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L’Algérie après 47 ans d’indépendance politique 1962/2009 : Entre la logique rentière dominante et la logique réformiste porteuse d’espoir par Abderrahmane Mebtoul *

12 juillet 2011

Contributions


C’est dans ce cadre que l’on assiste à une relative aisance financière (plus de 140 milliards de dollars de réserves de change fin juin 2009 et un stock de la dette inférieur à 5 milliards de dollars US) mais une régression économique et sociale (exportation hors hydrocarbures inférieure à 2% du total et un taux de croissance de 1,6% en 2006, inférieur à 3% en 2007/2008, contre plus de 5% entre 2003/2005),

une prévision inférieure selon le FMI et la Banque mondiale à 3% pour 2009/2010 (une faible création d’emplois à valeur ajoutée malgré des dépenses monétaires sans précédent, un taux de chômage selon l’organe officiel ONS de 11,6%, mais plus de 20% selon les organismes internationaux) avec des tensions de plus en plus criardes avec le retour de l’inflation – plus de 4% selon l’officiel en 2007, 4,7% en 2008, 6,1% pour le premier trimestre 2009 (12% selon certains organismes internationaux 2007/2008 contre moins de 3% entre 2002/2006) et donc la détérioration du pouvoir d’achat de la majorité avec une nette concentration du revenu au profit d’une minorité de couches rentières, détérioration accélérée par un endettement croissant surtout des couches moyennes laminées, des prêts pour voitures, logements, électroménagers qu’il faudra rembourser avec des taux d’intérêt composés.

C’est également durant cette période courant novembre 2008 qu’est amendée la constitution, non pas par référendum mais à la majorité des deux chambres, les députes et sénateurs se feront comme leurs prédécesseurs voter un salaire de plus de 300.000 dinars par mois, plus de quatre fois le salaire d’un professeur d’université en fin de carrière. Cet amendement ne limite plus les mandats présidentiels, tout en supprimant le poste de chef de gouvernement en le remplaçant par celui de Premier ministre consacrant un régime présidentiel. Dans la foulée, l’élection présidentielle s’est tenue le 09 avril 2009 où l’ancien président est réélu pur un nouveau mandat de cinq années (2009/2014) en promettant la création de trois millions d’emplois durant cette période et d’augmenter le pouvoir d’achat des Algériens. Mais fait nouveau, une crise mondiale sans précédent depuis la crise d’octobre 1929 est apparue en octobre 2008 qui sera d’une longue durée du fait des impacts mondiaux (l’interdépendance des économies) et selon l’avis unanime des observateurs internationaux jusqu’en 2013/2014 si les thérapeutiques appliquées s’avèrent efficaces du fait d’une perte en sous capitalisation provisoire de plus de 52.000 milliards de dollars.

Comme en 1986, courant 2008/2009 différents responsables politiques déclareront à la télévision officielle que la crise ne touche pas l’Algérie du fait de la non connexion avec le système financier mondial, de la non convertibilité du dinar et de l’importance des réserves de change oubliant la chute des cours des hydrocarbures qui représente plus de 98% des recettes en devises et que les dépenses réelles au rythme de 2008/2009 se fondent sur 78 dollars le baril tenant compte des surcoûts estimés à environ 20% (donc ne faire une double comptabilité avec le fonds de régulation qui contient une partie des réserves de change et le prix de référence de 37 dollars contenu dans la loi de finances qui établit l’équilibre budgétaire). Aussi des tensions budgétaires risquent de se manifester courant 2012 pour un cours entre 55/60 dollars, ne devant jamais oublier qu’il faille déflater par le cours du dollar , un baril à 70 dollars juin 2009 équivalant à prix constant du 01 janvier 2009 à moins de 63 dollars en parité pouvoir d’achat euros, du fait de la dépréciation accélérée du dollar, due en grande partie à l’important déficit budgétaire américain (plus de 1800 milliards de dollars en 2009). Mais le problème n’est pas tant le financement mais l’utilisation rationnelle des ressources financières.

