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Etude -Réalisme romanesque des années 80 dans l’espace algérien par Bouba Tabti Mohammedi

6 juillet 2011

LITTERATURE

En avril 2001, à l’Institut des Langues Etrangères de l’Université d’Alger- Bouzaréa, Bouba Tabti Mohammedi a soutenu avec succès sa Thèse de Doctorat d’Etat. Le titre en est, Espace algérien et réalisme romanesque des années 80.

Le corpus choisi analyse des romans qu’on peut considérer comme majeurs aussi bien que des oeuvres de moindre importance : pour les hommes, il s’agit d’oeuvres de Mohamed Chaib, de Khélifa Benamara, de Chabane Ouahioune, de Azzedine Bounemeur, de Mouloud Mammeri et de Rachid Mimouni; pour les femmes, des romans d’Assia Djebar, de Hawa Djabali, de Hafsa Zinaï-Koudil, de Djanet Lachmet et de Fettouma Touati auxquelles ont été jointes trois écrivaines publiant dans la décennie suivante, Maïssa Bey, Ghania Hammadou et Hawa Djabali. Nous proposons aux lecteurs d’Algérie Littérature/ Action, les pages conclusives de cette thèse9.

La lecture des romans de notre corpus fait apparaître, aussi bien dans le choix des espaces convoqués dans les textes que dans leur traitement et dans les fonctions qui leur sont attribuées, un certain nombre de différences mais aussi des convergences. Nous nous attacherons à souligner les unes et les autres. Elles nous semblent significatives d’un état de société dont la description a sous-tendu notre recherche qui s’est voulue attentive à ce que la littérature nous disait à un moment donné, sur nous-mêmes, sur notre époque et notre pays. Sans doute n’est-il pas nécessaire de répéter que la littérature n’est pas le reflet du réel mais on sait aussi que la société construite par les romans, pour partielle qu’elle soit, rend compte, à sa manière, des perturbations qui affectent celle qui lui sert de référence et de façon d’autant plus évidente que les oeuvres de cette décennie confrontées à des bouleversements profonds, privilégient une écriture caractérisée par la “lisibilité” et ce que Charles Bonn appelle le “retour du référent”10.

Les mêmes espaces reviennent dans la plupart des romans, exception faite du désert, jouant le rôle fondamental que l’on a essayé de montrer dans La Traversée mais quasiment absent des autres romans sinon sous une forme allusive comme dans La Mue de Benamara. Villes, montagnes, villages, se retrouvent dans toutes les oeuvres où abondent les espaces, quels que soient la place qui leur est accordée et le rôle que le récit entend leur faire jouer. Cependant les valeurs dont ils se chargent peuvent varier selon le projet du narrateur qui leur assigne une fonction essentielle dans l’entreprise de démonstration que sont souvent les oeuvres : la fonction référentielle, figurative, quoique toujours présente dans ces textes de facture traditionnelle, laisse très souvent la place à une fonction symbolique de l’espace qui est ainsi l’un des lieux où se tisse le sens idéologique de l’oeuvre.

Dans tous les romans, l’espace s’organise sur le mode de l’opposition, un espace se définissant le plus souvent par rapport à un autre dont il apparaît comme l’inverse; la grande disjonction spatiale à l’oeuvre dans ces romans est celle du dedans et du dehors à laquelle sont particulièrement sensibles les oeuvres féminines et qui, dans les romans masculins, s’actualise en couple signifiant : ville / campagne. Les romans des écrivains algériens des années 80 apparaissent en effet comme des romans “paysans” si l’on en juge par la façon dont ils se structurent dans leur grande majorité : qu’ils mettent en scène la lutte de libération, qu’ils situent leur action avant la guerre ou après l’indépendance, des romans aussi différents que ceux de notre corpus construisent un système spatial qui repose sur une disjonction majeure entre ruralité et citadinité opposant à la ville tout ce qui n’est pas elle, la campagne, la montagne ou le désert.

La bipartition de l’espace à l’oeuvre dans les textes écrits avant 1962 se retrouve dans ceux des années 80, une vingtaine d’années après l’indépendance. Le clivage espace du colonisé / espace du colonisateur nourrit encore souvent la fiction, la plupart des romanciers faisant vivre les personnages en période coloniale au moins pour une partie de leur parcours. Le monde du colonisé est en grande part un monde rural que même les romans qui situent leur fiction après l’indépendance peignent abondamment, en en privilégiant les valeurs. La supériorité du monde rural sur le monde citadin se trouve déclinée sur des modes différents, certains se contentant de la dire, d’autres la montrant de façon plus élaborée.

Quand les récits abordent la post-indépendance, l’opposition ville / campagne met en relief l’idée que c’est la ruralité qui est garante de “l’authenticité”, même quand le système spatial se complexifie par l’introduction d’une diversité d’espaces et par un rapport souvent malheureux aux lieux de vie.

Plus qu’avec l’origine même des écrivains, souvent nés dans des villages ou à la campagne, cette importance du rural est à mettre en rapport avec le discours idéologique longtemps dominant marqué par l’exaltation de la paysannerie, surtout pour les oeuvres les plus transparentes, celles où la recherche textuelle s’efface devant une volonté didactique affichée et qui n’ont plus qu’un lointain rapport avec le genre romanesque dont elles se réclament : la fiction qui leur sert de prétexte se laisse envahir par le discours du narrateur. Cependant on en trouve la trace dans des oeuvres aussi travaillées que L’Honneur de la tribu, la modernité de la forme n’excluant pas la primauté donnée par le discours aux valeurs paysannes; le récit se charge alors d’une tonalité passéiste car la ruralité se confond souvent avec un passé idéalisé face à un présent disqualifié. Elle est aussi à mettre en relation avec la forte influence exercée par les écrivains de la génération précédente, surtout ceux qui peignent le monde rural. Les modèles sont L’Incendie de Dib et les romans de Feraoun à qui est aussi emprunté un type d’écriture fortement marqué par l’apprentissage scolaire et par la volonté d’enregistrer, le plus fidèlement possible, les spécificités d’une région, ce qui rattache certaines oeuvres à un courant ethnographique encore vivace vingt ans après l’indépendance.
 

9 Signalons qu’elle est disponible, dans son intégralité, sur le site de LIMAG (Charles Bonn).
10 En particulier dans l’article : “Le retour au référent”, Algérie Littérature / Action, n° 7-8, pp. 201-204.

Réalisme romanesque des années 80 dans l’espace algérien

par Bouba Tabti Mohammedi

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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