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La contrefaçon des hommes et des cadres par El Yazid Dib

25 juin 2011

Contributions


Le directeur général des Douanes a affirmé récemment que «60% de nos importations sont des produits contrefaits». Prenons cette sentence polémique par son côté métaphorique et nous aurons «60% de compétences importées en des cadres-produits intrus et contrefaits».



L’équipe nationale est en sa quasi-totalité constituée de joueurs importés. De mauvaise qualité, ils évoluent dans des clubs de troisième choix. Le parachutage des cadres d’un secteur à un autre est une réalité. L’imposture dans le poste et la fonction est une règle de gérance. La copie a tendance à remplacer l’original quand la parodie vient à la rescousse de l’authenticité.

La crise multidimensionnelle que traverse le pays ressemble drôlement à une affection qui, dans son évolution chronique, ne rechigne pas pour épargner tout organe où la vitalité n’aurait été qu’une cellule d’une raison d’être. Certes l’effet domino des révolutions voisines et cousines est pour quelque chose. Vivre dans une telle situation perplexe, s’apparente à un acte délibéré de vouloir s’installer dans l’inconfort d’une éternité fatale. Ni la commission Bensalah, ni les assises nationales civiles ne sont aptes à faire démarrer le processus de la revitalisation sociale nécessaire et souhaitée. La Maroc vient de franchir un grand pas vers les bornes de la certitude démocratique. Une constitution à moitié royale et à demi populaire, pour un despote n’est pas une concession aussi facile, au moment où un président voulant s’inscrire à vie gère à lui seul les commissions, les assises, les démarches, les débats, les consultations, les gouvernements.

Aussi croit-on pouvoir comprendre que l’être algérien, l’homme de la rue, du marché, cet électeur risque, une transmutation vers le règne quasi animal. Il n’est plus représenté par quiconque, tant il fuit les partis, l’administration et les associations. La société civile n’est qu’un conglomérat générique cloué aux charmes budgétaires des subventions. L’évidence quotidienne pousse davantage sa crédulité à sombrer dans l’irréel, tellement que l’irréel tend à sombrer à son tour dans le monde du possible et de la franche évidence.

Aucune chose ne semble l’emporter sur l’autre. La morale se pétrit aux ingrédients de l’immoral pour donner en fin de barbotine, le goût envoûtant de l’aventure tant de l’import, de la députation, du lot marginal ou de la présidentialité. Les freins à nos élans, ne sont plus faits de la mesure, du moyen et de la capacité. Tout est possible et toute possibilité n’est pas aussi facilement accessible. D’où nul à l’impossible n’est tenu. Un vaurien peut devenir, maire, directeur général ou régional. Les exemples sont légion. Nous poursuivrons à marcher dans le faux tant que nos pas tentent, par pistons, intercessions, et coups d’épaulettes ; d’accélérer la cadence de la marche naturelle. Nous continuerons à s’engouffrer dans le marasme de la dévaluation des mœurs, tant que nos désirs et fantasmes sont pris pour des revendications légitimes. La mafia actuellement dépassée dite politico-financière, ou celle des barrons de l’import, la corruption, le qui tue qui, et pardessus tout l’inaction politique, tout cela ; composait, dans une nature immatérielle ; le couronnement du chapelet de (maux) mots que chaque concitoyen, à longueur de journée, ne cessait de réciter à répétition. La guérison ne se trouve pas dans la contre-vérité, mais bien dans le départ de ceux qui alimentent les langues, font bouger les luettes et dégarnissent les banques. De Khalifa, de l’AutoRoute est-ouest, de Sonatrach, du port d’Alger l’on ne sait plus s’il s’agit là d’une affaire, d’un dossier, d’un règlement de compte, de comptes bancaires erronés, d’argent perdu ou détourné. Au prétoire l’on y voyait défiler ministres, cadres, gestionnaires et autres. Pas plus. Tout ce que l’on croit en dehors de toute forme ou fond juridictionnels, nous amène à penser taciturnement que le déshonneur l’emporte devant la volonté des reformes. Que le roussi revanchard se sent dans les annales. Et voilà qu’à défaut de mesures salutaires dans le secteur bancaire, et qui se tracent déjà, l’on assiste à toute une remise en cause d’une réorganisation cambiaire impérative à tout développement économique voulu pour des reformes déclarées grandioses. Un ministre des finances amorphe, à la mine d’enfant reste incapable de susciter l’engouement dans son immense espace sectoriel. Même le sport reste soumis à l’achalandage mortifère du sachet noir, de la rapine et de la vente de soi. Un 4 à 0 est plus qu’une honte nationale. Une humiliation collective et historique. L’on ne pardonnera jamais à ces pieds importés qui ne savent courir que pour les euros et le faste de la détente. Les beaux palaces.