L’ALGERIE TOUJOURS A LA RECHERCHE DE

SON DESTIN OU UNE TRANSITION INACHEVEE

DES DEPENSES MONETAIRES COLOSSALES AVEC UN IMPACT MITIGE

La question centrale qu’il convient donc de se poser est la suivante : d’une part, les objectifs ont-ils été atteints entre 2004 et 2009, et avec la chute de plus de 50% des recettes des hydrocarbures, comme en 1986, les promesses entre 2009 et 2014 seront-elles tenues car les tendances lourdes étant ce qu’elles sont, il ne faudrait pas s’attendre à des renversements significatifs ? Car il existe une loi économique insensible aux slogans politiques : le taux d’emploi est fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité. Avec une croissance de la population active de plus de 3,4%, un taux de croissance inférieur à 3% entre 2009 et 2014, il est impossible de créer trois millions d’emplois (en majorité créateurs de valeur ajoutée), qui nécessitent, selon les experts et le gouvernement lui-même, 6/7% de croissance annuelle. Car en dehors des bilans physiques qui ont peu de signification sans une avancée des réformes de fond, à savoir les réformes micro-économiques et institutionnelles, sans lesquelles le cadre macro-économique stabilisé entre 1995 et 1997 serait éphémère, il y a un fort risque du retour inévitable à l’inflation et à l’accélération du chômage, réformes qui seules permettent un développement durable à moyen et long terme.

Comme est nécessaire une analyse des impacts par catégories socioprofessionnelles et des écarts entre les coûts prévisionnels et les coûts réels. Comme est posée cette question vitale : le blocage n’est-il pas d’ordre systémique car la situation actuelle est le produit historique, certes, de la politique actuelle avec des relations complexes entre l’économique, le politique, le social et le culturel, mais également de toutes celles antérieures à l’indépendance politique (colonisation), de 1963 à nos jours, du fait que le fondement du système bureaucratique rentier a peu évolué.

Car le constat à travers ce cheminement historique, durant cette période de transition difficile d’une économie étatisée à une économie de marché concurrentielle et l’Etat de droit et la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle, est que les réformes sont timidement entamées malgré des discours apparemment libéraux et moralisateurs, que contredisent journellement les pratiques sociales. Les banques, lieu de distribution de la rente, continuent de fonctionner comme des guichets administratifs, et du fait des enjeux, les réformes souvent différées s’attaquant plus aux aspects techniques qu’organisationnels, alors qu’elles sont le moteur des réformes, la privatisation et le partenariat comme moyens d’investissement et de valeur ajoutée piétinent faute de cohérence et de transparence.

La facture alimentaire continue d’augmenter malgré le fameux programme agricole (PNDA), dont il conviendra de faire le bilan, du fait que plusieurs milliards de dollars de dépenses, la bureaucratie et la corruption continuent de sévir. Comme conséquence, résultats de la pratique de plusieurs décennies et non seulement de la période actuelle, nous assistons à des tensions à travers toutes les wilayates contre la hogra, la corruption, la malvie d’une jeunesse dont le slogan «nous sommes déjà morts», traduit l’impasse du système économique à générer une croissance hors hydrocarbures, seule condition d’atténuation des tensions sociales pour faire face à ce malaise social.

Ainsi, le peuple désabusé vit dans le désespoir, comme en témoigne le passage de la musique raï qui exprime la malvie depuis les années 1980, puis ces jeunes qui tiennent les murs et le paradoxisme du désespoir, les harraga, ces jeunes, souvent avec la complicité de leurs parents, qui bravent la mort. Aussi, s’agit-il de mettre fin à cette sinistrose que certains politiques se hasardent à banaliser sans s’attaquer à l’essence, mortelle pour toute Nation, alors que certaines actions urgentes sont à souhaiter.

DES CHANGEMENTS PERPETUELS DU CADRE

JURIDIQUE, PRODUIT DE RAPPORTS DE FORCES CONTRADICTOIRES

QUI DECOURAGENT TOUT INVESTISSEUR POTENTIEL

A-t-on réfléchi à la mise en place des mécanismes transparents de contrôle pour que les scandales financiers depuis l’indépendance politique ne se renouvellent plus, car les mêmes causes engendrent les mêmes maux, même si l’on change les personnes ? Car pourquoi un changement de ministre si l’on reste dans la même logique ? Ce serait inutile.

