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Allons ailleurs pour regarder la mer par Abdelkader Leklek

25 juin 2011

Contributions

C’est l’été, mille deux cents kilomètres de côtes, des criques magnifiques, des baies majestueuses, des abris paisibles, dignes de l’attribut.

Du pin d’Alep, au pin parasol, en passant le pin maritime et le pin nain. L’eau de la mer, n’est pas froide, elle est agréable, et son taux de salinité n’est pas agressif. En Algérie la couleur de l’eau mer est changeante, elle passe d’un endroit à l’autre, du bleu marine coléreux, au bleu turquoise doux, mais elle demeure, toujours fidèle au rendez-vous. Toutefois pour un pays d’historiques marins, nous avons tourné le dos à la mer. Les richesses dont recèlent nos eaux territoriales, profitent à d’autres que nous, qu’il s’agisse de la ressource halieutique, où, à part la sardine, tout autre poisson est inaccessible, pour les smicards. Ou bien du mythique animal, j’ai nommé le corail rouge, qui est, avec le corail du Japon, le seul à être utilisés et ouvragé en joaillerie de haut de gamme. Nous en entendons parler, que quand il y a des pillages et scandales.

Il en va de même, également pour les sports nautiques, ils sont timidement pratiqués, que cela soit en compétition, ou bien comme sports de loisirs. Le goût de champion de quelques disciplines que cela soit en natation, ou en sports nautiques, nous ont déserté depuis des lustres. Sans aucunement minimiser les efforts importants que déploient les hommes et les femmes de la Ligue Algéroise de Natation, mais, à titre d’exemple, sur le site de cette dernière, le plus récent des recors de champion d’Algérie date de 2007.Est-ce à dire que les records pareillement restent figés ?

Des noms de clubs comme, l’aviron de…, ou le rowing club de…, ne sont plus que des souvenirs, que rappellent les épaves de skiffs et de canoës, échouées depuis des temps indéterminés, sur des quais sinon dans des hangars eux-mêmes antiques. L’aviron est une discipline olympique, et si des pays enclavés, ne possèdent pas d’équipes, c’est compréhensible, alors que nous, nous avons la mer gratis, les bras des jeunes qui ne demandent qu’on s’y intéresse, et les matériels, qui coûtent autant, sinon, moins que les prix de certains autres sports, pratiqués normalement en Algérie.

Alors pour regarder la mer, les algériens préfèrent aller la voir ailleurs, comme en Tunisie, ou en Turquie depuis récemment. Mais alors pourquoi ? Nos amis tunisiens en bons professionnels, bien qu’occupés à faire aboutir et à concrétiser les acquis de leur révolte, ont depuis quelques jours lancé une campagne de communication diffusée à travers toutes les chaînes satellitaires prisées par les Algériens, pour les persuader à venir regarder la mer du coté de Tabarka, de Tunis, Nabeul, Hammamet, Sousse, Monastir ou bien Mahdia. Le fond musical des cette réclame est la reprise d’une célèbre chanson de l’Est algériens. Ne s’improvise pas communiquant spécialiste, qui veut. Connaissant le bon cœur et la magnanimité de mes compatriotes, ils répondront à cet appel de la mer d’ailleurs. Et pour faire solidaire ils auront le sentiment d’avoir aidé nos amis Tunisiens, à faire passer leur crise. Ce qui est d’ailleurs respectable et généreux. Chez nous, nous avons tourné le dos à notre grande bleue, quand notre environnement et notre école ont tout fait pour culpabiliser nos enfants d’aller l’été à la mer. Qui de nos gosses accepte d’être auteur d’actes sociétalement condamnables, répréhensibles ? Ils le demeureront, adultes et la reproduction des comportements fera le reste, pour le bonheur des tenants de ces commandements, d’avoir, au nom d’une prétendue moralité et de fausses vertus, mis au pas toute une société. La désocialisation de ce lieu de détente et de délassement, qu’est la mer, transforme dès lors, cet espace de convivialité, en un terrain de violences et d’affrontements. Par le regard culpabilisant, l’agressivité d’une parole, et la brutalité d’un geste, émanant de l’autre. Quand un simple besoin de l’homme, la relaxation au bord de la mer, en l’occurrence, est déclaré comme étant une déviation, voire une hérésie, il y a de quoi s’inquiéter présentement et demain. Ce que cherche la plupart des algériens qui choisissent d’aller voir la mer ailleurs, c’est affirment-ils, d’y être et de se sentir libres. C’est en effet une grosse motivation. Qui cependant, par rapport aux autres libertés, telle que, les libertés de penser, de conscience d’expression, d’opinion, de réunion, d’association, et de circulation, toutes consacrées par la constitution algérienne, paraîtra mineure. Puisqu’à la fin, il ne s’agit que, de se rendre à la plage, se promener le soir, ou bien la nuit, sans être inquiété, ni importuné, parce qu’on est une femme seule, un groupe de jeunes filles, sinon tout simplement un jeune homme. Somme toute, il est question du respect par l’autre de la vie privée d’autrui. Mais quand c’est la majorité, ou ceux qui dominent l’environnement, par leur forte présence imposée aux autres, qui prescrivent les règles de la vie. Les comportements de tous s’uniformisent par mimétisme accepté, sinon forcée, et l’agir se standardise, par caméléonisme ou par mimique. On n’a plus le droit de s’extraire du groupe, sans risquer la marginalisation, l’exclusion et parfois l’anathème.