Est-ce une fatalité que de voir nos plats et nos bananes containerisés, nos pelles, pioches et nos lames à raser taïwanisées ? Nos villes, nos cités se faire par des turcs et des indiens ? Est-ce un mauvais œil que de voir notre échec à pouvoir sur trente cinq millions, extraire et introniser une élite de cadres compétents et sachant au moins apprécier tant les hommes que la pistache et la baklaoua ? Dans la foulée du nombre, ne peut-on avoir autant de leaders politiques présidentiables autres que ceux qui préfèrent les coucous, les yachts, Lausanne ou la bellotte? Se contenterons- nous, enfin de lire sur le visage de nos cadres l’appréhension, la culpabilité et le désarroi de à qui le tour ? Quand finira-t-on de coopter les cadres de l’institution que l’on dirige, d’ailleurs sans mérité dans le p’tit village, le douar ? La régionalisation de l’encadrement fait ravage. L’ouest est-il en phase de prendre revanche sur tous les points cardinaux ? Le tempérament méditerranéen a fait de nous, pourtant un peuple prémuni et aguerri à toute sorte d’aléas. La confraternité fut un gage de victoire nationale longuement séculaire. L’hostilité parfois de l’histoire enfante chez nous la sobriété face à l’affrontement qui bien qu’incontestable ; il nous semble venir de mains étrangères, de cœurs aigris et d’esprits cafardeux.

L’ombrage inter étatique et le mauvais sort jeté sur nos sièges onusiens, exigent de nous des séances d’exorcisme en vue de chasser tous les esprits du mal et notamment ceux qui se sont agglutinés sous notre adhésion aux sectes mondiales du commerce internationales. L’OMC nous prend pour des jeunes écoliers dans la classe des adultes. Elle nous refuse l’accès à ses bancs. Les statistiques ainsi fournies pour l’inscription à cette enseigne ne semblent pas précises et sont dans l’à peu près, l’inconstance et le doute. Le fameux CNIS est devenu, à l’usure et l’inconsidération une simple machine à calculer les droits et taxes. On l’aurait dévoyé et vidé de tout son substrat : Le commentaire et l’analyse. Pourquoi cet échec d’avoir eu à mal traiter le dossier libyen, la repentance française pour tous ses crimes ? Décidément les yeux envieux des autres nous médisent pour tout. De la tragédie de Ben Talha au festival de Timgad, du crime d’Azzazga aux poèsiades de Ghardaïa ; du tout sécuritaire à la concorde nationale ; l’algérien est toujours le même. Monument de patience, il est apte à contenir la sécheresse de ses dirigeants, comme il peut tout aussi, fier et gaillard ; faire de l’oubli, un pardon culturel, du massacre ; une communion. Las d’avoir trop gueulé, trop marché, trop matraqué, il prête assurément le flanc et s’arque voute le dos. Résignation et fatalité. Et que dire de cette insécurité urbaine, du terrorisme barbare, le rapt des enfants, les demandes de rançons, l’agression des femmes esseulées, le vol des portables, le délestage de voitures ?

Le tableau narratif de la vie des autres qui s’offre à nous dès le jeune âge, produit en nous déjà sur les bancs de l’école, l’envie de ne plus faire, à nos enfants des études et de leur éviter toute intelligence. Car la réussite n’est pas au bout d’un savoir scolaire, mais dans les poches des cabas, dans les parages des ports ou dans la luxure des entremetteurs du système. La réussite sociale n’est plus dans la brillance des études ni encore dans la compétence managériale du dirigeant. Elle s’enlise davantage vers le négativisme en ce sens où ce dernier se confine dans la fourberie et l’imposture. N’est pas mieux loti qui sait faire fructifier l’idée. L’idée n’est plus une idée sans le recours à la banque. Ainsi c’est l’embarrassas du sou qui fait créer l’investissement et non l’inverse. Ce n’est pas parce que l’on est wali que forcement l’on est parmi les 48 meilleurs cadres du pays. C’est juste une proximité systémique. Un attachement à une borne ou ancre du pouvoir. Il est de notoriété publique que le pays est mal géré dans ses collectivités locales, ses institutions décentralisées et ses entités déconcentrées. L’on fait toujours dans le gros piston et la caution intercessionnelle qui se clarifie au grand jour. L’on ose, sans rougir ya bougelb, comme l’aurait dit l’autre.