- A-t-on réfléchi une fois sur les gains qu’occasionnerait une réduction des coûts de Sonatrach seulement de 10%, qui permettraient des économies – des centaines de milliards de dinars -, sans compter les économies de gestion des autres secteurs budgétivores, dont les 180 milliards de dollars du programme de soutien à la relance économique ?

- A t-on réfléchi une fois que si le cours du baril chute à moins de 40 dollars et avec l’épuisement des ressources pétrolières et gazières dans moins de 30 années, un jeune de 5 ans aujourd’hui aura 35 ans ? Où la situation serait comparable à celle de certains pays les plus pauvres d’Afrique ?

- Nos responsables ont-ils analysé l’impact de l’exode des cerveaux et vu les longues files d’attente auprès des ambassades pour le visa depuis l’aube du jour au crépuscule, chez lesquels le rêve est de s’enfuir du pays ?

- Combien de milliers d’épargnants ont déposé lors des 40 dernières années les économies de leurs enfants avec beaucoup de sacrifices à la CNEP pour avoir le droit au logement ? Mais il en a été décidé autrement au nom du droit du prince. Combien de ménages se sont sacrifiés pour que leurs enfants fassent des études et donc avoir un emploi, mais toujours le droit du prince a décidé de faire jouer la règle de Piter, qui consiste à ce que l’on gravite dans la hiérarchie proportionnellement au degré d’incompétence dans le sillage des relations de clientèles. Peuvent-ils toujours croire que c’est le travail et la récompense de l’effort mérité qui fondent les échelles de valeurs ?

- Combien d’investisseurs nationaux et étrangers ont subi les effets du système bureaucratique avec les changements perpétuels du cadre juridique, alors que la règle d’or est la stabilité des institutions : licences d’importation entre 197O et 1985 distribuant des rentes au niveau ministériel : OSCIP avec la signature exigée de trois ministres entre 1985 et 1986, puis dissolution, alors que des centaines de dossiers ont été agréés et transmis à la Chambre de commerce en 1988, où ce sont les privés qui jugeaient des projets d’autres privés (monopole par excellence et cacophonie) ; Conseil de la Monnaie et du Crédit pour les autorisations d’installation des banques, dont les récents scandales financiers ont vu le dysfonctionnement avec d’autres structures de l’Etat.

- Comment ne pas rappeler les ambiguïtés dans la gestion des capitaux marchands de l’Etat, qui traduisent en réalité la neutralité des rapports de force au sommet de l’Etat et expliquent le manque de visibilité et de cohérence de la politique économique et sociale, que l’on essaie de voiler tant par de l’activisme ministériel et des dépenses monétaires, sans se préoccuper des coûts et de la qualité, permis grâce aux cours élevé des hydrocarbures, que des replâtrages juridiques avec une instabilité juridique qui décourage tout investisseur sérieux. A titre d’exemple pour ces dernières années : la nouvelle, l’Ordonnance n°2001-04 du 20 août 2001 relative à l’organisation, la gestion et la privatisation des entreprises publiques économiques ; l’Ordonnance n°01-03 du 20 août 2001 relative au « développement de l’investissement et le Décret exécutif n°01-253 relatif à la composition et au fonctionnement du Conseil des participations de l’Etat, placé sous l’autorité du Chef du gouvernement, qui en assure la présidence ; du Décret exécutif du 9 octobre 2006 relatif aux attributions, à la composition, à l’organisation et au fonctionnement du Conseil de l’investissement (CNI), prévu par l’Ordonnance du 20 août 2001, qui stipule dans son article 19 que le Conseil, présidé par le Chef du gouvernement, chargé notamment de proposer la stratégie et les priorités pour le développement de l’investissement ; de l’Ordonnance n°06-08 du 15 juillet 2006 modifiant et complétant l’Ordonnance du 20 août 2001 relative au développement de l’investissement (JORA n°047 du 19 juillet 2006) et de la création de l’Agence nationale du développement de l’investissement ANDI, qui est un établissement public à caractère administratif (EPA), au service des investisseurs nationaux et étrangers, et enfin le dispositif de soutien à l’emploi de jeunes par l’ANSEJ (Ordonnance n°96-31 du 30 décembre 1996 portant loi des finances pour 1997).

