penche vraiment sur lui ; et là on se rend compte de la complexité du personnage et de la richesse de son parcours ». Ainsi, pour Abdelkrim Tazaroute, «cet immense artiste avait une personnalité hors du commun». La particularité de Guerrouabi, ce qui le distingue des autres maîtres, c’est d’abord «son parcours atypique, voire hors norme, s’agissant d’un chanteur chaâbi». Esprit novateur, en phase avec l’évolution de la société et de son époque, il a réussi à bousculer les règles austères du sanctuaire chaâbi pour donner un nouveau souffle à ce patrimoine musical, le faire renaître et étendre son audience. Dans sa jeunesse déjà, il a carrément bousculé la sacro-sainte règle qui impose à tout interprète débutant l’initiation classique auprès des maîtres, un long et laborieux apprentissage pour mériter enfin leur agrément. Et Abdelkrim Tazaroute de rappeler que «tôt orphelin des deux parents, le petit Guerrouabi était déjà différent des enfants de son âge. Il était plus grand, plus beau, avait le don de se faire chouchouter par son entourage, était un élève brillant. A l’école, il commença à se distinguer en chantant et en participant à des radiocrochets où il décrochait toujours le premier prix». Adolescent, il continue à se passionner pour la musique et la chanson (bien sûr, il aime aussi le football comme tous les jeunes de son quartier), mais se fait un peu oublier… Les prémices d’un parcours original sont pourtant là. Et voilà que, à 16 ans, le destin de Guerrouabi lui fait croiser sur sa route un certain Mahieddine Bachtarzi. «Ce jour-là, raconte Abdelkrim Tazaroute, il accompagnait un voisin à l’opéra d’Alger, l’actuel TNA. Il rencontre Mahieddine Bachtarzi qui, ayant déjà entendu parler de lui, lui propose un sacré challenge pour quelqu’un qui n’a aucune expérience de la scène : une première apparition dans un spectacle, le soir-même.» Le jeune homme a du caractère, il accepte et rencontre un franc succès. C’est ainsi que débute son parcours artistique et que son étoile commence à briller. Il participe à des opérettes, joue dans des pièces humoristiques. El-Hachemi Guerrouabi quitte alors Belcourt (le quartier de son enfance, lui qui est né le 6 janvier 1936 à El-Madania) pour s’installer à la Casbah, le quartier mythique des maîtres qui l’ont influencé tels El-Anka et H’ssissen, et surtout l’élégant Hadj M’rizek qu’il admire. Il y apprend à jouer de la guitare (et là il déroge à la règle question instrumentation) tout en perfectionnant ses capacités vocales. Durant ses vertes années, lorsqu’il se produit sur scène, Guerrouabi «n’est pas assis mais debout, chante de façon décontractée et avec le sourire», souligne Abdelkrim Tazaroute à propos de l’anti-conformisme du futur cheikh. Et puis, son passage par la comédie, son feeling et le souci de soigner son image lui apprennent par la suite à bien jouer son rôle devant la caméra. Ce sens de la mise en scène, en professionnel déjà averti, juste après les premières années de l’indépendance, «a fait que Guerrouabi a su intelligemment utiliser la télévision en sa faveur», ajoute Tazaroute. Résultat, le public des salles de spectacles et du petit écran découvre un chanteur beau, élégant et qui commence à imposer son charisme. Le public féminin notamment est conquis par ce chanteur au physique de jeune premier. Le phénomène d’identification a le mérite d’élargir l’auditoire des amateurs de la chanson chaâbi. «Surtout que, en 1962-1963, le chaâbi était en déclin et avait perdu son aura auprès des jeunes», selon Abdelkrim Tazaroute. Et de relever : «La rencontre avec Mahboub Bati a été salutaire pour la renaissance du chaâbi. C’est là que s’est opérée la fusion entre un interprète capable d’assumer le changement et un compositeur en phase avec son temps, celui-là même qui a permis à la chanson chaâbi d’intégrer le canevas du disque 45 tours et donc d’être diffusée et distribuée à plus grande échelle. Cet excellent casting avec El-Hachemi Guerrouabi a permis au duo de fonctionner pendant de longues années. Le chanteur a ainsi réussi le miracle de donner de la crédibilité au chaâbi avec des chansonnettes, des textes à la portée du large public et une composition moderne.» L’artiste qui aimait les défis (l’actualisation du chaâbi en est un) a poursuivi son parcours de perfectionniste en travaillant énormément. La célébrité, il ne la droit pas seulement à des titres comme El-Barah ou Allo Allo, mais aussi à une excellente interprétation (avec un cachet personnel) des textes du patrimoine ( madih, qasidate…). «Et là, il y a des chansons estampillées Guerrouabi. Par exemple El-Haraz, une chanson au milieu de laquelle il interprète un rôle… Un moment exceptionnel», nous dit Abdelkrim Tazaroute. «Dans les années 80», poursuit-il, lui et Aït Menguellet avaient été les seuls à résister à la déferlante raï. D’ailleurs, il fut le premier chanteur chaâbi à se produire au Théâtre de verdure, les autres n’osant pas. Et si Guerrouabi faisait toujours salle comble, il le devait au respect pour son public et à son sérieux dans le travail. C’est quelqu’un qui ne triche pas.» Le 4 juillet 2004, le Théâtre de verdure à Alger était archi-comble. El-Hachemi Guerrouabi y avait donné son dernier spectacle. «Un spectacle mémorable, se souvient Abdelkrim Tazaroute. La maladie l’avait beaucoup fatigué, mais dès qu’il commença à chanter c’était un tout autre personnage. Il renaissait…» L’osmose avec le public y est pour quelque chose. Il faut dire qu’en plus de son riche répertoire (que des titres cultes), le grand maître était aimé pour ses qualités humaines qui ont pour nom générosité, modestie, principes et valeurs sociales, respect des autres, fidélité en amitié… Une véritable école à tous points de vue. Pour Abdelkrim Tazaroute, il n’y a pas meilleur exemple pour les jeunes et les artistes que celui qui «avait consacré sa vie à la création, en restant au service de l’art et de la culture». L’écrivain, qui a également consacré un ouvrage à Mohamed Lamari, a d’autres projets d’écriture sur Sadek Abdjaoui, Brahim Izri et Warda El-Djazaïria. «Seulement, nous a-t-il confié, pareil travail nécessite énormément de temps libre, de recherche, de déplacements et de contacts…»
Hocine T.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/07/20/article.php?sid=120309&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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