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AL DJÂHIDH (ABOU-’ATHMÂN ‘AMR IBN BAHR AL JAHIZ): ÉCRIVAIN IRAKIEN, 776-868 Hymne au livre

6 juillet 2011

1.LECTURE

On rapporte que «son amour pour la lecture est le trait sur lequel tous ses biographes sont unanimes. C’est un trait qui est devenu légendaire et qui le singularise.»

Quel trésor représente le livre! Et quelle indépendance, il autorise! Quel compagnon! Quelles munitions, il fournit! Quel éventail d’informations et quel prodigieux spectacle! Quel agréable et tendre familier à l’heure de la solitude! Quel compagnon en terre d’exil! Quel excellent proche et tout à la fois autre; tour à tour vizir ou hôte! Le livre est un vase plein de savoir, un récipient imprégné de raffinement, une coupe remplie de sérieux et de plaisanterie [...]. Qui donc, comparé au livre, est prédicateur plus distrayant, sermonnaire plus passionnant, ascète plus hardi, muet plus «loquace»! Quel être unit, comme lui, le chaud et le froid? Qui donc – mieux que le livre – est, à la fois, médecin et nomade, byzantin et hindou, persan et grec, éternel et engendré, mortel et immortel? Qu’est-ce qui pourrait, comme lui, être l’alpha et l’oméga, le trop et le pas assez, le caché et l’apparent, le témoin et l’absent, l’éminent et le humble, le consistant et l’inconsistant, la forme et son contraire, le genre et son opposé?
Allons plus loin, quand donc as-tu vu un jardin transportable dans une manche, un verger disposé sur une tablette de pierre, un être qui parle à la place des morts et qui est l’interprète des vivants, un familier qui ne consent à dormir qu’après que tu as toi-même, succombé au sommeil, un être qui ne parle que selon des désirs, est plus muet qu’une tombe, garde les secrets mieux que le plus discret des secrétaires, veille sur les dépôts mieux que ceux qui sont passés maîtres en la matière, est doué d’une mémoire plus sûre que celles des Arabes les plus authentiques, que dis-je, que celle des jeunes enfants avant que les préoccupations ne soient venues assaillir leur cerveau, que celle des nouveau-nés qui – les yeux encore fermés – et sont donc à un moment où leur attention est d’une totale disponibilité, où leurs cerveaux sont libres, où rien ne vient les distraire, où la volonté est pleine et entière, où la glaise est souple et malléable [...]? De plus, [le livre] est d’un faible volume. Muet quand tu lui imposes le silence, éloquent lorsque tu le fais parler [...].
Le calame est autonome; il n’a besoin d’autre que de lui-même [...] Le livre est un commensal qui ne te flatte pas outrageusement, un ami qui ne te suborne pas, un compagnon qui ne t’ennuie pas, un solliciteur qui ne te reproche pas continuellement tes atermoiements, un voisin qui ne te trouve pas trop peu compressé à lui rendre service [...]. Plus tu te plonges dans la lecture d’un livre, plus ton plaisir (imta) augmente, plus ta nature (tiba) s’affine, plus ta langue se délie, plus ton doigté (banân) se perfectionne, plus ton vocabulaire s’enrichit, plus ton âme est gagnée par l’enthousiasme et le ravissement, plus ton coeur est comblé, plus tu es assuré de la considération des masses cultivées (awâmm) [...]. Le livre est le précepteur qui – lorsque tu lui fais appel – ne te déçoit pas [...]. Il est notoire que, dans la journée, le meilleur passe-temps pour les oisifs, les gens désoeuvrés (furrâgh) et, durant les longues heures de la nuit, pour les amateurs de blagues et d’histoires drôles, c’est le livre. C’est là, pourtant, une activité dont on ne voit – chez eux -, malgré le profit qu’ils en tirent, de trace nulle part [...]. Le livre peut se lire partout, son contenu est accessible dans toutes les langues; malgré les intervalles chronologiques qui séparent les époques, malgré les distances entre les métropoles, il garde sa pérennité.
[...] Notre rapport au savoir est fragile. Si nous devions compter uniquement sur nos propres forces, sur le nombre d’idées se présentant à notre esprit, à l’extrême limite des expériences perceptives que nos sens peuvent atteindre et nos âmes contempler, nous aboutirions au résultat suivant: nos connaissances seraient maigres, les projets s’écrouleraient, l’esprit de décision s’évanouirait, l’opinion personnelle deviendrait stérile, les idées perdraient toute valeur, l’énergie intellectuelle s’émousserait et les esprits se scléroseraient.
(Extraits d’Anthologie du Livre des Animaux. Extraits choisis, traduits de l’arabe et présentés par Lakhdar Souami. La Bibliothèque arabe. Sindbad. Paris 1988, 434 p. pp. 137-160.)

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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