Concernant l’épineux problème du foncier destiné à l’investissement, le dispositif, mis en place le 23 avril 2007, qui se proposait de mettre fin à la confusion, la complexité et l’opacité, qui a nourri la méfiance et le désarroi des demandeurs d’assiettes foncières, vient, à son tour, de subir un toilettage à travers l’Ordonnance du 1er septembre 2008 relative à la concession des terrains relevant du domaine privé de l’Etat.

De cette situation, il est utile de rappeler que de l’indépendance politique à nos jours, l’économie algérienne a connu différentes formes d’organisation des entreprises publiques. Avant 1965, la forme d’autogestion était privilégiée ; de 1965 à 1980, nous avions de grandes sociétés nationales et de 1980 à 1988, nous assistons à une première restructuration découpant les grandes sociétés nationales. Comme conséquence de la crise de 1986 qui a vu le cours du pétrole s’effondrer, des réformes timides sont entamées en 1988 : l’Etat crée 8 fonds de participation qui étaient chargés de gérer les portefeuilles de l’Etat. Comme conséquence de la cessation de paiement en 1994 (avec le rééchelonnement) en 1996, l’Etat crée 11 holdings en plus des 5 régionaux avec un Conseil national des privatisations ; en 2000, nous assistons à leur fusion en 5 méga-holdings et la suppression du Conseil national des privatisations ; en 2001, nouvelle organisation et l’on crée 28 sociétés de gestion des participations de l’Etat (SGP).

Lors de différents Conseils de gouvernement tenus durant toute l’année 2007, une nouvelle organisation est proposée par le ministère de la Promotion de l’Investissement (les deux grandes sociétés d’hydrocarbures Sonatrach et Sonelgaz, régies par des lois spécifiques n’étant pas concernées), articulée autour de quatre grands segments : des sociétés de développement économique qui relèvent de la gestion exclusive de l’Etat gestionnaire ; des sociétés de promotion et de développement en favorisant le partenariat avec le secteur privé international et national ; des sociétés de participation de l’Etat appelées à être privatisées à terme ; et enfin, une société chargée de la liquidation des entreprises structurellement déficitaires.

Courant février 2008, cette proposition d’organisation, qui n’a pas fait l’unanimité au sein du gouvernement et certainement au niveau de différentes sphères du pouvoir, est abandonnée et une commission, dont les résultats ne sont pas connus à ce jour, est créée pour déterminer la future organisation du secteur public économique, la ventilation des différentes sociétés de participation de l’Etat (SGP), qui relèveraient soit de la tutelle de chaque ministère, soit du ministère de l’investissement, ce qui suppose de revoir sa dénomination puisqu’un décret gouvernemental ne peut remplacer un décret présidentiel.

Ces changements d’organisation périodiques démobilisent les cadres du secteur économique public, et même les investisseurs locaux et étrangers montrant clairement la dominance de la démarche bureaucratique au détriment de la démarche opérationnelle économique, assistant à un gaspillage des ressources financières et à un renforcement de la dynamique rentière.

TERRORISME BUREAUCRATIQUE ET ECONOMIE RENTIERE

- Le blocage essentiel de l’investissement local et étranger n’est-il pas le terrorisme bureaucratique qui se nourrit du manque de visibilité et de cohérence dans la réforme globale ? Et ce nouveau juridisme est-il suffisant, sans objectifs politiques précis et sans cohérence et visibilité dans la démarche ?

- A-t-on mis en place d’autres mécanismes pour éviter que les investisseurs soient pénalisés par les différentes tracasseries administratives (registre de commerce : plusieurs mois alors que dans des pays normaux cela met quelques heures), banques qui sont des guichets administratifs, fiscalité fonctionnant sur les méthodes du XIXe siècle, douane, terrain au niveau des collectivités locales (le cadastre n’étant pas à ce jour réactualisé et le problème du foncier non résolu malgré certains discours).

