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Nous et l’environnement par A.Boukerche

12 juillet 2011

Contributions

Depuis quelque temps, les informations les plus alarmistes sur l’état de la planète ne cessent de se succéder. On se plaint du dérèglement climatique qui bouscule les saisons: inondations au Bangladesh en 2000, au Mozambique (2000 et 2001) et en Europe (2006), des canicules et des feux de forêt au Portugal (2003), séisme au Pakistan

(2005), tsunami dans l’océan Indien (2004), l’ouragan Katrina aux Etats-Unis (2005).
En Afrique, le réchauffement climatique a fait disparaître une grande partie du lac Tchad. Auparavant, cette véritable mer intérieure faisait vivre une population conséquente mais les émissions des gaz à effet de serre sont passées par là. Résultat : un des lacs les plus grands du monde est presque rayé de la carte. A ce rythme, les spécialistes prédisent tout simplement sa disparition dans peu de temps. Le poisson, jadis abondant dans ce lac, devient de plus en plus difficile à trouver pour des populations qui n’ont que la pêche comme ressource. Sans parler de la raréfaction de l’eau, source de vie, et des maladies liées à la diminution de cette ressource vitale. Même si ce ne sont pas les pays africains qui sont directement responsables de cette pollution destructrice, ils sont néanmoins les premiers à en pâtir. Chez nous, on ne reconnaît plus le climat. A de grandes canicules succèdent des intempéries spectaculaires. La méditerranée est une mer de plus en plus polluée. Certaines plages de la corniche confirment, malheureusement, ce constat. Bref, la planète terre est malade et le diagnostic paraît sans appel. Pour la première fois de son histoire, l’humanité est face à un danger inédit et bien réel. Tous les pays sont concernés et surtout ceux qui y sont les moins préparés, c’est-à-dire les pays sous-développés ou en voie de développement. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette dégradation de l’environnement? Est-elle irrémédiable ?

L’inventivité technique

Il semble que l’activité humaine soit en grande partie responsable du réchauffement climatique. Comment ? Remontons quelque peu dans le temps. L’homme a depuis toujours cherché à dominer son environnement. Longtemps, il est resté un être, plus ou moins, soumis à la nature ou essayant de s’y conformer. Rappelons quelques évidences. L’homme, comme toutes les autres espèces vivantes, ne peut vivre dans la nature sans fournir des efforts pour subvenir à ses besoins. Aux premiers temps, l’homme est la créature la plus démunie de toutes les espèces. Il ne peut satisfaire ses besoins fondamentaux à partir de sa constitution naturelle. Il doit recourir à l’invention technique pour transformer la nature, la travailler pour en retirer sa subsistance. C’est parce que l’homme a été doté par le Créateur de l’intelligence qu’il est aussi un être voué au travail. L’animal ne travaille pas car il est naturellement programmé pour subvenir à ses besoins. Il n’a pas besoin de développer des outils techniques ou alors de façon instinctive et non évolutive (les castors, les abeilles, les oiseaux.. etc..). L’animal se suffit à lui-même et c’est pour cela que les animaux se situent en dehors de la sphère du progrès et de l’histoire. Seul l’homme, parce qu’il est doué de cette intelligence inventive et technique, est capable de progresser, de transformer son environnement pour le changer en un monde distinct de la nature sauvage.

Historiquement, le progrès de l’humanité a été lent jusqu’à une certaine date. Certes, de grandes civilisations telles que celles : des Egyptiens, Grecs, Romains, Arabes, etc…, ont accomplis des progrès décisifs pour l’humanité en termes de connaissances et de maîtrise technique mais elles restèrent en deçà du mouvement exponentiel qu’a connu le progrès technique à partir de la révolution industrielle du XIXe siècle.

C’est l’invention de la machine, en tant que système autonome capable d’accomplir des tâches, sans forcément recourir à la force humaine, qui va provoquer un bouleversement formidable dans toutes les cultures. Bien sûr, ce mouvement a connu une expression forte dans les nations où il a vu le jour, c’est-à-dire l’Occident.