La fraude n’est pas une marque stéréotypée uniquement dans une élection, au sein d’un système ou d’une organisation. Elle peut être une scorie virale qui génère l’étourderie et l’affront. Il existe une grande différence dans la théorie générale du mouvement dans le sens où la mobilité peut prendre toute une multitude de dimensions. D’ici vers là bas ou d’ici vers le haut. Si l’électeur algérien n’est pas contrefait, il est trahi à chaque consultation.

Chez nous la promotion sociale n’est pas un effort intellectuel. Ni l’élévation dans les rangs de la classe politique, un palmarès de lutte, de réclusion, de fer ou de sang. Tout demeur lié à un phénomène dont l’unique explication est à rechercher dans les mystères du pouvoir. Oui, aurait dit Ouyahia ; deux voisins habitants un f2 sur le même pallier, quelque temps après, au moment où est toujours dans son F2, l’autre est vite monté en échelons, en R plus X ou en possession de plusieurs registres de commerce. Est-ce une fatalité pour les deux ? C’est justement par la grâce envoûtante de ses arcanes, que du rien l’on peut produire une chose ou un être hautement politique, riche et puissant. Le mécanisme de production laisse souvent apparaître malgré un maquillage adéquat; des déchets visibles d’incompétence, d’à plat-ventrisme et de cajolerie. Du néant, du vide l’on a fait des personnages. Ministre, wali, député ou maire, tous ont eu à connaître les enchantements rajeunissants des laboratoires où se procrée sans recette, le mythe des hommes new-look. Ceux qui nous commandent, nous gèrent et nous représentent.

Que dire d’un ministre, sans tangente linéaire, sans talent ministériel, qui seulement avec son ego et sa meute croit ainsi avoir effectué et réussi les rites de l’ascension ? Une ministre de la culture qui fait dans la gueule de bois une culture à partager par ses parrains et ses larbins. L’argent culturel devient une offrande, une charité, une aumône. Un wali, qui s’octroie un protocole digne d’un président, ou se permet des écarts de langage, ne peut penser un instant que le succès d’une carrière administrative est au bout de la maîtrise des coûts d’incidents, du management des risques et de la neutralité dans l’application de la loi. La culture d’un homme d’Etat ne sera pas celle enfouie entre un cabinet et quelques mauvais faiseurs et faussaires d’opinions. Elle ne peut par conséquent être une imposition de soi mais une servitude et une négation du «moi». Un député qui arbore ses pectoraux par devant le zoom de l’ENTV, qui apprend à peine à bien renouer ses cravates, continuera nécessairement à ignorer ses provenances, n’ayant qu’un objet qui lui traverse la tête. L’accession. Mais quand on provient d’un rien, ce sont les affres douloureuses du rien qui en fin de chemin vous guettent et vous attendent. Le maire, quand il est vraiment maire ; qui s’absout et s’efface face à la posture d’un wali n’est pas prêt ni de relever les bordures des trottoirs ni d’assainir son compte avec le conte de sa cité, de sa civilisation, de sa science ou de ses hommes. Ou ce cadre pourtant nommé par décret et qui s’aplatit par-devant son supposé supérieur qui lui-même est nommé dans les mêmes conditions et par le même auteur.

C’est aussi simple. Chez nous il y a rarement ceux qui s’arrêtent, avancent ou reculent. Il n’y a par ailleurs que ceux qui prétendent que la vie n’est qu’un élan vers le firmament de la victoire quelque soit le tremplin ou la rampe de lancement qui puissent bien vous y déposer. L’attraction terrestre et sa nature ne seront comprises qu’une fois la dérision tourne en vertiges et provoque la nausée. La chute mon vieux est une autre trajectoire dangereuse qui s’oppose à la fragilité de l’accession.

La crise qui nous transperce ne nécessite pas un tour de passe dans la main ou un talisman à pendre à nos cous. Ce ne sera non plus la casse d’un œuf ou l’égorgement d’une poule noire au coucher du soleil. Nous sommes loin de la fatalité et du mauvais œil. Nous souffrons des syndromes de la haute imposture et de la véritable contrefaçon.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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