Car le parcours du combattant, lorsqu’on n’a pas fait faillite dans les méandres bureaucratiques, dure plus de 3 années entre le moment de la maturation du projet et sa réalisation, alors que dans tous les pays du monde, l’écart ne dépasse pas quelque mois, pour ne pas dire quelques semaines.

- A-t-on analysé les impacts des différents assainissements des entreprises publiques sans résultat ? Plus de 40 milliards de dollars entre 1991 et 2008, de quoi créer tout le tissu industriel existant mais cette fois compétitif ; le développement écologique, fondement du développement durable avec ces unités polluantes, ces constructions dans la majorité des secteurs selon les normes dépassées et ce taux d’urbanisation effréné (des éco-pôles mais en réalité de vulgaires hangars, comme l’a souligné le Président Bouteflika lui-même), avec les risques de ghettos qui enfanteront inéluctablement la violence.

- A-t-on analysé objectivement l’importance de la sphère informelle drainant plus de 40% de la masse monétaire en circulation, employant plus du quart de la population occupée, fonctionnant dans un espace social de non-droit, dont la croissance est proportionnelle au poids de la bureaucratie et de la corruption et les moyens de l’intégrer loin des mesures administratives autoritaires ?

- S’est-on soucié de la connaissance du bouleversement mondial où les capitaux iront s’investir là où les obstacles politiques sont mineurs, d’un grand espace socio-économique, d’où l’importance de l’intégration maghrébine au sein de l’espace euro-méditerranéen, et des impacts réels de notre adhésion à la zone de libre-échange avec l’Europe (applicable depuis le 1er septembre 2005) et du futur accord avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les moyens de s’y adapter ? Et qu’en sera-t-il du rôle effectif de l’Algérie au sein de l’Union pour la Méditerranée, avalisée à Paris le 13 juillet 2008 ?

Et donc est-il réaliste de vouloir opposer des Etats, alors qu’il n’existe pas de divergences fondamentales en termes géostratégiques entre les Etats-Unis et l’Europe mais, pour paraphraser les militaires, seulement des tactiques divergentes à court terme ? Et notre diplomatie ne devrait-elle pas s’adapter à cette nouvelle donnée différente fondamentalement des années 1970, période de la guerre des blocs avec l’implication plus importante des organisations non gouvernementales crédibles et non créées artificiellement ?

POUR UN DISCOURS DE VERITE

- En fait, l’Algérien ne vit-il pas un drame shakespearien, en pensant à ce monde imaginé par le célèbre écrivain Kafka, dominé par l’absurde et l’irrationnel ? L’intelligence ne suppose-t-elle pas l’adaptation aux situations, où la débrouillardise, les passe-droits sont devenus la règle, expliquant fondamentalement cette corruption, cette maladie du corps social qui tend à se généraliser et à se socialiser ? Et c’est là que nous retrouvons les fondements des oeuvres à la fois du grand philosophe allemand Kant et des anthropologues sur la rationalité qui est relative car historiquement datée, et du psychiatre Freud.

Cette situation a été amplifiée par la période tragique de l’histoire de l’Algérie de 1990 à 2000, où la jeune fille ou le jeune garçon de 10 ans en 1990, qui ont maintenant 27 ans, ont vécu dans un cadre de violence, de haine, dont les effets psychologiques dévastateurs sur une large fraction de notre population sont immenses. Combien de milliers d’exemples peuvent être cités qui peuvent être généralisés dans maints segments de la sphère sociale, loin des schémas théoriques des bureaux climatisés des bureaucrates algériens.