A la Renaissance, Descartes, dans « Le discours de la méthode », appelait déjà de ses vœux l’émergence d’un monde nouveau où l’homme deviendrait «comme maître et possesseur de la nature». Ce rêve s’est concrétisé grâce au progrès technique, reflet de l’efficacité de cette intelligence humaine, qui se déploie à travers la rationalité scientifique. Le monde artificiel des machines venait sonner l’aube d’une nouvelle ère pour l’humanité où l’homme libéré du fardeau de la contrainte du labeur adoucirait ses conditions de vie. Tels étaient censés être les bienfaits du progrès technique qui se sont accomplis, depuis, dans de nombreux domaines: santé, transports, communication, etc..

Progrès et rentabilité

Cela dit, le progrès technique n’est qu’un des aspects de la révolution industrielle. Il y a eu un autre phénomène qui accompagna cette poussée du progrès.

L’invention de la machine marqua non seulement le basculement des sociétés artisanales dans l’ère industrielle mais aussi l’essor du capitalisme. Le progrès technique, par son efficacité, se maria à merveille au souci de la rentabilité économique. Dès lors, la nature a été mise en coupe réglée pour être exploitée au maximum.

Tous les pays, dits, développés ont eu pour point commun la maîtrise du progrès technique joint à ce système économique. C’est ce qui a justifié le colonialisme, afin de s’emparer des matières premières des pays colonisés, de les transformer grâce au progrès technique et d’en tirer des bénéfices conséquents sur le plan économique. En effet, l’apparition de la machine va chambouler complètement la manière de travailler des hommes et de produire des objets destinés à l’échange commercial. Elle ouvre des perspectives de gains que la production artisanale d’avant ne pouvait laisser envisager. Aussi, plus le progrès s’affirme plus la production se rationalise et plus l’homme maîtrise davantage la nature.

Ce qui fait la singularité de cette conjonction technico-économique c’est son absence de limites. Cette redoutable alliance se présente comme une évolution asymptotique que ne borne aucun horizon et dont on connaît la maxime : « on n’arrête pas le progrès ». Ce mouvement est non seulement irréversible mais aussi universel. Aucune nation, aucun peuple ne peut y échapper. C’est ce que semble exprimer la mondialisation.

On peut donc dire de façon schématique que, depuis cette révolution industrielle, la rationalité occidentale est devenue essentiellement de type technico-économique en alliant rentabilité et efficacité. C’est ce modèle de développement des sociétés qui s’est imposé au monde entier comme un modèle universel et unique.

L’état de la planète

Toutefois, quel rapport peut-on établir entre cette dynamique technico-économique et l’environnement? Si l’on se réfère à l’état de la planète, on peut dire que cette frénésie technico-économique a causé des dégâts dont certains semblent irréversibles.

Un des effets visible de ce progrès est la pollution. C’est ce que traduit le phénomène du réchauffement climatique que beaucoup de scientifiques commencent à prendre au sérieux. Le taux de gaz carbonique ne cesse d’augmenter sur la planète engendrant une élévation dramatique de la température qui, à son tour, a des effets destructeurs sur les éléments. Les océans sont les premiers à souffrir du réchauffement par l’acidification de leurs eaux, à cause du dioxyde de carbone. Conséquence: la faune et la flore sont en danger.

Certaines espèces disparaissent, là où d’autres se développent de façon inquiétante. C’est ainsi que les coraux diminuent alors que les algues et les méduses prolifèrent de façon anormale. Plus que cela, l’élévation de la température des eaux semble être liée à des événements climatiques qui sont devenus plus fréquents et plus violents tels les ouragans, les typhons ou les cyclones.

