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ALGERIE LITTERATURE / ACTION 274 La femme / la maison

6 juillet 2011

LITTERATURE

Une compétence descriptive bien plus vaste s’exerce dans les romans féminins qui mettent en place un univers placé sous le signe de la partition, selon le schéma immémorial décrit par E. Badinter montrant comment, dès la plus haute antiquité, “Hestia, la gardienne du foyer (est) le centre de l’espace domestique”, le “dedans” quand Hermès, lui, est “le dehors”, insaisissable et ubiquitaire”36. On sait la force de l’association femme / maison, la langue les confondant sous un même terme “dar”, signifiant aussi bien la maison que, par métonymie, la femme, l’épouse

essentiellement. L’écriture des romans de notre corpus de base privilégie cet espace : la maison est au coeur de l’enfance que racontent les textes à caractère autobiographique; dans les autres romans, elle est le lieu où se forge le destin des personnages. Les romans plus récents rendent un son un peu différent et la maison, même si elle reste le lieu prescrit, n’est plus un espace fondamental, les oeuvres faisant une large place au dehors et à la nature qui, contrairement à ce qui se passe dans les romans antérieurs, fonctionne comme motif obsédant. La clôture qui caractérise l’espace de la maison est parfois perçue comme protectrice, conformément à sa fonction première énoncée par Bachelard pour qui, sans la maison, “l’homme serait un être dispersé”; elle est cependant plus souvent considérée comme l’indice le plus concret d’un enfermement intolérable quand le monde se rétrécit aux frontières délimitées par les murs de la maison. Ni Le Cow-boy ni Le Printemps, pour des raisons différentes, ne font de la maison un espace heureux; dans le premier, le conflit latent avec la mère transforme cet univers apparemment placé sous le signe de l’harmonie, en un espace oppressant et répressif que l’adolescente cherche à fuir, trouvant ce qui lui fait défaut dans la rue, lieu de tous les dangers mais appréhendé comme le lieu de la liberté, de la découverte et de l’amitié. Dans le second, caractérisé par un ton constamment polémique, dénonciateur et rageur, pas plus la maison familiale que la maison conjugale ou que tout autre lieu de vie n’offre à la femme une chance de bonheur. Passant d’un lieu à l’autre, sans prise sur sa vie, elle épuise son énergie en tâches sans cesse recommencées, comme le fait dans le roman de Maïssa Bey, le personnage de la mère, comme le font les femmes enfermées, comme dans une prison, dans la maison de L’Amour…, où l’écriture tisse l’ample isotopie d’une claustration accentuée par le silence qui seul, leur a-t-on dit, sied aux femmes; même le personnage d’Agave, pourtant médecin, répète les gestes appris dans la maison familiale, faisant de la sienne une réplique de celle où elle n’a pu être heureuse mais qu’elle reconstitue en partie; seule la peinture euphorique de La Fin d’un rêve met en place un lieu dont ni la misère ni la guerre n’arrivent effacer la chaleur malgré la précarité de la protection qu’il offre. Ces oeuvres mettent l’accent avec une insistance remarquable sur la sensation d’étouffement qui est associée à la maison au point d’en sembler un sème constitutif, les murs pesant d’un poids réel sur les personnages, limitant leur horizon et nourrissant de multiples frustrations; pourtant, hormis Le Printemps…, si totalement désespéré, toutes les oeuvres éclairent les descriptions de maisons de notations heureuses, plus ou moins nombreuses, qui les empêchent de sombrer dans une totale désespérance, heures précieuses des goûters dans des cours fraîches et parfumées, souvenirs des maisons du bonheur, comme celle de Rhômana dans Le Cow-boy ou celle où vivait avant la mort de son père, la jeune fille de Au commencement était la mer, ou encore, dans ce roman, la maison de la plage qui rend possible le contact avec la mer qui “berce les rêves” de Nadia, à peine décrite mais dont l’écriture rend avec bonheur les jeux de lumière, ou, dans Glaise rouge, le basilic sur le balcon de l’appartement d’Alger.

36 L’Un est l’autre : Des relations entre hommes et femmes. Paris : Odile Jacob, 1986, p. 92.
Réalisme romanesque des années 80 dans l’espace algérien

par Bouba Tabti Mohammedi

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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