Ce divorce Etat-citoyens est favorisé d’ailleurs par l’effritement du système d’information, où nous assistons à un dialogue de sourds. Et comment ne pas se rappeler cette image de la télévision algérienne où, à une question sur le taux de chômage, un ministre affirmera que les enquêtes donnent 11%, et qu’un journaliste lui répliqua : êtes-vous sûr de vos données ? Oui, répond le ministre. C’est à quoi le journaliste répliqua, sous l’oeil amusé de la présentatrice, non convaincue d’ailleurs, qu’il irait faire un tour dans les quartiers d’Algérie et qu’il dirait aux chômeurs que dorénavant leur appellation n’est plus chômeur mais travailleur. Car, comment avec un taux de croissance avoisinant 2/3% entre 2006 et 2008, peut-on afficher un accroissement de l’emploi utile supérieur aux années précédentes, inférieur au taux de croissance de la population active, où le taux était 5% ? Cela contredit les règles élémentaires de l’abc de l’économie.

Cela ne fait-il pas rappeler, vers la fin des années 1980 et après la grande pénurie que connaissait le pays après la crise de 1986, l’ENTV, où un ministre algérien avançait avec assurance que le marché était saturé selon les données en sa possession, la présentatrice lui rétorquant en lui demandant s’il a fait un jour le marché et que la population algérienne ne mangeait pas les chiffres…

Pourtant, l’Algérie reste un pays dynamique et plein de vitalité. A l’instar de tous les pays du monde qui fêtent la victoire de leur équipe de football, comment et sans chauvinisme ne pas se réjouir de la victoire brillante de l’équipe algérienne à la fois sur l’Egypte et sur la Zambie. Et ce, sans chauvinisme ou xénophobie car les équipes zambienne et égyptienne n’ont pas démérité. Comment ne pas constater l’enthousiasme de cette jeunesse qui a déferlé de joie à travers toutes les rues de l’Algérie, loin de toute manipulation politique et brandissant avec joie et fierté l’étendard, le drapeau Algérie. Et comment donc ne pas penser un seul instant qu’elle constitue une force dynamique de développement, beaucoup plus importante et pérenne que toutes les ressources en hydrocarbures. Comment enfin ne pas penser à son devenir car l’Algérie dans trente (30) ans, c’est-à dire demain, avec une population qui approchera les 50 millions d’habitants, avec l’épuisement des ressources en hydrocarbures.

L’âge moyen de nos filles et garçons d’environ 20 ans en 2009, sera dans 30 ans de 50 ans et, entre-temps, ayant une exigence comme tout Algérien d’avoir un emploi, un logement, se marier et donc avoir des enfants, donc une demande sociale croissante. Aussi, il faut à tout prix éviter d’avoir du mépris pour ce grand peuple et le considérer comme un peuple mineur, car la jeunesse algérienne est capable de miracles, pour peu que les gouvernants lui tiennent un discours de vérité grâce à une nouvelle communication et une gouvernance rénovée. Car, en raison de la défiance nourrie à l’endroit du militantisme partisan et ses satellites, et cela n’est pas propre à l’Algérie, comme le montre le fort taux d’abstention aux élections européennes ce mois de juin 2009, les formations politiques actuelles ont de plus en plus de difficultés aujourd’hui à faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, de contribuer significativement à la socialisation politique, et la solution de facilité est de bureaucratiser la société qui constitue un facteur paralysant.

Ce sont là des raisons suffisamment importantes pour envisager sérieusement de réorganiser le système partisan et la société civile en vue de leur donner les moyens dont ils ont besoin pour remplir la fonction qui est la leur dans tout système politique démocratique. Car, notre analyse montre clairement que le fondement du système entre 1962 et 2009, reposant sur la rente, reste le même, impliquant donc une profonde mutation systémique si l’on veut lever les contradictions et être au diapason du monde moderne. La composante des partis au pouvoir est sensiblement la même, du fait de l’éclatement du parti unique le FLN depuis 1990, entre trois tendances, la tendance nationaliste conservatrice, la tendance nationaliste dite moderniste et la tendance nationaliste dite islamique, l’opposition véritable étant marginalisée et les nombreux micro-partis insignifiants, souvent instrumentalisés par l’administration, ne se manifestant qu’au moment des échéances électorales, en contrepartie d’une fraction de la rente.