On constate aussi, depuis ces dernières années, un emballement au niveau climatique. On ne reconnaît plus les saisons. Autre conséquence du réchauffement climatique: l’assèchement du sol à cause du taux de dioxyde de carbone introduit par l’industrie dans l’air. L’abaissement du degré d’humidité entraîne alors le phénomène de désertification. C’est ainsi que des régions entières sont en train de se transformer en déserts arides. C’est le cas du lac Tchad en Afrique, de la mer Aral et de certaines parties du fleuve Amazone. L’augmentation de la température a pour autre effet le développement des feux de forêts qui augmentent un peu partout dans le monde. Bien sûr, il y a les mains criminelles et irresponsables mais l’assèchement des sols peut rendre vulnérables les forêts. Il suffit que la foudre prenne pour qu’une forêt soit décimée. Or ceci est facilité par un environnement sec.

N’oublions pas, dans ce tableau déjà assez catastrophique, l’état des calottes glacières dont la fonte rapide a pris de cours toutes les prévisions scientifiques les plus alarmistes et qui menace de rayer de la carte nombre de régions côtières dans le monde, sans parler de la nécessité de déplacer des millions de personnes avec toutes les difficultés que cela suppose.

Les perspectives

La révolution industrielle conjuguée à la recherche du profit a eu, donc, un effet radical sur la planète en l’espace de deux siècles à peine. Ce qui est peu comparé à l’échelle de l’histoire de l’humanité.       Si l’on rajoute à cela une démographie mondiale qui s’est accrue de quatre milliards d’individus en l’espace d’une cinquantaine d’années, on ne peut qu’être pris de vertige face au futur.

Les optimistes soutiendront que tout cela n’est que l’expression du pessimisme de certains esprits chagrins qui ne peuvent s’empêcher de voir les choses en noir. Il suffit de faire confiance à l’homme et au progrès pour que les problèmes soient réglés.

Or, cet optimisme pourrait n’être que le reflet d’une croyance aveugle qui s’en remet au progrès pour résoudre les problèmes posés par ce même processus.

Les résultats spectaculaires réalisés par la technologie moderne confortent la croyance en l’idée de progrès : demain sera mieux qu’aujourd’hui. Mais le progrès n’est pas synonyme d’évolution positive. Il peut aussi être destructeur et donc être un mal pour les hommes. Si les catastrophes qui existent déjà ne sont pas suffisantes pour nous faire prendre conscience de cela, que nous faudrait-il de plus?

Soit, la planète est mal en point mais nous, en tant qu’Algériens, en quoi serions-nous concernés ? N’est-ce pas l’affaire des pays occidentaux ? Ce serait tellement simple mais, malheureusement, ce problème nous concerne tous. L’Algérie, jusqu’à nouvel ordre, n’est pas située en dehors de la planète terre et nous n’avons pas un autre pays de rechange. De plus, nous devons laisser à nos enfants un espace viable et cela est de notre responsabilité à tous.

Un article publié dans ce même journal en avril 2009 et intitulé « Une seule terre suffit » laisse entendre qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure et qu’il suffirait de prévenir les émissions de gaz carbonique pour éviter toute catastrophe. On aimerait partager cet optimisme mais il faudrait, peut être, inviter M Lomborg ( l’auteur de cet article) à Oran et lui montrer l’état de notre cité : les déchets qui défigurent la ville, la pollution de l’air, la densité du trafic automobile, les problèmes d’hygiène, l’urbanisation anarchique, le bruit, la surpopulation, le manque d’eau, les chiens errants, …etc.

Faut-il, pour autant, revenir à l’âge de pierre, aux charrues et à la bougie? N’exagérons rien. Il y a du bon dans le progrès mais, en ce qui nous concerne, nous voulons profiter des bienfaits du progrès sans nous soucier de ses effets.

Il est, par exemple, tout à fait compréhensible de désirer avoir une voiture mais ce n’est qu’une machine censée faciliter nos déplacements et non pas la marque extérieure d’une réussite sociale.

Tant que nous mesurerons notre valeur à la marque de la voiture que nous possédons, nous resterons aliénés par rapport au progrès. Or, l’automobile est une source importante de rejet de gaz à effets de serre dans l’atmosphère. Il est plus que temps de songer à des moyens de transport plus propres. Pourquoi pas des véhicules électriques, au moins pour les administrations ? Le projet de tramway pour une ville comme Oran semble aller dans la bonne direction..