L’une des plus simple nécessité de l’homme, l’autonomie, devient donc une source de violence. La plage se transforme, en un milieu hostile et en une zone de conflits. A commencer par les attitudes blessantes et provocantes des loueurs de chaises, de tables et de parasols, aux gardiens de parkings, en passant par les vendeurs de sandwichs et de thé de douteuses qualités. Et celui qui oserait protester est classé, et souvent par l’effet de foule de tous les blousées avant lui, par le même arnaqueur, d’antipathique, d’avare, et de rabat joie, qui n’a rien à faire à la plage. Puisque l’un se fait avoir, et pour diverses raisons se tait, on doit tous accepter ces dictats d’été. Comme aussi l’inverse est possible sur les plages, où des bandes de jeunes et de moins jeunes, soumettent, les plagistes et plusieurs mètres carrés de plage ainsi que tous les baigneurs qui s’y trouvent, à leur façon de se détendre, à savoir, par la brutalité et les grossièretés. Sans verser dans l’acrimonie et le pessimisme, peut-on accueillir, les autres.

C’est-à-dire des touristes étrangers, dans un environnement où nous autres, nous nous acceptons que difficilement, les uns les autres. Les particularismes nombrilistes, ne peuvent déboucher que sur une insularité qui ne dit pas son nom. Prétendre détenir la vérité est mortifère, vouloir l’imposer à son prochain et aux autres est discriminant et enfin suicidaire. Peut-on, en sortir ? Oui parfaitement, mais il faut admettre l’interculturel et les diversités comme des richesses complémentaires. Les singularités et les incompatibilités et mêmes les tensions doivent servir à s’investir pour comprendre l’autre et consentir à ce que l’autre ait l’occasion de nous comprendre, sans entrer en conflit. À partir de cette compréhension, émergeront des voies et des canaux permettant, comme résultat, d’arriver à un équilibre entre la liberté citoyenne et le développement de la collectivité tout en limitant les abus des uns et des autres. Mais quelle serait la démarche ? Et sur quel terrain, se déroulera-t-elle, pour que ce résultat soit atteint ?

Il y a une impérieuse nécessité à envisager un cheminement pratique et pragmatique, dans le sens faisable et réalisable, dont le terrain d’application sera l’école. Cette institution fondamentale a connu depuis l’indépendance du pays, deux réformes. L’une en 1976, par l’ordonnance 76/35 du 16 avril 1976, portant organisation de l’éducation et de la formation, et l’autre en 2008, sous l’empire de la loi 08/04 du 23 janvier 2008, portant loi d’orientation sur l’éducation nationale.

Ces deux textes proposent deux projets de formation différents, parce que, entre les deux, octobre 1988 et tous ses effets d’entraînements sont passés par là. Et pour que le lecteur de cette chronique, s’imprègne, ne serait-ce que liminairement, de ces deux programmes, il fallait, qu’après 32 ans, et sans moratoire de transition :

Passer d’un système éducatif qui avait pour mission, selon l’ordonnance 76/35 : » de développer la personnalité des enfants et des citoyens, et de les préparer à la vie active dans le cadre des valeurs arabo-islamiques et de la conscience socialiste »…etc. A un autre qui veut dorénavant que l’école algérienne ait pour vocation selon la loi 08/04 : » de former un citoyen doté de repères nationaux incontestables, profondément attaché aux valeurs du peuple algérien, capable de comprendre le monde qui l’entoure, de s’y adapter et d’agir sur lui, et en mesure de s’ouvrir sur la civilisation universelle ‘’.

Rien que cela. Mais en réalité, c’est une lourde entreprise, car il s’agit ni plus, ni moins de changer des comportements humains travaillés par des années d’usages, de pratiques, de conduites et de routines, devenus certitudes. C’est une tâche tellement dure, qu’à côté le marbre, aurait la délicatesse, la finesse et la douceur du chocolat. Car le hic réside dans celui à qui incombera la mission de concrétiser, l’avènement de ce nouveau citoyen objet de la nouvelle loi. Il s’agit de l’enseignant. Une démarche ne peut aboutir, que quand tous les acteurs du projet adhérent. Ce ne semble pas, du moins pour le moment, être le cas. Des centaines d’appreneurs dans nos écoles, sont et demeurent aux antipodes, de cette création de l’esprit, qu’est la civilisation universelle. Même s’il ne s’agit pas de tous les enseignants, comme disait, quelqu’un, en le paraphrasant : bien qu’ils ne constituent pas la majorité de l’espèce, les poissons volants existent tout de même. Donc le rouage dysfonctionnant principal, c’est l’enseignant, le second, sera le support didactique et ce qu’il contient, et enfin, c’est l’environnement scolaire et parascolaire, sur lesquels, il faut agir.

Et alors ce sera l’enfant de première années primaire, nourri et pénétré, sans violence, des valeurs du peuple algérien, capable de comprendre le monde et possédant les outils et les clefs de lecture, pour s’ouvrir sur la civilisation universelle. Qui sera à son tour enseignant, professeur et maître de conférences, afin que le projet de l’esprit de la loi de 2008 aboutisse et que vienne à la vie le nouveau citoyen algérien. Mourai-je, sans avoir vu la mer. Généreux comme je suis, je me sacrifie. Oui mais si la mort est sûre et certaine, en est-il de même pour l’aboutissement du projet de cette grande loi ? Oui mais, est-il bienfaisant pour ma santé de cogiter maintenant, sur cette question, sous ces fortes températures d’été, et en pleines vacances ? Alors, pour mon hygiène physique et mentale, en attendant la rentrée, aurai-je quelques rayons de soleil, une pincée de grains de sable, et une succession de vagues d’eau de mer de mon pays, avec les miens, dans la tranquillité pour regarder la mer, ici, chez moi et pas ailleurs.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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