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ALGERIE LITTERATURE / ACTION 272 L’espace domestique

6 juillet 2011

LITTERATURE

L’espace domestique L’espace domestique décrit par les romans masculins est révélateur du regard extérieur d’un narrateur qui semble ne pas pouvoir appréhender complètement un espace qu’il n’habite pas vraiment et auquel il reste d’une certaine façon étranger. La description de la maison sert de prétexte au projet démonstratif du narrateur-auteur comme dans l’oeuvre de Chaïb où la maison de la mère,

personnage valorisé par le récit, est le lieu le plus positif et le plus complexe avec sa stratification en différents niveaux où s’exercent des activités distinctes en rapport avec ses diverses compétences, domestique à l’intérieur de la maison, esthétique au jardin, militante dans la cave. Les autres maisons n’échappent pas à la simplification propre à l’oeuvre : la maison des Hamoud, où s’écoule une vie facile et apparemment harmonieuse, est en fait le lieu du leurre, de la tromperie, lieu où se noue avec le viol de sa femme, le drame du personnage. Cette corruption est liée à la richesse qui est, dans ce cas, un indice de négativité et à la présence de l’étrangère dont la description est toujours parasitée par les clichés qui reviennent d’une oeuvre à l’autre, y compris les plus élaborées qu’elles aient recours à la parodie comme dans L’Honneur…, où on a vu comment Suzanne est la dégradation caricaturale de la Suzy de Nedjma, ou qu’elle fonctionne sur un mode réaliste plus conventionnel comme dans La Traversée, où la peinture du personnage d’Amalia illustre bien le double mouvement de fascination-répulsion qui semble caractériser la mise en scène de l’étrangère par l’écriture masculine. La villa d’Hydra est le symbole de la réussite, dessinant la géographie symbolique d’Alger où les hauteurs de la ville et les bas quartiers populaires s’opposent, comme chez Mammeri Hydra et Bab El Oued. Lieu d’un bonheur sans ombre pour Soraya, personnage heureux et irréprochable, elle est pour son mari le lieu du “déchirement” qui, d’une certaine façon, fonctionne comme avertissement pour le jeune médecin qui se laisse séduire par “les tentations avilissantes de la bourgeoisie”. La peinture de ces lieux remplit, par sa charge symbolique, une fonction d’édification qui se substitue à la fonction esthétique que la pauvreté de l’écriture n’arrive presque jamais à inscrire en texte. La description de la maison dans La Mue est plus riche car elle arrive à en faire un lieu conflictuel où les personnages se dressent les uns contre les autres, la mère contre la belle-fille, le mari contre sa femme. En soulignant l’exiguïté de l’espace où se déroule l’affrontement, l’appartement dans le premier cas, la chambre conjugale dans le second, l’écriture réussit à installer une tension qui va crescendo jusqu’au dénouement. Par ailleurs, elle met en place une toposémie assez complexe en donnant à l’espace conjugal, prescrit par la morale sinon par l’amour, son pendant dégradé et interdit par la même morale, la chambre qu’il faut bien appeler “de passe” où officie l’épouse “perverse”. Se détournant du lieu prescrit, la femme est attirée parle pôle interdit et, ce faisant, “mérite” la mort infligée par le mari, châtimentqui sanctionne son inconduite. La description échappe ici à la simplification
mais jamais à la moralisation, comme dans tous les romans “vertueux” et édifiants, surtout quand il s’agit de montrer la relation entrel’homme et la femme que tous les textes de notre corpus ont du mal à peindrecomme le montre, en particulier, leur incapacité à dessiner une image de la femme qui soit à l’abri des déformations : elle est soit une créature “piaillante”comme le sont les infirmières de Mimouni ou les ouvrières del’atelier du Fleuve…, soit une “langue de vipère” comme Souad dans La Traversée, soit un personnage de prostituée, soit encore un personnage falotcomme la parfaite Soraya du Déchirement. Il n’est pas jusqu’à la radieusefigure d’Ourida de L’Honneur… qui ne soit atteinte par la double infractionà la morale du groupe que représentent la relation incestueuse avec Omar ElMabrouk et celle, non moins fautive, qui la lie à un étranger, officier de surcroît, même si le récit l’innocente en en faisant une victime. Comments’étonner dès lors de la remarquable absence de l’amour dans ces universcomme s’il y avait une inaptitude à l’écrire, à l’inscrire dans la fiction autrement que sous le signe de l’échec ou de la fugacité? La survalorisationdes personnages de mères dans ce que nous pouvons considérer comme des oeuvres mineures, ne constitue pas une exception à cette dévalorisation mais la confirme par cette séparation des rôles qui fait passer la “respectabilité”féminine par la maternité.Dans La Traversée, les personnages sont en partie définis par les lieuxqu’ils occupent, du moins les personnages masculins, car ni Amalia ni Souad n’ont de lieu qui leur soit propre; les lieux de vie sont en accord avecceux qui y logent, les éléments retenus par l’écriture ayant une fonctionconnotative et symbolique qui permet parfois d’éliminer la description, comme dans le cas des espaces occupés par Kamel désignés seulement parleur emplacement, Hydra, Bab El Oued.La description des espaces de vie, peu nombreux au demeurant, évoqués dans les oeuvres de Mimouni fonctionne, elle aussi, sur le mode symbolique: qu’ils soient placés sous le signe du sordide ou du luxe, ils sontl’indice de la double dégradation matérielle et morale de la société construite par les romans.

Réalisme romanesque des années 80 dans l’espace algérien

par Bouba Tabti Mohammedi

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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