Il est étonnant, aussi, pour un pays comme le nôtre où le soleil brille à longueur d’année, que l’énergie solaire y soit si peu développée. Il y a là un réservoir d’énergie naturelle qui ne demande qu’à être exploité car le pétrole n’est pas éternel. Le progrès technique en ce domaine permet l’exploitation à grande échelle de cette énergie propre et renouvelable aussi bien pour les collectivités que pour les particuliers. Le vent, non plus, ne manque pas chez nous. Il fait lui aussi partie de ces énergies renouvelables qui peuvent être exploitées.

L’eau est une ressource primordiale. L’eau, c’est la vie. Encore abondante dans les pays développés elle est de plus en plus considérée comme une denrée rare qu’il faut économiser. Petit à petit, se propage dans les esprits l’idée qu’il faut lutter contre le gaspillage des ressources naturelles. Il devrait en être de même pour nous. L’eau doit être gérée à la fois d’un point de vue collectif par les autorités concernées mais aussi par le citoyen. Ce dernier reste l’acteur principal dans cette lutte contre le gaspillage de l’eau.

Enfin, comment expliquer la présence de tous ces chiens errants dans la deuxième ville du pays ? Ces animaux représentent une menace permanente pour la population. Force est de constater que c’est l’état de dégradation de notre environnement qui favorise ce genre de phénomène. Ces chiens livrés à eux-mêmes ne sont pas domestiqués et trouvent dans l’état de la ville les conditions de leur prolifération. Les déchets attirent ces hordes qui finissent par devenir dangereuses quand elles ont faim, sans parler des risques de maladie qu’elles font courir à la population.

De plus, ces déchets favorisent la multiplication d’autres espèces animales, autrement plus dangereuses, tels les rats, par exemple.

Aussi, si les autorités locales doivent sérieusement se pencher sur la question des déchets, il n’en demeure pas moins que la population, dans son entier, est concernée. Les animaux secrètent des déchets que la nature peut absorber.

Ce n’est pas le cas pour les hommes. Les déchets artificiels produits par l’homme ne sont pas tous assimilables par la nature. Les déchets sont le prix à payer du progrès. Plus l’homme accède au confort matériel de la vie moderne et plus il produit de déchets en tout genre.

La gestion des déchets, surtout dans les grandes concentrations urbaines, est devenue un problème crucial, signe de la complexité de la vie moderne et qui ne peut être traité à la légère. Les déchetteries et les décharges doivent faire l’objet d’une véritable réflexion, de même que la nécessité du tri sélectif.

Alors, peut-être verrons-nous disparaître ces scènes ubuesques que nous ne remarquons même plus, tellement nous sommes blasés. Un élégant monsieur, dans un quatre-quatre dernier cri et polluant, qui jette négligemment ses ordures ménagères, soigneusement emballés dans des sacs plastiques, sur un trottoir. Il ne se donne même la peine de déposer les déchets au coin de sa rue en sortant de sa voiture.

Il y a dans cette scène, authentique, le concentré de toutes nos contradictions : la volonté de maîtriser les dernières productions du progrès et une indifférence quasi pathologique vis-à-vis de notre environnement hors de la sphère privée.

Il y a sûrement beaucoup d’autres pistes que nous devrons creuser. La crise mondiale qui vient de sévir remet en cause le modèle technico-économique qui s’est imposé jusqu’à présent. Si le G8 s’est transformé en G20, c’est que l’Occident ne peut plus décider seul de l’avenir de la planète car son modèle s’essouffle.

Le réchauffement climatique est en partie responsable de cette prise de conscience. C’est tout le problème du rapport qu’entretient la politique avec l’économie au plan mondial. Les décideurs politiques du monde entier doivent revoir leur manière d’envisager l’économie dans son rapport au progrès technologique, mais cela sera insuffisant sans la participation de tous. Chacun est, à son niveau, responsable du futur.

Nous devons intégrer profondément cette idée qu’il faudra changer certaines de nos habitudes pour en acquérir d’autres qui respectent et protègent notre environnement. Le plus vite sera le mieux.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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