C’est que face aux mutations mondiales et internes à la société algérienne, cette jeunesse «parabolée» a une autre notion des valeurs de la société. Cela se constate à travers l’éclatement de la cellule familiale, la baisse progressive du poids des tribus, de certaines confréries religieuses et de certaines organisations syndicales (ces dernières mobilisant uniquement pour des revendications sociales et non pour des actions politiques), du fait de discours en déphasage par rapport aux nouvelles réalités mondiales et locales. En fait, cela renvoie à la refonte de l’Etat, conciliant la modernité et la préservation de notre authenticité, dont l’objectif stratégique serait plus de liberté, d’efficacité économique, de justice sociale et de moralité des institutions. Le passage de l’Etat de « soutien contre la rente » à l’Etat de droit « basé sur le travail et l’intelligence » est un pari politique majeur, car il implique tout simplement un nouveau contrat social et un nouveau contrat politique entre la Nation et l’Etat. Car, sans la prise en compte de ces éléments stratégiques et les moyens d’y faire face concrètement, loin des discours démagogiques, il y a un fort risque d’un discrédit des discours qui accélérerait le divorce Etat/citoyens qui aura un impact évident sur le développement futur du pays.

Mais il ne faut pas avoir une vision essentiellement négative. N’oublions jamais ce qu’était l’Algérie en 1962 : totalement dévastée, avec combien de médecins, d’avocats, d’ingénieurs. Où habitaient la majorité des Algériens ? Tout ce qui a été fait depuis l’indépendance politique à nos jours, tant durant les périodes de présidence de Boumediène, Chadli, Bouteflika, car la période 1963/1965 (juste à la sortie d’une guerre contre la colonisation) et la période tragique 1990/1999 a été une période de survie pour la nation algérienne, où il est utopique de parler de développement, n’est pas totalement négative: beaucoup d’aspects positifs mais également beaucoup d’aspects négatifs qu’il convient maintenant de corriger pour les générations futures.

CONCLUSION : L’ALGERIE A TOUTES LES POTENTIALITES POUR DEVENIR
UN PAYS PIVOT AU SEIN DE L’ESPACE EURO-MEDITERRANEEN

C’est donc le destin de l’Algérie qui se joue actuellement. Car par ses luttes quotidiennes, l’ensemble de la population algérienne est consciente des stratégies sociales des différents acteurs de ceux qui veulent préserver l’ordre établi de la rente et des autres acteurs qui veulent un changement profitable à l’immense majorité pour lui redonner un début de lueur d’espoir afin de briser ce pessimisme généralisé et permettre ainsi une dynamique durant ce cycle descendant visionné par le grand sociologue maghrébin Ibn Khaldoun, cycle qui répond à l’implacable logique historique du dépassement nécessaire de toute société anomique. Car, le cours de l’Histoire, que certains tenteront de freiner mais en vain, voulant préserver les intérêts de la rente, est irréversible pour une société basée sur plus de justice sociale, plus de liberté, une participation plus active de la femme à la gestion de la Cité, un Etat de droit et de démocratie tenant compte des nouvelles mutations mondiales.

D’où l’importance à mes yeux de l’intégration maghrébine au sein de l’espace euro-méditerranéen, tout en n’oubliant pas le continent Afrique, tenant compte du nouveau défi écologique et des énergies alternatives en ce monde impitoyable où toute Nation qui n’avance pas recule.

C’est dans ce cadre qu’entre le fondement de cette analyse qui rejoint celle des grands philosophes, notamment Friedrich Von Schiller, pour qui «on ne trouvera la totalité de caractère que chez le peuple qui sera capable et digne de transformer l’Etat de nécessité en Etat de liberté», et d’Aristote pour qui « toute personnalité immorale ne peut prétendre parler ou agir au nom de la Cité».

En bref, pour ma part, je considère que le rôle de l’intellectuel ou du journaliste n’est pas de produire des louanges par la soumission contre-productive pour le pouvoir lui-même en contrepartie d’une distribution de la rente, mais d’émettre des idées constructives, par un discours de vérité pour faire avancer la société selon sa propre vision du monde.



* Professeur d’université en management stratégique (Economiste – Algérie)

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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